Homélie du Ascension - 25 mai 2006
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Le Christ s’élève dans les cieux, il monte parmi les nuées. Cette élévation est un enlèvement pour disparaître à nos regards, cette élévation est une ascension au plus haut du Ciel. Ces métaphores spatiales, que signifient-elles? Que nous disent-elles du Christ par rapport à nous, et d’abord par rapport à lui? L’Ascension change t-elle quelque chose en lui et pour lui? Car enfin, il est pleinement ressuscité, transformé corporellement, il est glorieux, exalté et rempli de la plénitude de Dieu dans son humanité. Il est définitivement passé de la condition mortelle à la condition immortelle de sorte que l’Ascension ne peut rien lui ajouter d’essentiel. Il ne manque rien à la perfection du Christ par sa résurrection. Néanmoins, cette ultime manifestation visible du Christ ressuscité, cet événement réel et historique est un mystère transcrit pour nous par les évangélistes dans un langage imagé qui a pour fin de nous montrer et de nous signifier visiblement que nous allions entrer dans un nouveau rapport avec lui. Il devait quitter ce monde visible pour le mérite de notre foi et surtout affermir et assurer notre espérance. En effet, le Christ est la tête de son Corps qui est l’Église, et là où est entrée la tête, là sera le Corps. Il fallait donc que cet accomplissement nous soit non seulement annoncé, mais démontré, manifesté visiblement. Or le Christ dans le mystère de son Ascension en est tangiblement et concrètement la prophétie, le modèle, l’exemplaire pour la fin des temps. Prophétie et cause, car c’est par lui, cause de notre salut, que nous ressusciterons exaltés dans la gloire et dans notre âme et notre corps, que sera achevé notre transformation spirituelle t corporelle à son image et par sa grâce. L’Ascension du Christ est la nôtre, nous le croyons, car Il s’est fait l’un de nous pour être le premier d’une multitude de frères, Il nous représente, nous contient en quelque sorte, nous récapitule. Là où est la Tête est déjà le Corps en espérance. Son Ascension est la nôtre invisiblement et sa mission est la nôtre visiblement.

Comme il est venu, il nous envoie, tout comme il a fait retour vers le Père, il nous fait faire ce retour au Père en nous envoyant comme les disciples. Nous ne le quittons pas, Il est avec nous et en nous qui sommes envoyés. La mission de l’Église est le prolongement et l’actualisation de la sienne. C’est pourquoi il nous promet son Esprit par lequel il demeure avec nous tout comme il nous donne son Corps et son Sang pour nous offrir avec Lui à Dieu notre Père. Il ne cesse pas d’être et d’agir par nous, avec nous et en nous. N’est-ce pas en son nom que nous prêchons la foi par la parole et par l’exemple, que nous accomplissons des signes qui donnent la vie quand nous administrons les sacrements ou quand nous les recevons, quand nous aussi, pleins de grâce et de vérité, nous exerçons en toute chose, pour toute tâche, le zèle de la charité par toutes sortes d’œuvres bonnes. L’Ascension est la garantie de la vérité de notre foi puisque notre demeure est dans les Cieux, l’Ascension est la preuve que notre espérance n’est pas vaine. La mission du Christ est la nôtre, son Ascension est la nôtre bien qu’à venir. A venir pour la fin des temps, disais-je, mais il faut corriger ce que cette affirmation a de trop restrictif, car c’est déjà en ce monde que nous sommes élevés dans les Cieux. Si le Christ est assis à la droite de Dieu dans les hauteurs, c’est pour que dès maintenant nous puissions comme lui faire notre ascension. Elle a déjà commencé parce que sa grâce ne fait pas que nous secourir, nous guérir, nous affermir, mais, plus encore, nous élever, nous exhausser jusqu’à participer à la vie divine. Notre enlèvement dans les Cieux, il commence dans notre âme. C’est la grâce qui fait cela, la grâce du Christ, la grâce qui vient de Dieu et nous conduit à Dieu, la grâce qui nous divinise, qui fait de nous, ici et maintenant, des fils, grâce qui nous donne en partage la vie filiale du Fils de Dieu selon l’Esprit et l’amour du Père. C’est par cette grâce que Dieu se rend présent en nos âmes et que par elle tout dans notre vie peut être sanctifié, consacré, offert, élevé à la gloire du Père. Nous sommes envoyés en ce monde pour que les hommes puissent rejoindre Dieu et tournent leur regard et leur cœur vers les réalités du Ciel.

Mais attention, il n’y a pas de mission et d’accession à Dieu sans union avec lui, sans élévation de notre cœur à Dieu, sans la prière. C’est dans le cénacle de nos cœurs, dans le sanctuaire intime de notre âme que nous sommes unis à Dieu. La prière est une montée de l’âme au-dessus d’elle-même et de tout le créé, pour s’unir à Dieu et s’enfoncer en cet «océan de douceur et d’amour infini» comme disent les mystiques. Le mystère de l’Ascension est là invisible dans cet élan de l’âme vers son Dieu, dans cet amour qui nous entraîne jusque dans les profondeurs de Dieu. Mission de l’Église, ascension spirituelle et union divine, c’est là l’œuvre de l’Esprit du Père et du Fils, cet Esprit promis pour la Pentecôte que nous désirons, que nous attendons. Saint Paul en appelle même au don de sagesse, don de l’Esprit que le Dieu de Notre Seigneur Jésus-Christ veut nous donner, et par lequel nous sommes illuminés et enflammés d’amour pour découvrir et connaître le Dieu vivant et vrai. C’est bien par et dans l’Esprit que, moyennant la grâce, nous sommes élevés jusqu’à Dieu dans une perpétuelles ascension spirituelle de l’âme vers cet accomplissement total du Christ, Tête et Corps, lorsque Dieu notre Père nous comblera totalement de sa plénitude.

Amen!