Homélie du 11e DO - 15 juin 2008
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Permettez-moi de m’arrêter quelques instants sur le passage de la lettre aux Romains que nous avons entendue juste avant la proclamation de l’évangile. Il y est question de réconciliation par le sang et d’échapper à la colère divine. Étrange tout de même, on ne peut pas dire que ce langage nous parle immédiatement. Que veut dire l’apôtre? Que signifie l’affirmation paulinienne: nous sommes devenus des justes par le sang du Christ.

Le Christ est mort pour nous, c’est-à-dire pour des injustes. Nous sommes ces injustes, qu’est-ce à dire? Injustes parce que pécheurs depuis Adam, parce que nous naissons privés de la grâce et que le péché par nature sépare de Dieu. C’est pourquoi le Fils de dieu s’est fait homme, et prenant notre tête, il a accomplit notre rédemption, notre rachat, notre justification, il a fait de nous des justes libérés de la domination du péché. Il a accepté ayant pris notre nature mortelle de mourir pour nous, c’est-à-dire de donner son sang, sa vie autrement dit: «Le Fils de l’homme a donné sa vie en rançon pour la multitude» dit l’Écriture, et pour la rémission des péchés du monde entier.

Il donne sa vie non seulement pour abolir le péché, pour l’expier, mais pour offrir à Dieu un amour plus grand, plus vrai et plus pur qui répare toutes nos transgressions, le désordre qu’introduit dans le cœur les péchés de la multitude. En outre, il nous donne accès à la vie divine, la vie éternelle, la vie de fils de Dieu. Ce sang versé signifie l’acte par lequel le Christ nous sauve: sa croix rédemptrice. Or cet acte rédempteur est celui que nous commémorons dans l’eucharistie. C’est si vrai qu’à chaque messe, par les signes du pain et du vin et par une transformation invisible mais bien réelle, le Christ livre son corps et verse son sang, non plus physiquement, mais par ce sacrement qui le représente, en mémorial, pour nous en communiquer toute la puissance de grâce et de salut.

Être sauvés de la colère, c’est être sauvé d’un échec, de l’aveuglement, de l’endurcissement du cœur à cause du péché. Par un dessein de miséricorde, en son Fils bien-aimé, Dieu veut mettre fin à cette injustice qui nous place hors de la voie du salut et de l’amour. Et puisque nous étions incapables de vivre par nous-mêmes selon la justice et la sainteté, le Fils meurt pour nous sur la croix, car il nous a aimé le premier et s’est livré pour nous. Voilà de quel amour nous sommes aimé. Cet amour plus fort que la colère, cette miséricorde plus puissante que le péché, cette justice divine qui répare et compense toutes nos infidélités et notre désobéissance.

Il ne faut pas s’étonner si l’apôtre nous presse à renouveler notre conscience, à nous convertir et à rendre grâces. Dieu a pris les devants, et pour obtenir de nous, une vraie pénitence, il nous offre son pardon. II opère en notre nom, par pure grâce, sans aucun mérite de notre part, ce retour, cette conversion du cœur sans laquelle nous demeurons dans notre péché, sans laquelle nous persistons dans l’injustice, sous le coup de la colère de celui qui est le Saint et le Juste. Cependant le Christ nous a délivré de la colère de Dieu en faisant de nous des justes par la foi.

Vivons en fidèles disciples du Christ, conformons nos parole et nos actes et toute notre vie au Christ notre justice et notre paix. De soi, nous sommes indignes d’un tel bienfait: «Seigneur je ne suis pas digne, mais dis, seulement une parole et je serai guéri». Nous sommes des aveugles et nous tremblons, non à cause de Dieu, mais à cause de notre médiocrité.

Souvenons-nous que la croix du Christ est notre fierté, notre gloire et notre joie. Le sang du Christ, c’est le sang de Dieu versé pour la multitude. Voilà ce que Paul contemple, lui le pécheur, le persécuteur, celui qui se croyait juste par ses œuvres. Voilà ce qui s’actualise à chaque messe, ce qui s’accomplit à chaque moment du temps, à savoir le mystère de notre rédemption et de notre réconciliation. C’est tellement incroyable et bouleversant: dans le prêtre, le Christ est celui qui sert, sous les espèces consacrés il est ce qui est servi, livré, donné, et en nous, il est la nourriture pour notre route, le pain de vie, le remède d’immortalité. Nous n’avons rien à craindre si nous en appelons avec confiance et humblement à sa justice et à sa miséricorde.

Nous allons recevoir gratuitement le pain de vie et la coupe du salut, Dieu nous unit à lui comme des fils bien-aimés. Nous avons reçu gratuitement, donnons gratuitement. Recevons le pardon de nos péchés et donnons à ceux que retiennent encore les liens de l’injustice, le pardon des offenses et la réconciliation. Nul ne peut se dérober à cet appel pressant, car Dieu nous a réconcilié avec lui dans le Christ pour que nous fassions de même. Il faut le croire et oser le croire, l’apôtre ne dit-il pas: «Je peux tout en celui qui me justifie», «le royaume de Dieu est tout proche de vous» Amen!