Homélie du 24e DO - 15 septembre 2013
fr. François Daguet

L’Évangile de ce dimanche nous donne à écouter les trois paraboles qui forment ensemble le chapitre 15 de l’évangile selon saint Luc. Dans chacun de ces trois cas, il est question de quelqu’un ou de quelque chose qui est perdu, puis retrouvé: une brebis, une drachme, un fils de famille. Chaque parabole peut être étudiée pour elle-même, et l’on peut s’interroger sur ce que représentent, derrière l’image dont use la parabole, la brebis, la pièce d’argent ou le fils dévoyé.

Mais si l’Église a voulu garder unis ces trois textes, c’est qu’ils ont quelque chose en commun, qui est le cœur de l’enseignement de ce jour. Ce que l’on retrouve en chacune de ces paraboles, c’est l’inquiétude et la hâte de celui qui est responsable de ce qui est perdu: initiative du pasteur qui quitte tout pour chercher la brebis perdue, inquiétude de la maîtresse de maison qui balaye partout pour retrouver sa pièce, hâte du père qui part à la rencontre de son fils repentant. Vous l’avez compris, il s’agit à chaque fois de Dieu le Père qui part à la recherche de l’un de ses enfants perdu. Dans chacun des cas, l’initiative de la miséricorde divine est présente. Et c’est pour cela, d’ailleurs, qu’on a coutume de nommer ce chapitre 15: les trois paraboles de la miséricorde.

C’est le Père qui part à la rencontre de ses enfants perdus. Cela signifie que c’est Dieu qui a l’initiative, c’est lui qui court après les pécheurs pour les retrouver, pour qu’ils se retrouvent, pour qu’ils reçoivent de lui le pardon. Et il en est ainsi dès la première faute. Souvenez-vous du récit de la première faute, celle des origines (Gn 3). L’homme et la femme vont se cacher de Dieu, car ils ont honte de leur nudité, et c’est Dieu qui appelle Adam: «où es-tu?». (Gn 3, 9). Et saint Paul ne dit pas autre chose à son propre sujet, dans la seconde lecture (1 Tim 1, 12-16): «Le Christ m’a pardonné? il est venu dans le monde pour sauver les pécheurs».

On pense volontiers qu’en matière de salut et de pardon, c’est à l’homme pécheur de prendre l’initiative. Mais ce n’est pas juste: c’est Dieu qui a l’initiative, qui va à la rencontre des hommes, pour leur prodiguer sa tendresse, leur témoigner qu’il est «tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour» (Ps 144, 8; cf. la première lecture Ex 32 et Ex 34, 6). On ne peut mieux le manifester qu’en contemplant le Verbe qui se fait chair: pour venir chercher l’homme où il est, il se fait homme, afin de rencontrer chacun où il se trouve. La patience de Dieu à notre égard est sans limite, mais c’est une patience active. Même si nous n’y prenons pas garde, il nous sollicite, il nous adresse des signes, des invitations à revenir à lui. S’adressant à sainte Faustine, le Seigneur lui dit: «Dis aux pécheurs que je les attends toujours».

Il ne faut qu’une chose pour que l’homme puisse vivre de la miséricorde de Dieu: il faut qu’il le désire, qu’il accepte de se reconnaître pécheur. C’est là que, bien souvent, réside l’obstacle. L’homme orgueilleux à tant de mal à reconnaître ses fautes, à sortir de la prison de son amour propre. Mais c’est là aussi que se situe notre mission. Si nous vivons vraiment de la miséricorde, nous devons brûler pour que tous les hommes la découvrent. La miséricorde dit saint Augustin, est « une compassion du cœur (cor en latin) pour la misère d’autrui qui nous pousse à le secourir, si nous le pouvons ». C’était, on le sait, la prière de saint Dominique, qu’il proférait dans les larmes: «Seigneur, ma miséricorde, que deviendront les pécheurs?» Nous aussi, nous devons prier pour que les cœurs s’attendrissent et se tournent vers le Christ. Et nous le pouvons, si nous sommes dans l’amitié de Dieu. Car Thomas d’Aquin nous dit, à son tour, que «l’homme en état de grâce faisant la volonté de Dieu, il convient que Dieu fasse la volonté de l’homme pour le salut d’autrui, en proportion de son amitié». Il faut prier pour les hommes qui se perdent, car Dieu veut les sauver en exauçant nos prières. Notre vocation de chrétien, c’est d’être des Jean-Baptiste dans le monde d’aujourd’hui (Lc 1):

Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut,

Tu marcheras devant, à la face du Seigneur, pour préparer ses voies,

Pour donner à son peuple de connaître le salut, par la rémission de ses péchés.

Il y a un autre trait commun à ces trois paraboles: c’est la joie de celui qui a retrouvé ce qu’il avait perdu. Il n’y a pas de plus grande joie pour un père que de retrouver son fils perdu. Il n’y a pas de plus grande joie pour un chrétien que de vivre et de faire découvrir la miséricorde du Père.