Homélie du Vendredi Saint - 28 mars 1997
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Frères et sœurs, en ce jour de la Passion du Seigneur, nous ne célébrerons pas l’eucharistie; l’eucharistie qui est pourtant le mémorial de la Passion. Mais c’est en entendant maintenant l’Évangile de Jean que nous allons nous recueillir dans cette mémoire, fortifier notre foi en elle.

Nous vivrons donc le mystère du sacrifice de Jésus un peu de l’extérieur, en suivant en quelque sorte à distance, comme l’ont fait Pierre et l’autre disciple.

Selon ce que nous sommes chacun, cet Évangile, si nous acceptons de l’écouter, si nous acceptons d’y entrer, nous fera expérimenter notre propre faiblesse. Car, nous le savons trop bien, en cette Heure où le Fils de l’homme est livré, la tentation est à la fois forte et sournoise de l’abandonner. Il était déjà si difficile de veiller, une seule heure, avec lui la nuit dernière!

Maintenant «  c’en est fait. L’heure est venue: voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs  » (Mc 14,41). Oui,  » Le Fils de l’homme s’en va selon qu’il est écrit de lui  » (Mt 26,24): nous n’y pouvons rien, cela nous précède, nous englobe, nous sauve presque malgré nous. C’est l’affaire de Jésus seul: vous aurez beau eu l’acclamer comme votre roi lors de son entrée à Jérusalem avec vos Hosanna, Jésus connaît ce qu’il y a dans l’homme, il n’a pas besoin d’un témoignage à notre sujet (cf. Jn 2,25): il sait combien nous sommes versatiles, combien nous sommes attirés par des intérêts immédiats et le confort, de préférence à l’aventure spirituelle qu’il veut pour notre bonheur.

Ne nous prévalons de rien en cette heure où le Fils aîné affronte les puissances de la mort: contemplons-le et laissons-le aller, seul, pour nous, dans son grand amour.

N’essayons pas, comme Pierre, d’empêcher les gardes de le saisir en sortant nos glaives: Jésus n’est pas venu en ce monde pour que nous le protégions de ceux qui ne le reçoivent pas. C’est lui qui va au-devant de sa passion volontaire, lui qui agit en maître pour le salut du monde.

Cependant, alors qu’on le lie, osons suivre le cortège des soldats qui l’emmènent. Avec Pierre et l’autre disciple, essayons d’aller au plus loin sur la route de l’Homme-Dieu. Laissons-le s’enfoncer dans l’épaisseur des ténèbres: c’est la Pâque du Seigneur; Jésus entre dans le grand combat au nom de l’humanité qu’il est venu sauver. Ne nous attardons donc pas, comme Pierre, auprès des feux qui ne peuvent réchauffer que le corps: ne renions pas l’Agneau innocent quant il est conduit à la mort.

Le Fils de Dieu comparaît seul devant les tribunaux injustes des hommes. Nous ne pourrons pas empêcher que s’abattent sur lui les insultes, les coups, les injures et toute la haine du monde.

Au pied de la Croix, si nous sommes le disciple que Jésus aime, nous nous verrons confier sa Mère et devenir ainsi, avec elle, les prémices de l’Église. Car la condamnation de Jésus ne nous condamne pas: le sang du juste innocent répandu par les coupables n’appelle plus la vengeance de Dieu. Au contraire, dans ce sang répandu, une Alliance nouvelle est conclue entre Dieu qui est juste et le monde en peine de salut.

Frères et sœurs, que votre charité soit donc attentive. Saint Jean lui-même dit que, parmi les signes opérés par Jésus, tous n’ont pu être consignés par écrit; mais ceux que nous lirons l’ont été afin que nous croyions que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant nous ayons la vie en son nom (cf. Jn 20,30-31).