Homélie du Fête de la Présentation - 2 février 2014
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Il y a dix-huit ans le bienheureux Jean-Paul II instituait une journée mondiale de la vie consacrée afin de rendre grâce au Seigneur «pour le grand don de la vie consacrée». Choisir la fête de la Présentation pour mettre en lumière le mystère de la vie consacrée n’est pas fortuit, car ce que nous célébrons aujourd’hui manifeste la mission ecclésiale de la vie religieuse.

Notre célébration s’est ouverte par le signe de la lumière portée en procession jusqu’à l’autel. Par ce rite, nous signifions que l’enfant de Bethléem, cet enfant que Marie porte dans ses bras, n’est pas seulement un «petit d’homme», mais bien la lumière des nations. Oui, ce «petit bout de choux» qui n’a que quarante jours est la consolation et l’espérance d’une humanité qui n’en plus d’attendre son relèvement. Aujourd’hui, nous touchons du doigt une vérité brûlante prête à enflammer le monde. Cet homme, celui qu’on appelle le Christ, qui a grandi à Nazareth, humainement, en tout semblable à nous, est la lumière du monde. Il est le trait d’union entre la terre et le ciel. Il est celui qui nous révèle le mystère de Dieu que nos yeux ne peuvent voir, mais dont nos cœurs ont tellement soif. Cette lumière est pour tous, et tout spécialement pour ceux qui vivent dans les ténèbres du péché.

«Personne n’allume une lampe pour la recouvrir d’un pot ou pour la mettre sous un lit; mais on la met sur un support pour que ceux qui entrent voient la lumière» (Luc 8, 16). Cette lumière qui s’est allumée le jour de Noël pour ne plus s’éteindre peut nous apparaître bien faible et vacillante comme celle de nos modestes cierges. Comme en ce jour de la présentation, il en faut peu pour que la lumière des hommes reste sous le berceau. Et pourtant, pour celui qui veut bien ouvrir les yeux, cette lumière resplendit comme un phare dans la nuit. Elle brille aux quatre coins du monde. Depuis qu’elle s’est allumée, des hommes et des femmes ont été appelés et consacrés par Dieu pour en être les candélabres vivants.

La première à porter la lumière est la Vierge-Marie qui présente à bout de bras son enfant, à la crèche, au temple et au monde. Mais elle n’est pas la seule. Il y a Syméon et Anne que Dieu a postés comme des veilleurs sur les murs de Jérusalem. Ils guettent les premières lueurs du jour nouveau où «la justice jaillira comme une clarté» et «le salut comme une torche allumée» (Is, 62, 1). Syméon et Anne ont reconnu dans l’enfant, dans une vie balbutiante, la puissance de Dieu. Et Syméon a pris l’enfant des bras de Marie, comme un relayeur se saisit de la flamme olympique pour la transmettre à d’autres. Depuis Marie, Syméon et Anne, la lumière du salut continue sa course et se suscite des relayeurs, des porte-flambeaux.

Les porte-flambeaux sont ces hommes et ces femmes qui par leur baptême sont devenus lumière dans le Christ et qui ont choisi, par amour, de consacrer toute leur vie pour être les reflets vivants de la lumière du Sauveur. Telle est la mission au cœur de l’Église de la vie religieuse: être aux quatre coins du monde et pour les hommes de tous les temps les relais de cette lumière vivifiante qui est née de Marie. Les religieux, qu’ils œuvrent au cœur du monde ou qu’ils vivent l’Évangile dans la solitude d’un monastère, sont des veilleurs. Par le caractère radical de leur choix de vie, ces veilleurs rappellent comme des prophètes que la lumière s’est levée. Comme la Croix est paradoxalement devenue le support le plus efficace pour faire resplendir l’amour de Dieu, la vie religieuse, par ce qu’elle a de si peu naturel – comme le célibat consacré, le renoncement à fonder une famille ou bien encore une vie commune avec des personnes avec lesquelles nous n’avons pas choisi de vivre – manifeste la puissance de vie de l’Évangile Oui, Dieu peut combler un cœur d’homme.

Enfin, la vie religieuse rappelle à tous les baptisés qu’ils ont aussi reçu un habit de lumière au jour de leur baptême et qu’ils ne doivent pas le remiser dans le placard de leur vie privée. Le Christ compte sur chacun de vous, frères et sœurs, pour être des relais de sa lumière auprès de ceux qui sont encore dans les ravins du péché et de la mort. «Que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux».

Vous le savez, vous pouvez compter sur vos frères dominicains, les fils de saint Dominique, drapés dans leur habit de lumière, pour vous rappeler sans cesse à votre vocation baptismale. Cela fait huit siècles que nous aboyons et ce n’est pas fini.