Homélie du 3e DP - 19 avril 2015
fr. François Le Hégaret

Au cours de sa vie publique, avant sa mort et sa résurrection, le Christ a manifesté qui il était par de nombreux signes, prodiges ou miracles. Là, il guérit un lépreux ; ici, il ressuscite un mort ; là-bas, il multiplie les pains pour la foule, puis il marche sur les eaux. Bref, « les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent… » (Mt 11, 5), comme Jésus l’a dit aux envoyés de Jean Baptiste. Ces signes ont profondément marqué les disciples et la foule qui suivait Jésus. Puis est venu l’événement central de notre salut, l’heure pour laquelle Jésus était venue : sa passion et sa résurrection. On aurait pu s’attendre à ce que, après cela, l’action du Christ soit encore plus éclatante. Certes, les femmes ont été témoins de cette pierre roulée du tombeau, ont vu des anges (ou des hommes vêtus de blancs) témoigner, les apôtres ont été témoins du Christ ressuscité au milieu d’eux. Mais dans toutes les apparitions, on ne nous parle pas de miracles accomplis par le Christ. Contrairement à ce qui s’est passé avant sa passion, le Christ n’opère pas de guérison, il n’expulse pas de manière éclatante le démon, il ne se manifeste pas à la foule en multipliant le pain, il ne ressuscite pas telle ou telle personne. Non, les seuls signes que nous avons là sont très simples. Il n’y a rien de merveilleux, rien d’extraordinaire. Le Christ montre les marques sur son corps, il mange un poisson, il leur commente l’Écriture. Le seul signe est la présence de Jésus lui-même, rien d’autre. Les disciples devaient sûrement s’attendre à autre chose : d’ailleurs, à chaque fois est mentionné leurs difficultés à croire.

Penchons-nous pourtant sur ces trois signes que Jésus laisse à ses disciples le soir de Pâques. Permettez-moi simplement de les prendre dans le sens inverse qu’ils apparaissent dans notre évangile aujourd’hui. Donc le premier les signes est l’Écriture, ou plutôt l’intelligence que Jésus donne de l’Écriture. Les disciples connaissaient bien l’Écriture, c’est-à-dire l’Ancien Testament. Mais que cela soit avant pour les deux disciples d’Emmaüs ou maintenant pour les apôtres et les autres disciples réunis au Cénacle, cette connaissance ne les a pas conduit à reconnaître le Christ ressuscité. Alors Jésus leur donne une nouvelle compréhension de cet Ancien Testament. Il leur montre que l’ensemble de l’Écriture parle du Christ. Ils connaissent l’histoire d’Abraham, de Moïse, de David… Chacune d’entre elles parle en réalité du Christ. Ils lisent le passage de la mer Rouge par les hébreux : en réalité cela parle du Christ. Ils lisent une histoire de guerre entre les israélites et les philistins : en réalité cela parle du Christ. Jésus leur a donc donné la clé de lecture de l’Écriture, clé sans laquelle on ne comprend rien ; non ce n’est pas la numérologie obscure de la Kabbale, ou quelques autres pseudo-méthodes : cette clé est le Christ. C’est la même Écriture que nous lisons aujourd’hui, et pour celui qui la lit, non pas rapidement, mais avec le regard de la foi, elle est pour lui ce signe de la présence du Christ dans sa vie et dans l’Église.

Passons au deuxième signe. Qu’est-ce qu’on mange à Pâques ? On va me dire de l’agneau ou des œufs en chocolat. Quand on lit l’Évangile, on s’aperçoit que ce n’est pas cela le repas pascal. Luc comme Jean mentionnent que Jésus ressuscité mange du poisson. Saint Luc mentionne également que Jésus prend du pain. Que Jésus mange a été important pour les apôtres. Ainsi, dans les Actes des Apôtres, Pierre témoigne de la résurrection en déclarant : « Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 41). Un autre aliment que Jésus aurait mangé ? Dans le passage l’Évangile que nous venons d’entendre, quelques manuscrits notent une différence, en disant que Jésus prend du poisson et du miel. Tous ces aliments remontent à une seule chose : le Christ. Le poisson signifie Jésus Sauveur de l’homme. Le pain renvoie à l’Eucharistie. Le miel renvoie à la sagesse qu’est le Christ. Le repas pascal est donc de se nourrir du Christ lui-même. C’est ce que nous faisons au cours de chaque Eucharistie. Le signe donné aux chrétiens de la présence du Christ ressuscité est donc l’Eucharistie elle-même.

Passons au troisième signe. « Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds » (Lc 24, 40). Jésus montre sur son corps la marque des clous, la marque de la lance sur son côté. Il montre que la passion l’a marqué durablement. Le troisième signe renvoie à ce témoignage qui marque durablement le Corps du Christ, non seulement son corps charnel, mais aussi son Église, son Corps mystique, par le sang répandu des martyrs. Ce signe renvoie aux persécutions qui continuent et qui continueront toujours de frapper le Corps du Christ. Nous avons un exemple éclatant de ce troisième signe actuellement, au Moyen-Orient ou en Afrique. La presse rappelait cette semaine qu’en Afrique, plus de deux mille personnes, essentiellement chrétiennes, ont été assassinées ou ont disparues depuis un an en Afrique. Mais depuis la résurrection, des hommes et des femmes ont donné leur vie pour le Christ, non en s’appuyant sur leur propre force, mais fortifiés par la grâce du Christ ressuscité qui agit toujours dans son Église.

Voilà donc les trois signes de la présence du Christ ressuscité au milieu des disciples. Voilà les trois signes du Christ ressuscité au milieu de nous aujourd’hui. Si le Christ n’a pas réalisé de grands miracles en ces jours entre sa Résurrection et son départ dans les Cieux à l’Ascension, c’est pour instaurer ce nouveau temps de la grâce, où le Christ habiterait au milieu de son peuple ; ce que les apôtres ont vécu durant ces quarante jours-là, nous continuons à le vivre aujourd’hui. Le Christ nous l’a promis : « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).