Homélie du Nuit de Noël - 24 décembre 2008
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Au temps où le peuple hébreu ployait sous le joug de l’esclavage en Égypte, le Seigneur était apparu à Moïse et lui avait dit: J’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu son cri et je suis descendu pour l’en délivrer. Mais cette présence divine était encore trop extérieure pour l’homme. Alors, par la bouche des prophètes, Dieu avait annoncé qu’un rameau sortirait de la souche de Jessé, que la Vierge enfanterait l’Emmanuel, Dieu avec nous. Il serait le Prince de la Paix, la lumière qui brille dans les ténèbres. Il naîtrait à Bethléem et, au cours de sa vie, porterait les péchés de son peuple. Les Israélites avaient appris tout cela au catéchisme. Mais voilà, tout cela restait bien théorique, c’était de la littérature ou des contes de bonnes femmes! Alors, en cette nuit calme, tout le monde dormait, chacun dans sa maison. Rome avait envahi la Palestine et l’on n’attendait plus grand-chose des promesses de Dieu. Pourtant c’était en cette nuit que le Seigneur descendait pour délivrer définitivement l’homme de l’emprise du mal. Il descendait mais non pas comme une boule de feu qui anéantirait tout sur son passage. Au contraire, il descendait discrètement et se cachait sous les traits d’un enfant. Il avait pour palais une étable?

Bien sûr, Marie et Joseph étaient là. C’était normal même si nous nous habituons un peu trop vite à la disponibilité de leur cœur? Prenez Joseph par exemple. A peine Dieu lui dit-il quelque chose qu’il agit aussitôt et sans un mot superflu. Imaginez ce que serait notre vie chrétienne et humaine si nous faisions pareil! Mais je voudrais regarder avec vous ceux qui n’avaient peut-être pas tant de raison d’aller à la crèche et qui pourtant ont accueilli le Messie. Je veux parler des bergers. Dans leur société, ils n’étaient pas considérés comme des gens fiables. Par exemple, ils ne pouvaient être cités comme témoins au tribunal. Ils étaient donc plutôt méprisés? ce qui est curieux car David avait été un berger. Il était même en train de garder les troupeaux de son père lorsque le prophète Samuel était venu pour lui faire l’onction royale de la part de Dieu. Mais qui étaient-ils en réalité? L’histoire n’a même pas retenu leur nom. Ce n’étaient pas des héros. C’étaient au contraire des gens très simples qui vivaient dehors.

Ils vivaient aux champs. Ils n’avaient donc pas de toit, cette sécurité qui parfois nous incite à nous fermer aux besoins des autres et aux appels de Dieu! Et l’évangéliste continue: ils étaient éveillés. Les bergers étaient des veilleurs. Au sens premier, cela veut dire qu’ils veillaient auprès de leurs moutons. Mais il y a un autre sens, plus profond. Être éveillé, c’est avoir le cœur et l’intelligence disponible à ce qui se passe. Et dans l’ordre de la Révélation, cela signifie être disponible à la Parole de Dieu. Et voici qu’un ange leur apparaît pour leur dire Aujourd’hui vous est né un sauveur, qui est le Christ Seigneur dans la ville de David. Vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. Les bergers ne discutent pas entre eux. Ils n’ont même pas l’air tellement étonnés de ce qu’ils apprennent! Leur réponse, c’est: Allons à Bethléem et voyons ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître!

Pourtant un berger, ça n’abandonne pas facilement son troupeau. Il faut qu’une brebis soit perdue ou soit malade, qu’elle réclame toute l’attention pour qu’un berger laisse là les autres. Et cette nuit-là, l’évangéliste nous dit que non seulement les bergers partirent mais qu’ils partirent en hâte. Comme si plus rien n’avait tellement d’importance! Cette hâte ne nous est pas inconnue. C’était celle de Marie qui partait visiter sa cousine Élisabeth qui était enceinte alors qu’on l’appelait la femme stérile. Cette hâte, c’est celle de l’amour qui donne des ailes. L’amour rend léger, il débarrasse notre cœur du poids qui l’alourdit. L’amour nous rend légers comme des anges car il nous décentre de nous-mêmes! Mais pour cela, il faut lâcher prise, se séparer de soi-même, de toutes ses préoccupations. Et tourner son cœur vers ce que propose le Seigneur! Voilà ce qu’ont fait les bergers. Ils ne sont plus inquiété de rien sinon de ce que disait Dieu par la voix de son ange. Ils sont allés à la crèche et, après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit. Qu’est-ce que cela veut dire sinon que le Christ ne nous est pas donné pour nous, mais qu’Il se donne pour que nous le redonnions aux autres? C’est là notre joie et c’est celle des bergers: ils s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu! Les bergers ont compris cette nuit-là que les promesses contenues dans les Écritures sont sources de vie! Qu’elles peuvent être une lumière sur notre route!

Et nous dans tout cela? Regardez bien et vous comprendrez. Nous aussi nous savons bien que Jésus est né! Tout cela fleure bon le catéchisme, un catéchisme dépassé si l’on en croit les programmateurs de TF1 qui ont préféré, à la messe de minuit, un ancien concert de Michel Sardou. Notre société n’est pas beaucoup plus réveillée que celle d’il y a 2000 ans. Et nous-mêmes, avons-nous le cœur éveillé? Cherchons-nous le Seigneur? Sommes-nous prêts à nous mettre en route? Sommes-nous prêts à être bousculés? L’Enfant avait frappé à la porte de l’aubergiste. Ce dernier avait une raison objective de refuser de le laisser entrer: il n’y avait plus de place. Le Verbe s’est fait chair, Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu! Et en cette nuit, il nous montre à l’avance la vérité de cette parole qu’Il dira 30 ans plus tard: j’avais froid, j’avais faim et vous m’avez donné à manger. Amen, je vous le dis, à chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait.

Voilà que l’Enfant frappe à la porte de notre cœur. Il ne la forcera pas, pas plus qu’il n’a forcé celle de l’aubergiste. Il n’existe qu’une seule poignée à cette porte, elle est à l’intérieur! Cette nuit, un sauveur nous est né! Qu’allons-nous faire de cette nouvelle alors que tant de personnes ont faim et froid, que tant de personnes sont seules ou sur un lit d’hôpital, que tant de familles sont déchirées, que tant de personnes sont désespérées, ne voient pas d’avenir avec la crise qui sévit, que tant de personnes peuplent nos prisons? Allons-nous rapporter ce que nous avons vu et entendu? Allons-nous laisser la lumière du Prince de la Paix illuminer les ténèbres de notre cœur et allons-nous la répandre? Frères et sœurs, il n’y avait plus de place à l’hôtellerie mais y en-a-t-il dans notre cœur? Y-en-a-t-il dans notre famille, dans notre maison? Je veux dire, de la place pour les autres, de la place pour Dieu? Ne cédons pas à la tentation du repli sur nous, à la tentation du je ne peux tout de même pas aider tout le monde! Et si chacun d’entre nous choisissait de poser un geste de paix, un geste de réconciliation, un geste de pardon en profitant de cette journée où la lumière resplendit sur les ténèbres de la mort?

Les bergers ont accepté de laisser le monde de Dieu faire irruption dans leur vie et ils ont dit: Allons à Bethléem. Ces paroles sont pour nous. Nous sommes invités à aller à Bethléem, à partir à la recherche de l’Enfant! La liturgie permet aux yeux de notre âme d’être transportés en cette nuit où Marie enfanta son fils, l’emmaillota et le coucha dans une crèche. Cherchons le Seigneur tant qu’il se laisse trouver! Alors, mettons-nous en route pour devenir des fils de Dieu, des artisans de paix. Devenons les bâtisseurs de la civilisation de l’Amour. Écoutons le Seigneur qui nous dit: Aujourd’hui t’es né un sauveur! Si tu ouvres ton cœur, si laisses le Règne du Prince de la Paix s’établir dans ton cœur, l’aujourd’hui de l’ange sera vraiment aujourd’hui pour toi! Ouvres-toi pour que cette nuit soit vraie! Ouvres ton cœur pour que les paroles de l’ange soient vraies! Pensons-y au moment de le recevoir dans la communion! Acceptons de nous mettre en route pour que ce ne soit pas un Noël de plus mais que nous puissions nous dire les uns aux autres, à l’issue de cette eucharistie, Voyez, il nous est né un Sauveur, c’est le Christ, le Seigneur! Je l’ai rencontré, il a changé ma vie!