Homélie du 6e DP - 27 avril 2008
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Frères et sœurs,

L’annonce de l’envoi du Saint-Esprit aujourd’hui, quelques jours avant l’Ascension de notre Seigneur, nous laisse un peu perplexe. Jésus nous assure qu’il nous donnera son Esprit, qu’il ne nous laissera jamais seul, qu’il ne nous laissera pas orphelin, mais apparemment la condition pour recevoir l’Esprit-Saint c’est qu’on puisse le voir et le reconnaître. Comment donc nous préparer à la fête de la Pentecôte, comment pourrions-nous voir le Saint-Esprit et le reconnaître. En posant cette question une petite jalousie commence à naître: Pour les apôtres tout a été plus facile. Ils ont vu Jésus Christ ressuscité, ils ont véritablement senti la venue du Saint-Esprit et tout d’un coup ils ont pu parler en plusieurs langues. Déjà l’apôtre Judas-Thadée a senti ce dilemme qu’il exprime très clairement dans sa question au Seigneur qui suit notre Évangile: «Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde?», Nous, les apôtres, nous t’avons vu, mais les autres? Eh bien, c’est vrai. Pourquoi Jésus ne se montre pas à nous comme aux deux disciples d’Emmaüs, comme aussi à Pierre, Marie-Madeleine et tant d’autres? Une apparition du Ressuscité nous aiderait ainsi qu’au monde entier à croire plus facilement et à vaincre toute sorte de doute. Peut-être que, si Pilate, Caïphe et Anne avaient été gratifié d’une apparition du Christ ressuscité et triomphant ils se seraient convertis? Peut-être se seraient-ils convertis si Jésus leur avait proposé à eux aussi de toucher ses plaies?

Dans toutes ces cogitations nous oublions que Jésus n’est pas un Ressuscité comme Lazare ou le jeune de Naïm qui ont reçu la grâce de retourner une fois encore dans cette vie terrestre. Pour Lazare et le jeune de Naïm leur vie n’était pas différente après leur résurrection. Ils ont continué à vivre et à être vu par tout le monde comme avant. Peut-être tout de même ont-ils aimé le Seigneur encore plus qu’avant.

 

Jésus par contre, après sa Résurrection, n’est pas revenu dans son ancienne vie terrestre. Par sa résurrection il est entré dans une nouvelle vie, dans la vie éternelle, dans la vie auprès du Père. Le Christ ressuscité nous ne pouvons plus le voir comme moi je vous vois ou vous me voyez. Pour voir le Christ ressuscité désormais, les yeux corporels ne suffisent plus. Pour voir le Christ ressuscité il faut encore ouvrir les yeux de son cœur. L’âme de ces yeux du cœur c’est l’amour. «Celui qui m’aime sera aimé de mon Père; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui.» Aimer Jésus, cela signifie le suivre, là où il va, le suivre vers l’au-delà. Par sa résurrection Jésus a brisé les portes de notre cœur qui nous empêchaient de voir plus loin que notre petit train-train quotidien, notre enfermement en nous-même et notre égoïsme. Pilate, Kaïphe et Anne par contre n’ont pas été gratifié d’une apparition du Christ ressuscité, car leurs yeux restaient fixés sur Jésus, le prétendu roi des Juifs qui agissaient contre leurs intérêts. Pilate, Caïphe et Anne restent enfermés dans leur calcul terrestre. Leur attitude intérieure les empêchait de voir le Christ ressuscité, même s’il leur était apparu dans toute sa gloire. L’attitude d’une Marie Madeleine ou des disciples d’Emmaüs était tout à fait différente. Leur cœur brûlait d’amour pour le Christ. Et le Christ se montrait à eux en partant. Il les a invité à marcher à sa suite.

Frères et sœurs, « La résurrection n’est pas la réponse à la curiosité, mais elle est l’envoi, elle veut changer le monde pour que le monde élargisse son regard et son attitude au-delà d’elle-même. Le premier mot des anges aux saintes femmes au tombeau était: «Il n’est pas ici; il vous précède, là vous le verrez.» Le monde ne reconnaîtra et ne verra jamais le Christ dans son enfermement sur lui-même. Mais s’il se mettait en route avec le Ressuscité vers son Père, il le verrait. Le Christ se montre à nous, aujourd’hui, si nous marchons à sa suite vers son Père. Nous suivons le Christ, parce que nous l’aimons et Jésus nous rassure: «Celui qui m’aime sera aimé de mon Père; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui.» Ne fermons donc pas notre cœur. – Suivons le Christ, attachons-nous au Christ – et nous le verrons.