Homélie du 2e DO - 19 janvier 2014
fr. Jean-Miguel Garrigues

«Et moi je ne le connaissais pas»: quelle parole étonnante! Bien sûr, Jean Baptiste connaissait Jésus. C’était son propre cousin. Depuis longtemps il savait qu’il était le Messie, et il avait préparé sa venue, tracé son chemin, c’est lui qui avait tressailli dans le sein de sa mère lorsque Marie est venue à la rencontre d’Élisabeth. Alors que veut dire cette parole? Jean Baptiste se faisait une représentation du Messie, comme tous les juifs de son temps. Il croyait à ce Messie qu’on attendait. Pour cela il fallait se convertir, préparer son cœur pour l’accueillir: «Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres, tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu» (Mt 3, 10). Il le présente comme un vanneur, qui va nettoyer son aire à battre le blé, qui sépare la paille du grain. Il va garder le grain et brûler la paille dans un feu qui ne se consume pas. Le Messie est celui qui vient accomplir un jugement, il annonce un jour où tout va être remis en ordre, mais à quel prix? C’est lui qui va baptiser dans l’Esprit Saint et le feu, qui va séparer les bons et les méchants, comme le feu du jugement dernier. C’est pourquoi en voyant Jésus venir à lui, pour se faire baptiser à la suite des pécheurs, Jean Baptiste s’exclame: «c’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi!»(Mt 3, 14). Jésus répond: «pour le moment, laisse-moi faire. Il faut accomplir toute justice». Il faut souligner ce paradoxe: celui qui vient se faire baptiser dans les eaux de la mort, c’est lui qui vient apporter le baptême dans l’Esprit Saint. Le feu va descendre dans l’eau. Le feu de l’Esprit Sait nous est donné à travers l’eau de la repentance, non pas après mais dans le baptême.

«Et moi, je ne le connaissais pas». Jésus se manifeste d’abord à Jean Baptiste, comme ce Messie serviteur souffrant qui prend les péchés, les souffrances des hommes. Il le manifeste en descendant dans l’eau de nos péchés. Jean Baptiste le désigne comme l’Agneau de Dieu qui porte les péchés du monde. Il ne le connaissait pas comme cela. Là il le découvre comme serviteur souffrant. C’est la nouveauté de la nouvelle Alliance, mais pourtant annoncée par les prophètes. Quel chemin a dû faire Jean Baptiste! Ce n’est pas fini pour lui, car quand il sera ne prison, il attendra encore la manifestation glorieuse du Messie. Mais apprenant les signes que Jésus opérait, ce qui ne correspondait par à ce qu’on attendait du Messie, il dit: «Es-tu celui qui doit venir ou bien devons-nous en attendre un autre?». Ce chemin que Jean Baptiste a vécu, tout croyant doit le vivre dans son cœur, l’accueillir dans sa vie. Jésus nous déroute mais il est bon qu’il en soit ainsi. C’est cette image de Jésus qu’il faut faire nôtre, qu’il faut nous approprier. Comme pour ces gens qui lisent toujours le même journal, parce qu’il dit ce que l’on veut entendre, Jésus nous invite à sortir de nos habitudes. Jésus nous déroute parce qu’il ne va pas toujours dans le sens de nos opinions. L’Église de Jésus Christ d’Orient et d’Occident, qui rassemble tous les hommes, n’est ni de droite, ni de gauche; elle n’est ni d’un côté ni de l’autre, ni traditionnelle, ni progressiste; mais elle nous donne ce qu’il y a de meilleur dans chacun de ces courants, tout en les purifiant de ce qui n’est pas bon. Avons-nous peur de ce que Jésus nous dit et qui nous déroute? Sommes-nous capables d’accueillir en nous cette parole? Je me souviens de la visite de Jean Paul II à Ars en 1986. Il s’adressait aux prêtres. Chacun applaudissait ce qui lui convenait et s’abstenait d’applaudir quand cela ne lui convenait pas. Sommes-nous prêts à ce chemin de désinstallation de nos idées sur le Christ, l’Église, la Parole de Dieu? Voilà la question que nous pose Jean Baptiste. Un chemin qui n’est pas sans douleur. Aujourd’hui où nous accueillons des frères d’Orient, témoins d’autres traditions, engagés sur le même chemin du Christ, notre assemblée doit s’ouvrir à la plénitude du Christ qui nous dépasse, nous dérange, nous appelle. Sachons accueillir les aspects du visage du Christ, dans les différents visages du monde. Tout cela est la Parole de Dieu. Accueillons-la dans notre cœur.