Homélie du Fête de la Toussaint - 1 novembre 2007
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Dans de nombreux villages est toujours vivante, grâce à Dieu, la coutume, à la fin de la messe ou à un autre moment, de se rendre ensemble au cimetière où chaque famille a eu soin de nettoyer et de fleurir la tombe où reposent ses proches.

Je ne crois pas que cela implique une confusion entre la fête de ce jour et la célébration de demain pour les fidèles défunts, mais est plutôt le signe qu’il convient de ne pas les séparer. Il s’agit en effet de célébrer en deux jours, distincts mais unis, dans la foi et l’espérance le double visage de l’indéfectible miséricorde de Dieu à l’égard de tous ses enfants : visage d’amour parce qu’il les appelle à partager sa joie et sa gloire – c’est la fête d’aujourd’hui ; visage de pardon parce qu’il purifie leur cœur pour les préparer à cette rencontre face à face – ce sera la prière de demain, dans la lumière de cette fête.

Car, avec Dieu, pour Dieu, tout est affaire d’amour, de cet insondable amour qu’il nous a manifesté dans son Fils qu’il nous a donné et qui s’est livré à la mort pour le salut de tous les hommes.

Aujourd’hui donc, comme le dit la Préface de la Prière eucharistique, «nous fêtons la cité du ciel. » Nous contemplons les fils du peuple de l’Alliance d’abord – les douze fois douze mille – puis cette «foule immense que nul ne peut dénombrer, de toutes nations, peuples et langues» rassemblée devant le trône et devant l’Agneau qui proclament que «le salut est donné par notre Dieu.»

Dans cette foule, il y a la Mère de Dieu, les martyrs qui «ont lavé leurs vêtements dans le sang de l’Agneau», les Apôtres, les saints officiels, canonisés ou béatifiés, et puis surtout les innombrables anonymes, quelques uns peut-être aux premières places : Thérèse de Lisieux ne disait-elle pas : «Rien ne nous assure que les saints canonisés soient les plus grands.» Mais surtout chacun de nous pourrait y reconnaître ceux que nous avons connus et aimés : ancêtres, parents, frères et sœurs, amis et proches qui, dans le Christ, ont fait avant nous le «passage» vers le Père. Et parmi eux tous certains qui croyaient au ciel et bien d’autres qui n’y croyaient pas.

Au fait, frères et sœurs, croyez-vous, croyons-nous au ciel? Ce n’est pas une vaine question, car pour beaucoup de chrétiens elle est objet de doute, elle a été même à un moment une terrible épreuve de foi pour cette grande Thérèse de Lisieux que je viens de citer. Eh bien moi, dont la foi peut être aussi parfois fragile et incertaine, je vous dis qu’il faut y croire avec pleine assurance, que j’y crois de toute mon âme. Le contraire serait «faire injure» à Dieu et à son Amour. Quel Père serait ce Dieu vivant dont l’amour est tout puissant qui ne voudrait pas que tous ses enfants vivent, et à jamais comme Lui; Lui qui a pour chacun de nous des entrailles d’une mère qui ne peut abandonner son enfant; Lui qui a donné son propre Fils pour partager notre vie et notre mort afin d’ouvrir en Lui et par Lui les portes du Royaume et rassembler les enfants de Dieu dispersés?

Voilà donc aujourd’hui la grande famille de Dieu : l’Église du ciel avec qui l’Église de la terre est en communion d’amour et de grâce dans cet unique Corps mystique du Christ où les richesses de chacun appartiennent à tous.

Oui, cette Église du ciel existe déjà et elle est notre avenir.

Écoutons encore la Préface d’aujourd’hui : «nous marchons vers la Jérusalem du ciel par le chemin de la foi, nous hâtons le pas, joyeux de savoir dans la lumière ces enfants de notre Église.»

Nous savons où nous allons. Nous en connaissons la route : le Christ qui est le chemin, la vérité et la vie. Nous connaissons le «code» de cette route : les béatitudes. Parfois, souvent même – confessons-le humblement – il nous arrive de nous en écarter un peu, de nous égarer peut-être, de trébucher ou de tomber. Mais toujours, et même alors, le Christ marche avec nous et sa grâce nous soutient, nous relève, nous éclaire, nous remet sur la voie.

Notre bienheureuse espérance, regardant ou oubliant le chemin parcouru, est dans ce secours de grâce de sa miséricorde indéfectible : «si nous sommes infidèles, Lui demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même» (2 Tim 2,13).

Dans cette eucharistie, recevons les arrhes de cet avenir et le viatique de notre voyage, tous ensemble, vers le ciel de Dieu et le festin des noces de l’Agneau.

Amen!