Homélie du 31e DO - 4 novembre 2007
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Faisons un peu d’arboriculture et parlons un peu de ce fameux sycomore sur lequel s’est juché Zachée. Après tout, le Seigneur lui-même ne se sert-il pas de la nature et de l’agriculture pour nous parler de son Royaume. Et si l’évangéliste nous spécifie de quel arbre il s’agit, sans doute y a-t-il une raison.

Ainsi donc, le sycomore est-il un arbre un peu ambiguë comme son nom l’indique : à la fois figuier et mûrier ; il produit abondamment de petites figues qui persistent sur l’arbre de nombreux mois, notamment pendant la saison sèche où les risques de pénurie sont plus grands ; ces petites figues se conservent facilement, séchées ou réduite en farine ; elle peuvent même servir à faire du vin. En plus de son ombrage, il résiste aussi aux intempéries et l’on peut encore tirer de lui une substance qui permet de teindre les vêtements en rouge.
Cependant, il y a un léger problème. Cette petite figue demeure immature. Trop dure, trop sèche, insipide, elle n’est pas très bonne à manger. Pour autant, une solution a été trouvée : on les incise à un stade précoce et voilà qu’en trois jours, de fruit immature, elles deviennent charnue et multiplient leur volume par dix!
Il n’est peut-être donc pas si indifférent que saint Luc est choisi un sycomore un peu comme s’il voulait déjà nous orienter vers la passion et la résurrection de Jésus, comme s’il voulait faire de Jéricho, un reflet de Jérusalem et un signe annonciateur des fruits de l’arbre de vie : la croix rédemptrice.
En s’invitant chez Zachée, il s’invite chez chacun de ceux qui veulent entrer dans cet aujourd’hui du paradis où le bon larron sera assurer d’entrer au soir du vendredi saint.

Accueillons donc le Christ nous aussi cet aujourd’hui de l’amour du Père qui se fait justice et miséricorde pour chacun de nous. N’ayons pas peur de retourner notre cœur pour l’introduire dans une vie de pénitence. Le mot comme la chose font peur mais peut-être parce que nous n’en voyons pas toute la richesse ni toute la profondeur.

Grimpons donc avec Zachée dans son sycomore.

Voilà le premier mouvement du pénitent : faire tout ce qu’on peut pour voir Jésus, mesurer ce qui manque pour que ma foi soit toujours plus vive et plus claire, sortir de l’ambiguïté en étant lucide sur soi afin de connaître Jésus de manière intime et le prendre comme mesure et modèle de vie au-delà de l’opinion de la foule. Car s’efforcer de savoir qui est Jésus s’est déjà se différentier de la foule qui voit sans voir ; c’est accepter d’être différent en ne s’excusant pas de notre petitesse, de la faiblesse de nos moyens pour se cantonner dans le respect humain ou la peur du qu’en-dira-t-on. C’est encore vouloir s’élever non par mépris mais pour sortir des enthousiasmes trop faciles et chercher à voir de plus haut, plus loin et plus profondément.

Mais pour cela le regard du Christ sur nous est nécessaire car sans lui nous ne pouvons rien. Il est la scarification, l’incision qui ouvre notre esprit et notre cœur pour l’introduire dans la générosité du Salut de Dieu et nous donner de nous y conformer. Cette incision est toujours douloureuse. Mais sans elle, notre esprit reste sec, notre cœur dur, notre vie sans goût et sans saveur.

Et c’est le deuxième mouvement de la vie du pénitent selon le cœur du Père. Non pas se hâter de redescendre dans la foule, mais se hâter de tout faire pour rester sous le regard de miséricorde du Christ. Non plus simplement voir ce qui nous manque pour lui être semblable, mais l’acquérir pour que le Christ soi chez lui chez nous.

«Là où le péché a abondé, la grâce a surabondée», dit l’écriture.

La générosité de Zachée manifeste la surabondance du don de la grâce. Par son empressement et sa générosité, il convertit en lui cette mentalité qui dessèche et durcit l’esprit et le cœur: la mentalité de ceux qui croient que tout leur est dû. Or Dieu ne nous doit rien, mais nous lui devons tout. Il ne veut qu’une chose se donner pour nous recevoir.

Mais nos dons, si généreux soient-ils, n’ont aucun mérite si subsiste l’injustice.

La Loi de Moïse prescrivait de rendre au double, ou bien avec intérêt, ou bien au quadruple. Zachée choisit le plus. Il a reconnu la valeur de cette relation que le Christ a créée et il voit bien qu’elle fonde une nouvelle relation aux autres.

Par la charité, il n’est plus de foule anonyme pour moi, mais des prochains appelés a connaître et à reconnaître le visage de miséricorde du Christ ; par la justice, je rends et répare ce en quoi j’ai manqué dans une relation vraie aux autres.

Si par la charité, je m’unis au Christ qui a accompli toute justice en vérité, par la justice, je m’unis au Christ qui restaure et relève dans la vérité de la charité.

Approchons donc du Christ réellement présent sur l’autel avec un cœur et un esprit de pénitent. Il entre chez nous pour que nous accomplissions toute justice. Il est le visage au-delà de la foule qui fortifie notre empressement et notre générosité dans une fidélité inlassable, en esprit et en vérité, à accomplir une œuvre qui ne s’achèvera que dans la gloire. Amen.