Homélie du 23e DO - 5 septembre 2004
fr. Élie-Pascal Épinoux

Dimanche dernier (22ème T.O.), nous sommes entrés dans une nouvelle saison liturgique: celle du dévoilement, de l’irruption du monde à venir, de l’Eschatologie. Cet automne liturgique est scandé par trois fêtes: la Croix glorieuse (14 sept.) et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’Homme; et alors on verra le Fils de l’Homme venir sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire (Mt 24, 30).

La Toussaint (1er nov.): Voici qu’apparut à mes yeux une foule immense de toute race, langue, peuple et nation debout devant le trône de l’Agneau, vêtu de robes blanches, des palmes à la main (Ap 7, 9).

Le Christ Roi (34ème dim.): il y a aussi une inscription au dessus de lui: le roi des Juifs (Lc 23, 38). C’est la saison de la constance, de l’endurance nécessaire pour traverser les convulsions et les épreuves de cette mise à Dieu de l’univers:

et ce qui est la bonne terre ce sont ceux qui écoutent la Parole avec un cœur noble et généreux, la retiennent et portent du fruit par leur constance (Lc 8, 15).

c’est par votre constance que vous sauverez votre vie (Lc 21, 19).

Dimanche dernier, l’invitation a déjà retenti: Quand tu es invité par quelqu’un à des noces…

Nous sommes invités aux Noces de l’Agneau, noces du Fils de Dieu avec notre humanité, avec chacun d’entre nous et nous savons que pour entrer dans la salle du festin, il faut le vêtement de noce (cf Mt 22, 11) ainsi que le dit le vieillard de l’Apocalypse: Ce sont ceux qui reviennent de la grande épreuve, ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le Sang de l’Agneau (Ap 7, 14).

Aujourd’hui, Jésus se retournant dit aux foules qui faisaient route avec lui , nous dit, comment laver et blanchir sa robe en Son Sang: trois ruptures radicales pour établir un lien inconditionnel avec Lui Jésus – ceux-là suivent l’Agneau partout où il va (Ap 14, 4) – comme Lui Jésus vit sa condition de Fils de Dieu dans la chair par un lien inconditionnel avec Son Père:

1. Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple .

ainsi fit Jésus depuis sa majorité religieuse lorsqu’il eut douze ans et qu’il resta à Jérusalem à l’insu de ses parents,

Mon enfant pourquoi nous as-tu fait cela? Vois! Mon père et moi qui te cherchons tout angoissés

Pourquoi me cherchez-vous? Ne savez-vous pas que je dois être dans la Maison de mon Père (Lc 2, 41-50)

jusqu’à l’ultime nuit de sa vie où il sortit et se rendit comme de coutume au Mont des Oliviers, fléchissant les genoux, il priait ainsi: Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe! Cependant que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se fasse (Lc 22, 29-41).

2. Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple

par trois fois, Jésus martèle aux oreilles de ses disciples qu’il doit être livré, condamné, supplicié:

Le Fils de l’Homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et le 3ème jour ressusciter (Lc 9, 21; 9, 14; 18, 31-33).

Si nous sommes vraiment ses disciples, nous serons en bute aux mêmes rejets, condamnation et supplice:

On portera la main sur vous, on vous persécutera, on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous traduira devant des rois et des gouverneurs à cause de Mon Nom… vous serez livrés, même par vos pères et mères, vos frères, vos proches et vos amis; on fera mourir plusieurs d’entre vous et vous serez haïs de tous à cause de Mon Nom (Lc 12, 12-17).

3. Quiconque parmi vous ne dit pas adieu à tous ses biens ne peut être mon disciple

Tandis qu’il faisait route, quelqu’un lui dit en chemin: je te suivrai où que tu ailles

Jésus lui dit: les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids; le Fils de l’Homme, lui, n’a pas où reposer la tête (Lc 9, 58).

En tout cela, Jésus ne prêche pas une haine adolescente de la famille, lui qui s’est soumis à Marie et Joseph (Lc 2, 51), ni un rapport masochiste et destructeur à soi-même lui qui n’a assumé la mort que pour nous donner la Vie, ni un mépris morbide du monde, lui qui a multiplié le pain pour la foule (Lc 9, 11-17), mais il nous invite à briser notre désir égoïste qui nous pousse continuellement à faire de nos familles, de notre petite personne, de nos bien, des idoles auxquelles nous nous asservissons et qui nous dressent contre Dieu et notre prochain. Jésus nous rappelle que l’horizon de nos affections si légitimes soient-elles, de notre vie si précieuse soit-elle, de nos biens si justes soient-ils ne peut être le seul horizon de ce monde-ci, mais doit s’ouvrir à l’horizon éternel de Dieu. Combat spirituel! Luttez pour entrer par la porte étroite (Lc 13, 24).

Mais dans ce combat, il nous faut souvent reconnaître nos faiblesses et nos défaites, Jésus les connaît qui en a fait l’expérience avec ses disciples:

Pierre qui a tout quitté pour le suivre et qui proclame: Seigneur je suis prêt à aller en prison et à la mort avec toi (Lc 22, 32) par trois fois pour sauver sa vie dira : je ne le connais pas (Lc 23, 56, 60). Qui a porté la croix derrière lui au jour de sa passion? Ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs et lui imposèrent la croix pour la porter derrière Jésus (Lc 3, 26). Au notable en quête de vie éternelle, Jésus propose: Tout ce que tu as vends-le, distribue-le aux pauvres puis viens, suis-moi. Vous connaissez la suite: il s’en alla tout triste car il avait de grands biens (Lc 18, 16-23). On comprend alors la joie de Jésus à entendre le publicain Zachée déclarer: Je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres (Lc 19, 8).

Alors, qui peut être sauvé? Qui peut être ton disciple Seigneur? Rendez-vous au dimanche du Christ-Roi, et demandez au premier à entrer dans la salle des Noces: le larron rattrapé par sa vie de malfaiteur, il consent à haïr sa propre vie quand son confrère hurle: n’es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même et nous aussi!

Il consent à assumer et endurer sa croix:
_ Pour nous c’est justice, nous payons nos actes.

Il consent à ne plus désirer selon ce monde:
_ Jésus, souviens-toi de moi le jour où tu viendras dans ton Royaume.

Alors s’ouvre pour lui la salle des Noces: Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis (Lc 23, 39-43). Seigneur, si je n’ai pas la constance des héros et des saints, accorde-moi l’humilité du larron.

Si je n’ai pas la grandeur de lutter pour le Royaume, accorde moi la petitesse de le voler.