Homélie du (15 février 2015)
fr. Loïc-Marie Le Bot

De partout, on venait à lui ! Tous ceux qui entendaient parler de Jésus et de ce qu’il faisait, se déplaçaient pour le rencontrer. Ce n’était pas encore le temps de l’appel. C’était le temps où les foules, les malades, les pécheurs se précipitaient vers Jésus. Il y a là un fait historique rapporté par l’Évangile et une révélation de la quête profonde de chaque homme qui le pousse à rencontrer son Seigneur. Cette volonté de le rencontrer aussi une valeur prophétique, tous clairement ou obscurément nous cherchons à rencontrer Jésus.

En scrutant l’Évangile, on se rend compte qu’il y a bien des manières de rencontrer Jésus et de l’aborder. L’Évangile d’aujourd’hui nous en fournit un bon exemple mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Il y a, en fait, trois types de rencontres que les hommes et les femmes du temps de Jésus font avec lui. Il y a d’abord les curieux, ceux qui sont attirés par l’étrangeté de Jésus, son aspect hors norme, extraordinaire et qui veulent ressentir quelques sensations. On veut le voir chez Hérode ou Pilate qui veulent savoir qui il est ou encore chez pharisiens et sadducéens qui l’assaillent de questions difficiles pour le mettre dans l’embarras ou pour le ridiculiser. Mais cette quête se limite à un questionnement rapide et superficiel qui n’engage pas la personne toute entière. Il y a une énigme Jésus, tâchons de la résoudre le plus logiquement possible. D’habitude, ces gens n’ayant pas de quête profonde, repartent déçus de leur rencontre avec Jésus.

Il y a ceux que je pourrais qualifier de prétentieux, ceux qui vont vers Jésus pour lui dire qu’ils savent mieux que lui et surtout qu’ils savent qui il est. Ce sont parfois les démons dont souvent qui s’écrient à la vue de Jésus est « je sais qui tu es » ! Mais ce sont aussi des proches de Jésus comme ses compatriotes à commencer par ceux de Nazareth qui se demandent tout haut et avec quelque ironie « N’est-ce pas là le fils du charpentier ? » Les uns comme les autres ne viennent pas faire une rencontre avec Jésus mais viennent le rabaisser. Nous te connaissons bien, et nous savons quelle est ta place dans la société, ton éducation, ta famille, ton métier. « De Galilée que peut-il venir de bon ? ». Ou encore chez pharisiens et sadducéens qui l’assaillent de questions difficiles pour le mettre dans l’embarras ou pour le ridiculiser. Mais cette quête se limite à un questionnement rapide et superficiel qui n’engage pas la personne toute entière. Pour ceux-là aussi, la rencontre avec Jésus ne change rien en eux, ils sont repliés dans leur certitude, partielle et fausse, sur Jésus. Ceux-là aussi repartiront comme ils sont venus et n’accueilleront ni Jésus ni sa Parole.

Il y a enfin ceux qui approchent de Jésus pour lui demander quelque chose. Il y a ceux qui appellent sur eux le regard de Jésus, ceux qui le supplient de venir changer leur vie et soulager leur misère. Ils n’approchent pas en curieux, ils n’approchent pas en prétentieux, ils approchent en suppliant. A eux, et eux seulement, Jésus fait bon accueil, à eux Jésus accordent ce qu’ils demandent, à eux il apporte le salut. C’est en effet à ceux qui demandent le pardon, la guérison, le salut, que Jésus répond efficacement. Le lépreux qui, aujourd’hui, s’approche de Jésus ne lui fait ni la leçon ni des reproches, il cherche la guérison. Mais au-delà de cette guérison demandée, c’est le salut qu’il cherche et qu’il va trouver en Jésus. Il est aussi animé par le commencement de ce que nous appelons la foi : foi en Jésus qui peut le guérir, foi en Jésus envoyé de Dieu. C’est dire aussi que l’attitude du lépreux est déjà le fruit d’une action de la grâce, de la force de Jésus et de son Esprit. Il y a déjà une adéquation ente sa démarche et ce qu’attend Jésus. Se mettre en quête du salut en s’approchant de Jésus c’est déjà manifester l’œuvre de Dieu. Le lépreux quoiqu’impur est déjà entré dans les voies du Royaume. La rencontre avec Jésus change sa vie. Il est guéri, il va réintégrer la société de hommes, il va proclamer les merveilles que Jésus a fait pour lui.

Ces trois manières d’aborder Jésus que l’Évangile nous présente, sont aussi celles que nous pouvons constater encore aujourd’hui autour de nous et même pour nous. Il y a encore trois manières d’aborder Jésus : comme un curieux, comme un prétentieux ou comme un suppliant. Espérons qu’ici ce matin nous sommes venu vers Jésus comme le lépreux, comme quelqu’un qui a besoin de Jésus. Nous sommes venus lui demander la guérison, le pardon, et finalement le salut. Nous venons le supplier à genou car il est notre Dieu. Il nous remet debout pour continuer notre route et proclamer les merveilles qu’il a faites pour nous.

Nous avons pourtant encore à nous interroger sur comment rencontrer Jésus aujourd’hui. Il nous a laissé trois réalités, dans lesquelles il est présent et agissant, et, qui nous permettent de le rencontrer, d’être transformé par lui et d’entrer dans la vie de Dieu. Il se donne à rencontrer dans l’Évangile et plus généralement dans la Parole de Dieu. Il est présent dans les sacrements. Il demeure dans son Église qui est son corps. Pour nous aussi, ce dimanche nous pouvons nous demander comment nous abordons ces trois « réalités » qui nous permettent de rencontrer Jésus. Devant l’Évangile, les sacrements, et l’Église, suis-je un curieux, suis-je en surplomb ou suis-je un suppliant ? Vouloir s’approcher de Jésus passe nécessairement aujourd’hui par ces canaux, les méconnaîre ou les aborder de manière inadéquate est le gage de manquer sa rencontre avec lui.

Reconnaissons que peut-être nous sommes un peu les trois. Un peu curieux, c’est-à-dire à la recherche de la solution à une énigme, à la recherche de la nouveauté, mais pas à la recherche d’un Mystère. Nous sommes un peu prétentieux quand par exemple on se permet de dire que l’Église se trompe sur tel ou tel point de foi ou de mœurs, on ne reçoit pas son message comme venant de Jésus mais des hommes. Mais nous pouvons aussi entrer dans la lecture de l’Écriture sainte pour mieux connaître Dieu et mieux l’aimer. Nous pouvons nous approcher des sacrements en voulant recevoir un surcroît de charité envers Dieu et le prochain.

Cette attitude juste devant Jésus nous est montrée aujourd’hui par le lépreux, elle est pour nous comme lui, en fait une réponse à l’attraction que Jésus produit en nous. A tout désir de mieux connaitre et de mieux aimer Jésus, il y a la force qu’il nous donne : la grâce du Saint-Esprit. Cette grâce nous donne aussi le rencontrer dans la lecture de l’Évangile, dans les sacrements et dans le service de l’Église.

«De partout on venait à lui», car il a dit : «et moi élevé de terre j’attirerai tout à moi».

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