Homélie du 4e DO - 29 janvier 2012
fr. François Daguet

On dit parfois d'une personne qu'elle fait autorité, pour exprimer sa compétence dans un domaine donné. On en vient à dire qu'elle est une autorité, pour marquer le crédit qu'on peut lui accorder. On retrouve cette autorité à propos de Jésus - par deux fois, Marc souligne que Jésus enseigne «avec autorité» -, mais en un sens qui va plus loin encore. Car les paroles de Jésus ne sont pas seulement crédibles, elles sont efficaces. Aujourd'hui, il interpelle, démasque et chasse un démon: «Silence, sors de cet homme». Ailleurs, il guérit: «je le veux, sois purifié». Lorsqu'on vient l'arrêter au Jardin des Oliviers, il répond: «c'est moi» à ceux qui le cherchent et, nous dit saint Jean: «Quand il leur eut dit: c'est moi, ils reculèrent et tombèrent à terre» (Jn 18, 6). Est-ce si surprenant? N'oublions pas que Jésus est le Verbe du Père, qu'il est Dieu. Le récit de la création, au début du livre de la Genèse, nous donne à entendre la parole créatrice de Dieu: «Dieu dit: créons ceci ou cela, les êtres vivants et l'homme à notre image, et ceci et cela furent créés?». Le Psaume (33, 9) proclame cette puissance de la parole de Dieu: «Il parle et cela est, il commande et cela existe». Lui-même le rappelle par la voix du prophète Isaïe: «la parole qui sort de ma bouche ne me revient pas sans résultat, sans avoir fait ce que je voulais et réussi sa mission» (55, 11). La parole de Dieu, lorsqu'elle est proférée, est d'une efficacité divine, et il n'y a rien d'étonnant à ce que la parole de Jésus, qui est la Parole, le Verbe fait chair, soit revêtue de cette efficacité. Sa grande parabole sur le Semeur qui sème la parole sur tous les terrains l'exprime bien à sa façon (Mt 13, 3-9; 18-23). Aucun de nous n'a jamais vu un semeur gaspiller sa semence en la semant sur des ronces ou un sol pierreux. Si Jésus agit ainsi avec sa propre parole, c'est qu'elle est assez puissante pour changer ces mauvais sols en une bonne terre où elle pourra croître et fructifier. Les paroles de Jésus sont efficaces, elles réalisent ce qu'elles signifient parce qu'il est Dieu. (Sa parole est performative). Et s'il laisse voir l'efficacité de sa parole par ses effets extérieurs: guérisons, exorcismes et autres miracles..., c'est pour nous aider à croire en l'efficacité de sa parole qui guérit du péché. L'épisode de la guérison du paralysé de Capharnaüm, qui suit de peu celui d'aujourd'hui, nous le fait comprendre explicitement. «Qu'est ce qui est le plus facile? De dire au paralysé: tes péchés te sont remis, ou bien de dire: lève-toi, prends ton brancard et marche? Eh bien! Pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre, je te l'ordonne, dit-il au paralysé, lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi» (Mc 2, 9-11; pour le 7ème dimanche TO B). Les paroles du Christ aujourd'hui sont-elles aussi efficaces qu'hier? Si souvent, cependant, nous en doutons. Et nous en doutons dès que nous ne croyons plus qu'elles puissent être efficaces sur nous, dès que nous sommes convaincus que nous ne changerons jamais. Si souvent nous pensons en nous-mêmes que nous ne pouvons pas devenir meilleurs. Or, quand le Christ nous parle, il crée, il nous guérit, il nous transforme. Voilà des siècles que l'on dit du prêtre que, lorsqu'il consacre le pain et le vin, ou lorsqu'il absout celui qui vient de reconnaître sa faute, il agit in persona Christi: dans la personne même du Christ. C'est-à-dire que c'est le Christ lui-même qui opère par les paroles prononcées par son ministre. Quand le prêtre prononce les paroles de la consécration, le Christ change le pain et le vin en son Corps et en son Sang, comme lors de la Cène. Lorsque le prêtre prononce les paroles de l'absolution, le Christ pardonne les fautes, comme à Capharnaüm, pas moins. La pratique des sacrements, et très spécialement celle de la communion eucharistique et du pardon reçu pour les fautes remises transforment notre cœur en profondeur, très au-delà de ce que nous en percevons, et même s'il n'y a pas de démon à chasser. La Vierge Marie nous donne à voir une expression exceptionnelle de cette puissance de la parole du Christ dans une vie humaine. Elle est celle qui a su accueillir la parole de Dieu et se laisser transformer par elle. Jésus le dira, dans des mots qui peuvent surprendre: «Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent» (Lc 8, 21). Elle a laissé la parole de Dieu prendre chair en elle jusqu'à ce que le Verbe lui-même, par l'action de l'Esprit-Saint, prenne chair en elle. Primo concepit in corde quam in carne, dit saint Augustin. La Vierge Marie nous montre jusqu'où l'efficacité de la parole de Dieu peut aller. C'est ce à quoi le Christ nous invite aujourd'hui. En écoutant sa parole, en communiant au Verbe fait chair dans l'Eucharistie, il veut nous transformer, nous recréer, pour que nous soyons toujours davantage à son image. Mais croyons-nous vraiment que la parole de Dieu est vivante et efficace (He 4, 12)?