Chronique conventuelle

Chronique de décembre 2016

glyphe-fin

Après le pèlerinage du Rosaire, qui chaque année, début octobre, vide le couvent, les frères étudiants pris d’un zèle admirable, un peu suggéré par leurs formateurs, ont repris la route, vidant à nouveau le couvent de ses plus jeunes forces. Mais où allaient-ils donc ? Qu’allaient-ils faire ? Le mieux est de le leur demander. Le frère Antoine Odendall vous explique tout:

Périple vers La Tourette (par frère Antoine)

Un pèlerinage des étudiants dominicains sur les traces de LE CORBUSIER ? Voilà peut-être ce qu’ont pensé les nombreux touristes japonais qui voyaient s’agiter une trentaine d’étudiants en habit à travers les grandes baies vitrées du Couvent d’Éveux ?

Le thème de la session inter-studentat des provinces francophones était tout autre : la Miséricorde. C’est elle qui a réuni à l’Arbresle des frères de Lyon, Fribourg, Louvain, Bordeaux et Toulouse. Les enseignements d’un frère belge aumônier auprès des prisonniers et des prostituées, le témoignage des sœurs dominicaines de Bourg-en-Bresse soignant gratuitement les malades, ou encore celui de la présidente du Secours catholique ont alimenté nos réflexions et échanges. Nous avons eu la joie de chanter les offices (dont la Toussaint) avec une schola interprovinciale, profitant de l’acoustique généreuse de l’église de La Tourette.
Nous étions trois voitures toulousaines à partir, et chacun a choisi sa route, selon ses préférences touristiques ou gustatives. Les plus courageux sont partis avant l’aube pour visiter Lyon, d’autres se sont attardés dans la campagne pour y admirer les pierres de la basilique de Brioude, ou le béton du monastère de Randol, bien qu’on raconte que ce serait plutôt le délicieux Saint-Nectaire qu’ils en ont rapporté qui aurait justifié ce détour. Nous étions déjà équipés du pique-nique préparé par les frères Kliment MIKULKA et Réginald BACONIN, qui a rendu le long voyage très supportable.
Rangueil, Randol, La Tourette, un vrai pèlerinage « en béton ». Quelle merveille de découvrir tout ce que l’on peut faire avec ce matériau. Les avis de chacun sur La Tourette ont un peu évolué après la visite de notre frère Charles DESJOBERT, ancien architecte, étudiant actuellement à Fribourg, qui nous a dévoilé le « programme architectural » de LE CORBUSIER. De retour à Rangueil, certains ont cependant fait l’expérience inattendue de trouver l’architecture de notre église étonnamment accessible !

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle

Quand vient l’automne, les fauteuils et les bancs quittent le jardin et vont passer l’hiver sous le cloître. Les chênes gardent leurs feuilles, les peupliers les dispersent au vent, mais les platanes… les platanes sont terribles. Leurs grosses feuilles très appréciées l’été, à l’automne tombent et s’entassent. Le vent les promène, il les fait courir de-ci de-là comme une bande de galopins, jusqu’à ce que la pluie les cloue au sol. À moins qu’un courageux jardinier ne les ait ramassées. Notre voisin utilise une de ces infernales machines soufflantes qui les regroupent bruyamment. Mais notre frère Rupert-Maria SCHYMA, avec un courage et une ténacité que tous admirent, les ramasse au râteau et à la pelle. Il y faut force et persévérance, moyennant quoi le jardin est tout beau pour s’endormir paisiblement et attendre le printemps. Merci au frère Rupert-Maria. Puis viendra l’été et un autre jardinier venu d’au-delà des Alpes ratissera avec patience les quelques feuilles que les platanes voudront bien lui concéder. Le bruit du râteau sur le gravier bercera alors nos matinées ensoleillées. Patience, tout arrive à temps !

Mémoire d’une bibliothèque

Le 15 novembre 2016 a été inaugurée une exposition de manuscrits médiévaux du couvent des Dominicains de Toulouse. Cette exposition fait découvrir un grand pan de l’histoire toulousaine liée aux Dominicains. Une trentaine de manuscrits, sélectionnés parmi les plus précieux, autrefois possédés par les Dominicains de Toulouse, sont exposé jusqu’en janvier 2017 à la Bibliothèque municipale (rue du Périgord). Elle possède 150 manuscrits médiévaux, 20 incunables et 500 livres imprimés ayant appartenu aux frères avant la Révolution française.
Parmi les manuscrits exposés, et cela dit pour inciter à les venir voir : un Missel des frères prêcheurs (1290-1300), un Manuel pour l’instruction et la consolation des novices (vers 1300), un exemplaire du Livre des Sentences de Pierre Lombard (1290-1315), le Miroir des saints de Bernard Gui (1329-1331) ouvert sur de magnifiques enluminures. Et aussi quelques registres de l’Inquisition. On peut voir aussi des exemplaires de ces livres reliés offerts au couvent de Toulouse par Bernard de Castanet, évêque d’Albi, au courant du XIIIe siècle. On admirera aussi un incunable contenant L’Histoire des femmes illustres (1497) rédigé par l’Italien Jacobus Filippus Foresti de Bergame (1434-1520), de l’Ordre des Ermites de saint Augustin.
On retiendra ces indications soulignées par les organisateurs de l’exposition. L’exergue du seul catalogue conservé à l’actuelle bibliothèque de Toulouse : Rien ne manque, rien n’est en trop. Ce catalogue a été rédigé par le frère Jean-Dominique Laquelle, et a paru en 1683. C’est un inventaire partiel énumérant plus de 1.600 imprimés et seulement 67 manuscrits. Le bon P. Laquelle recommande à ceux qui seront bibliothécaires après luy de tenir les fenestres de la bibliothèque fermées en hyver, et en esté, et toutes les nuits de l’an.

Lumière sur les Jacobins

Le soir du lundi 21 novembre 2016, le maire de Toulouse et les conservateurs des Jacobins avaient convoqué les Toulousains au chevet des Jacobins. Une foule nombreuse a répondu à l’invitation. À point nommé, au grand ébaudissement des présents, et non sans que quelques discours bien sentis n’aient été prononcés, une nouvelle lumière jaillit soudain qui illumine le clocher et les murs de l’église. Ce ne sont pas des projecteurs, mais une constellation de petites lampes éclairant chacune de ces ouvertures qui donnent au clocher des Jacobins son élan et son charme. Une virtuose violoniste accompagne cette illumination, scandant en une musique allègre l’allumage progressif de dizaines et de dizaines de lampes.
À la satisfaction générale, l’affreuse lumière bleue qui jusque-là donnait aux Jacobins une tonalité lugubre, plus proche de cette fête américaine qui célèbre la mort et les morts (et que nous ne saurions nommer) que de la célébration de la lumière jaillissant du tombeau du Christ, cédait la place à une douce lumière dorée, mettant mieux en valeur la belle architecture du monument. On comprend le cri d’admiration et d’enthousiasme qui accueillit cette nouveauté. Désormais tous ceux qui visiteront Toulouse de nuit sont invités à faire une halte sur le Pont-Neuf d’où ils auront la meilleure vue possible. Cet éclairage a été réalisé par un toulousain, un artiste de la lumière. Dans quelques jours il illuminera le Capitole ! Il utilise une technologie LED qui permet de réduire le coût. L’électricité vient du barrage hydroélectrique de l’île du Ramier.
C’était une nouvelle façon de marquer en lumière notre 800e anniversaire. La nef médiévale flotte au milieu de l’agglomération toulousaine.

La fête de saint Saturnin

Comme chaque année la solennité du saint patron du diocèse de Toulouse a été dignement célébrée. Au couvent offices solennels, et en l’insigne basilique Saint-Sernin grande célébration le 29 novembre au soir. Tout commence par les vêpres grégoriennes dans l’église du Taur, puis l’assemblée part en procession vers la basilique en portant les reliques du saint martyr et en chantant la litanie des saints. La procession se répand ensuite dans les nefs latérales de la basilique et jusqu’à déposer les reliques en son lieu. La messe commence alors présidée par l’Archevêque, Son Excellence Mgr Robert LE GALL. De nombreux frères du couvent, prêtres et frères étudiants, ainsi que des frères carmes se sont joints aux prêtres du diocèse et aux nombreux fidèles.

fr. Alain Quillici, o.p.

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