Homélie du Fête de l'Assomption - 15 août 2013
fr. François Le Hégaret

C’était plutôt mal parti. Dieu avait créé l’homme pour l’éternité, pour la vie et l’incorruptibilité. Il devait participer à la propre gloire de Dieu. Il n’aurait pas dû connaître la mort. Et voilà que, par le péché d’Adam, il a connu la mort, la destruction et la corruption. Lui qui est fait pour la lumière divine, il a connu les ténèbres du péché. À peine commencé, alors que la création de l’homme et de la femme en était à son balbutiement, le projet de Dieu semble en échec. Le plan de Dieu sur Adam et sur l’homme tout entier n’était-il alors pas trop grand? N’a-t-il pas placé trop d’espoir dans l’homme, un peu comme des parents ou un entraîneur sportif face à un enfant qui avait pourtant de bonnes dispositions au départ? Bref, Dieu n’a-t-il pas demandé à l’homme quelque chose qui dépassait ce que la créature pouvait donner?

La fête de l’Assomption nous montre que le projet de Dieu s’est réalisé. Ce qu’il avait prévu pour l’homme s’est accompli dans une personne humaine. Marie, nous le croyons, nous précède déjà dans la gloire du ciel, avec son corps et son âme. En elle, nous pouvons déjà contempler l’aboutissement de la création. Si le Christ, le jour de l’Ascension, a élevé notre nature humaine dans les cieux, Marie a été la première, le jour de son Assomption, à entrer comme personne humaine dans les cieux.

Mais on va dire: pour elle c’était facile, elle était sans péché, et nous, «pauvres pécheurs» comme nous le disons dans le «Je vous salue Marie», sommes donc différents d’elle. Le fait d’être sans péché n’enlève à Marie aucune des caractéristiques humaines. Elle aime, elle recherche la vérité, elle vit en société, elle rit, elle pleure, bref, elle est humaine pleinement. Mais en elle, rien ne vient contrarier la nature humaine telle qu’elle a été voulue par Dieu. Rien n’est faux, rien ne correspond à ces faux choix que nous faisons bien souvent: nous recherchons le bonheur, mais soit nous nous trompons sur le bonheur véritable, soit nous prenons des moyens qui ne nous conduisent pas vers la bonne direction. En elle, rien de tout cela. Il n’y a jamais une contradiction entre ce qu’elle désire intérieurement, l’œuvre de la grâce et ce qu’elle réalise effectivement. En cela, la Vierge Marie est une œuvre parfaite. Ce que Dieu a voulu pour l’humanité tout entière, la Vierge Marie le réalise dans sa personne. Et comme le péché et la mort n’avaient pas de place dans le projet de Dieu sur l’homme, la Vierge, Immaculée de tout péché, est entrée dans la gloire sans connaître la corruption de la mort.

La Vierge Marie est alors le modèle de notre vie future, elle voit déjà, en sa chair, Dieu face à face. Elle est déjà dans la communion des anges, et ce souci des hommes qu’elle connaissait déjà sur la terre (comme on peut le voir à Cana), trouve son expression la plus haute alors qu’elle est dans les cieux. Car est-elle si éloignée de nous? Bien au contraire. Précisément parce qu’elle est avec Dieu et en Dieu, elle est très proche de chacun de nous. Lorsqu’elle était sur terre, elle ne pouvait être proche que de quelques personnes. Étant en Dieu, qui est proche de nous, qui est même «à l’intérieur» de nous tous, Marie participe à cette proximité de Dieu. Étant en Dieu et avec Dieu, elle est proche de chacun de nous, elle connaît notre cœur, elle peut entendre nos prières, elle peut nous aider par sa bonté maternelle et elle nous est donnée comme «mère», à laquelle nous pouvons nous adresser à tout moment. Elle nous écoute toujours, elle est toujours proche de nous, et, étant la Mère du Fils, elle participe de la puissance du Fils, de sa bonté. Nous pouvons toujours confier toute notre vie à cette Mère, qui est proche de tous.

Si la Vierge Marie est le modèle de notre vie future, si elle intercède pour nous auprès de Dieu, elle est également le modèle de notre vie présente. En elle, chaque chrétien peut contempler le projet complet, non altéré, de Dieu pour l’homme. Tout en l’homme est fait pour la gloire de Dieu, tout en l’homme conduit à la gloire de Dieu, tout ce qu’il fait doit être fait pour la gloire de Dieu. Le Magnificat, sorti des lèvres de Marie, ne dit pas autre chose. Dans ce chant se reflète toute l’âme, toute la personnalité de Marie. Il est un portrait, une véritable icône de Marie, dans laquelle nous pouvons la voir exactement telle qu’elle est. Nous pouvons connaître son désir que Dieu soit grand dans le monde, soit grand dans sa vie, soit présent parmi nous tous, pour que nous puissions être grand à notre tour. Car seul Dieu élève et porte à son accomplissement la vie de l’homme.

En Marie, nous contemplons le projet de Dieu mené à son terme. Ce projet est grandiose, il dépasse les forces de l’homme, et il ne peut se comprendre en dehors de l’amitié profonde que Dieu veut vivre avec l’homme. Et c’est bien à ce projet que nous sommes appelés. Nous aussi, nous ressusciterons. Comme Dieu qui, en quelque sorte, a attendu la venue de la Vierge pour accomplir son œuvre, Dieu nous attend dès à présent pour nous donner, à nous aussi, cette gloire en plénitude. Il nous attend, il nous espère: avançons vers lui soutenus par la prière de Marie, notre Mère.