Homélie du 2e DP - 15 avril 2007
fr. Alain Quilici

Le pape Jean-Paul II, de vénérée mémoire, a souhaité que ce deuxième dimanche de Pâque soit le dimanche de la Miséricorde. Il ne s’agit évidemment pas de fêter l’idée de miséricorde, car dans la liturgie nous ne fêtons jamais d’idées. Nous laissons cela aux idéalistes, à eux de fêter l’identité, la fraternité ou la liberté. Il ne s’agit pas non plus de fêter la miséricorde des hommes, car, hélas, nous voyons bien que le cœur de l’homme n’est pas porté spontanément à la miséricorde, cette compassion profonde pour la misère de son semblable. Il le dévorerait plutôt s’il le pouvait. Ce que nous fêtons c’est la miséricorde de Dieu. Cette réalité d’un Dieu dont le modèle humain est le père dans la parabole de l’enfant prodigue. Dieu est comme ce père au cœur de mère qui se penche sur son enfant, qui le prend sans ses bras, qui le console, le réconforte, le cajole. C’est difficile à imaginer et même, pour certains, difficile à admettre. D’abord parce que nous sommes fiers, trop fiers pour admettre que nous en ayons besoin de la miséricorde de qui que ce soit. Et puis parce que pour nous, Dieu, l’éternel, le tout-puissant, c’est tout de même autre chose qu’une nounou, un papa ou une maman. Et pourtant, c’est ainsi que Jésus parle de Dieu, ce qui déjà choquait si profondément ses contemporains.

Voilà sans doute pourquoi Jésus dit que le royaume de Dieu est réservé au tout petits enfants et que seuls y entreront ceux qui seront devenus de tout petits enfants, c’est-à-dire ceux qui accepteront que Dieu soit humblement prévenant pour eux et rempli de tendresse comme un papa qui prend son petit dans ses bras. C’est à cette humilité qu’est confronté l’apôtre Thomas. Jésus se manifeste à lui, non pour lui apporter des preuves, car les preuves sont inutiles pour les cœurs fermés, mais pour lui dire: ne fais pas le fier, ne joue pas les matamores qui demandent à voir pour croire: c’est tellement banal, et tellement faux! Accepte que Dieu soit cette humble personne aux mains blessées, au cœur transpercé, qui a donné sa vie pour toi, même si tu ne comprends pas très bien ce que ça veut dire. C’est par miséricorde que Jésus vient au secours de la détresse de Thomas, qu’il lui donne de toucher de ses doigts les marques physiques de cette miséricorde. Comme c’est pas miséricorde pour nous que Jésus meurt sur la croix, par miséricorde qu’il ressuscite, par miséricorde qu’il nous donne en partage son corps et son sang.

Voilà ce que nous fêtons aujourd’hui. Voilà ce dont nous rendons grâce, car c’est aujourd’hui, encore et toujours aujourd’hui que Dieu manifeste sa miséricorde. Il n’est pas nécessaire de fouiller l’histoire pour y puiser les merveilles de Dieu. Celui qui veut voir, comme Thomas veut voir, celui-la verra. Il suffit qu’il regarde et il verra les actes concrets de la miséricorde de Dieu, dont la guérison de la sœur Marie-Simon-Pierre, dont les media ont bien été obligés de parler n’est qu’un exemple connu. Mais il y a tant d’autres signes. A Lourdes, tous les jours, sans qu’on en parle, tant de gens sont les bénéficiaires de cette miséricorde de Dieu. Et ici même dans cette église, terre de miracle et de miséricorde, j’en suis témoin depuis trente ans, combien ont été touchés par cette miséricorde concrète de Dieu?

Nous admirons Zachée que, par miséricorde, Jésus a visité et qui a donné la moitié de ses biens. Mais il y a aussi parmi nous des Zachée que Jésus a visités et qui partagent de leurs biens, de leur temps, de leur amour. Nous admirons Simon de Cyrène qui porte la croix de Jésus. Il y a parmi nous des Simon de Cyrène qui portent une lourde croix, la croix de Jésus, et Jésus vient à leur secours dans son infinie miséricorde. Nous admirons Élisabeth et Zacharie à qui le Seigneur, dans sa miséricorde, a donné un enfant qui les comble de joie. Mais il y a parmi nous tant de familles qui peuvent attester que les enfants que Dieu leur a confiés sont autant de signes de sa miséricorde.

Et beaucoup d’autres illustrations de l’action miséricordieuse de Dieu. Que celui qui veut voir, comme Thomas a voulu voir, qu’il regarde et il verra. Jésus se manifestera à lui. Il lui montrera ses plaies. Il lui donnera à toucher du doigt son cœur plein de miséricorde. Comme le dit saint Jean à la fin de son évangile: Il y a beaucoup d’autres signes que Jésus a faits et qui ne sont pas relatés ici … Ce sont tous ces signes, anciens et nouveaux de la miséricorde de Dieu qui nous font nous écrier, nous aussi, avec l’apôtre Thomas: Mon Seigneur et mon Dieu!

Amen.