Homélie du 1e DC - 22 février 2015
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Le coup d’envoi du carême a été donné mercredi dernier. Il faut maintenant partir, à la suite du Christ. Premier dimanche de carême, première étape de cette marche : la tentation au désert. L’épisode est bien connu. Jésus a dû le raconter maintes et maintes fois à ses apôtres, le soir au bivouac ou dans les marches de la journée. Sinon comment l’auraient-ils connu ?

Le Christ va au désert « poussé » par l’Esprit. « Poussé » par l’Esprit, c’est donc que Dieu veut positivement cette épreuve. Jésus vient d’être baptisé par Jean. Offrir un séjour au désert à un nouveau baptisé, c’est un drôle de cadeau. Et pourtant Jésus se livre à l’Esprit. Il veut ce que veut le Père et va donc affronter les épreuves qu’affrontent les hommes. Nous le savons bien, on n’obtient pas la victoire sans combattre. Jésus ne revendique pas de privilège ; il sait que la vie humaine n’est pas un long fleuve tranquille mais un temps d’épreuve.

L’épreuve devant laquelle le Père nous place, c’est de croire que Dieu est vivant, présent, agissant alors que nous ne le voyons pas, que nous ne le goûtons pas et que nous nous sentons bien seuls. L’épreuve c’est de durer dans nos « oui » ; ce sont ces enfants qui ne tournent pas comme je l’aurais voulu ; c’est mon frère plongé qui est malade. Et bien ces épreuves de l’homme, notre Père, les veut ou les permet pour notre bien, pour qu’un bien en sorte « car la vertu éprouvée produit l’espérance », dit saint Paul (Ro 5, 3-4).

L’épreuve à laquelle Dieu nous soumet, nous place face à nos limites, à la solidité de notre parole, à la réalité de notre condition. Elle nous permet de donner notre mesure et de nous tenir en vérité devant Dieu. Une épreuve n’est pas un piège destiné à faire tomber, à briser un élan ; elle révèle au contraire le meilleur d’un athlète, elle le pousse au dépassement. Il en va de même pour les chrétiens. Les épreuves leur sont autant d’occasions de grandir.

Ce qui est extraordinaire, c’est que le Fils de Dieu, le Verbe fait chair se soumet à cette loi humaine. Il va apprendre dans sa chair que 40 jours dans un désert c’est très long. Il va éprouver toutes les souffrances d’Israël durant l’Exode. Il va connaître la brûlure du soleil, la soif et la faim, la solitude. Mais en acceptant d’aller jusque-là, il va aussi éprouver la présence aimante et providentielle de son Père qui est là, et le voit, dans le secret. Non, il n’a pas été berné. Quarante jours durant, il vit « avec les bêtes sauvages », comme l’avait fait Adam, mais il expérimente aussi l’amour prévenant du Père : « et les anges le servaient ».

« Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu, disait Charles de Foucauld. C’est là qu’on se vide, qu’on chasse devant soi tout ce qui n’est pas Dieu, qu’on vide cette petite maison de notre âme pour laisser la place à Dieu seul. C’est un temps de grâce, une période par laquelle toute âme qui veut porter du fruit doit passer… »

Mais au désert, il n’y a pas que l’épreuve. Jésus entre dans l’épreuve mais il est aussi confronté à la tentation. Ce n’est pas la même chose : le Seigneur éprouve ses amis, seul Satan les tente. L’épreuve, c’est la confrontation au réel, la tentation c’est le domaine du fantasme, de l’illusion, du mensonge.

Nous le savons bien, nous sommes fragiles très fragiles devant la tentation. Nous vivons avec l’oreille qui traîne, prête à écouter une langue de vipère nous susurrant une méchanceté sur notre voisin ; nous vivons avec l’envie irrépressible de rendre coup pour coup ; nous vivons avec l’œil attiré par ce que possèdent les autres. C’est bien connu, « l’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin ». Et je passe sur les tentations auxquelles nous nous soumettons servilement en raison de notre désir sexuel, pour avoir de l’argent ou pour dominer les autres ! A ce jeu de la tentation, il n’y a pas de gagnants, sauf Satan. De ce jeu, les Pères de l’Église ont décrit soigneusement les étapes. La tentation commence par une simple suggestion, une image, une idée… Une fois que la suggestion est en place, l’âme « dialogue » avec elle : elle lui oppose de bons arguments ou bien commence à se laisser séduire. Puis vient le consentement, qui, s’il se répète, engendre la passion, puis la captivité et l’obsession contre laquelle la volonté est impuissante. Satan, le tentateur est un marchand d’illusions. Sa force, c’est de nous faire prendre des fantasmes pour la réalité et de nous y tenir prisonniers.

Mais Jésus, confronté à la tentation, reste uni à son Père, dans un même Esprit. Il nous montre par là qu’il n’y a pas de fatalité.

Vous l’avez compris, frères et sœurs, la bonne nouvelle de ce dimanche, c’est qu’avec Jésus notre Seigneur, les manigances diaboliques ne prennent pas. Depuis Adam le mécanisme était au point. Aujourd’hui, il s’enraye. Restent l’épreuve du désert, le combat pour grandir dans la foi, l’espérance et la charité. C’est à la suite du Christ, à sa manière et en recevant nos forces de Lui que nous franchirons les épreuves qui nous séparent de la Résurrection.