Homélie du Vendredi Saint - 3 avril 2015
fr. François Le Hégaret

Voici l'heure des ténèbres. Voici le temps du grand combat entre Dieu et le mal. Voici le jugement du péché de l'homme. Dans le récit de la Passion que nous allons entendre, ce péché va être résumé dans les différents groupes de personnes que nous rencontrerons. Tous vont être entraînés par leur choix ou leur manque de choix, et vont réaliser ce qu'ils ne voulaient pas forcément au point de départ. Pierre voulait défendre Jésus, et en fin de compte il va le renier. Les grands prêtres voulaient sauvegarder l'unique royauté de Dieu et faire condamner Jésus pour blasphème, et en définitive ils vont se soumettre à César. Pilate voulait manifester la puissance et la justice de Rome, et il va laisser Jésus se faire tuer pour sauvegarder sa carrière. La foule voyait en Jésus le nouveau David, et elle va demander sa crucifixion. Le mal va donc se manifester chez l'ensemble des acteurs de la Passion.

Le Christ est le seul à se montrer vraiment libre. L'évangile selon saint Jean montre bien qu'il se laisse arrêter par les gardes ; bien plus, il va au-devant d'eux, et sans son intervention, jamais ils n'auraient pu porter la main sur lui. De même, face à Pilate, Jésus apparaît comme celui qui conduit le procès ; par sa parole, les véritables intentions des protagonistes sont mises en lumière : l'hypocrisie se révèle hypocrisie ; le meurtre, meurtre ; et la peur, peur. Plus tard, sur le chemin du calvaire, alors que la haine du péché a l'air de l'écraser, il apparaît comme portant sur ses épaules le péché du monde pour en délivrer ceux qui le mettent à mort. Et au dernier moment sur la Croix, il choisit librement de rendre l'esprit quand tout fut achevé. La Passion n'a donc jamais refroidi l'amour du Christ pour nous, elle n'a jamais entravé son action ; bien plus, c'est par elle qu'il nous donne le salut. Alors que la tragédie humaine est à son apogée, son triomphe, sa victoire sur le mal et sa glorification apparaissent déjà en pleine lumière.

Tout cela s'est déroulé il y a 2000 ans. Pourtant, le Vendredi Saint ne concerne pas seulement le passé. Le péché et le mal n'ont pas disparu, au contraire : ils demeurent la loi fondamentale du monde et de notre vie. Le péché est encore là, et il ne faut pas aller bien loin pour le trouver. Il n'est pas seulement en ces hommes qui tuent leurs frères, qui massacrent des chrétiens au Moyen-Orient ou en Afrique, il est beaucoup plus proche de moi. Il est en mon cœur. Le temps du Carême nous a été donné pour pouvoir nous convertir et, quarante jours plus tard, nous pouvons nous apercevoir que le péché est toujours là. Bien au contraire, ce Carême a manifesté la force du péché en moi. Les jours où je voulais jeûner ont été pratiquement les jours où j'ai désiré manger le plus. Si j'ai réussi un temps à prier davantage, cette résolution n'a pas duré. J'ai essayé de ne pas dire du mal de mon prochain, mais je n'ai pu réfréner ma colère qui a conduit à insulter mon frère dans mon cœur. Loin de m'être libéré du péché, j'en ressens sa présence dans ma vie d'une manière plus forte encore.

Alors, Seigneur, prends avec toi mon péché, porte sur toi ce péché qui ne veut pas partir, celui qui colle à mon être, qui m'empêche de vivre librement pour le bien. Comme tu l'as réalisé lors de ta Passion, donne-moi en échange ta vie pour qu'elle resplendisse en moi. Que se produise de nouveau aujourd'hui ce que tu as réalisé sur la croix, pour moi, pour nous, pour notre monde. Que le péché n'est plus de prise en moi, mais que je sache aimer comme tu nous as aimés.

En vénérant ta croix, nous déposerons à tes pieds toutes nos intentions, particulièrement celle des auditeurs des radios chrétiennes francophones qui sont avec nous durant cette célébration. En ta miséricorde, accueille-les.