Homélie du (30 août 2015)
fr. Gilles-Marie Marty

De quoi est-il question dans cet évangile ? De pureté.

Qu’est-ce que la pureté, en une phrase ? La pureté est un état indispensable pour approcher la divinité.

La pureté est la condition pour entrer en relation avec Dieu. Toutes les religions y voient une question capitale… en effet :
[|pas de pureté = pas de relation = pas de religion.|]

C’est pourquoi l’Ancien Testament consacre à la pureté (et à l’impureté) tant de pages.

De nombreux juifs prenaient très au sérieux cette exigence à juste titre puisqu’il en allait de leur vocation même. Il était donc normal que les pharisiens s’intéressent aux questions de pureté, et Jésus ne songeait pas à le leur reprocher, d’autant que lui-même s’y intéressait tout autant.

Examinez notre messe… Elle débute par un rite pénitentiel où on demande à Dieu de nous purifier afin d’être dignes de Le célébrer. Puis l’offertoire avec le rite du lavement des mains : le prêtre supplie Dieu de pardonner ses péchés et de le purifier encore. Puis la prière eucharistique rappelle à Dieu : « Tu rassembles ton peuple afin qu’il te présente une offrande pure. » Avant de communier, nous disons tous : « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir », et le prêtre ajoute à voix basse : « Accueillons d’un cœur pur, ce que notre bouche a reçu ». Bref, la pureté est la toile de fond de la religion chrétienne.

Mais de quelle pureté s’agit-il ? Il y a en effet deux types de pureté :

-# La pureté rituelle, qui concerne diverses choses, en particulier le corps, l’alimentation, le vêtement, l’hygiène, etc.
-# Et la pureté morale, qui garde (la conscience) sans tâche au milieu (des tentations) du monde (Jc 1, 27).

L’Ancien Testament parle abondamment des 2 types de pureté, la rituelle et la morale.

Le judaïsme accordait une grande importance à la pureté rituelle, codifiée dans la Bible et développée longuement par des traditions « humaines », c’est-à-dire non inspirées par Dieu.

Quant à Jésus, il réduit la pureté rituelle au minimum, et accorde à la pureté morale une importance suprême. Mais on se tromperait en voyant là une attitude révolutionnaire.

Au contraire Jésus revient à la source, il rappelle pourquoi Moïse a reçu la Loi, surtout le Décalogue : pour purifier le cœur de l’homme, et lui permettre ainsi de se rapprocher de Dieu, de lui rendre un culte, avant d’entrer un jour dans son Royaume.

Ce jour étant le dernier jour des vacances, cette homélie se bornera à quelques notes, en passant…

Écoutons encore Jésus : Ce qui, du dehors, entre dans l’homme, ne peut pas le rendre impur, car cela ne pénètre pas dans son cœur mais dans son ventre, et finit aux lieux d’aisance. Mais ce qui sort (du cœur) de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur.

Première remarque : parler ainsi, c’était déclarer purs tous les aliments. Pour les pharisiens, et tous les juifs, ce fut une énorme surprise, et Pierre lui-même mit du temps à l’avaler. Mais il le fallait pour passer de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance.

Autre remarque : ce qui sort du ventre de l’homme et va aux toilettes, qu’est-ce sinon un engrais naturel ? Une sorte de fumier bio, assez utile pour les cultures. En revanche ce qui sort du cœur malade de l’homme non seulement ne fait rien pousser mais détruit tout sur son passage.

À propos, comment un cœur humain devient-il malade ? Réponse : en laissant entrer en lui de mauvaises choses, ou pire en les ramassant.

En effet, lorsque notre bouche avale un aliment mauvais, on le recrache ou on finit par le vomir. Pas de quoi en faire un plat… Mais lorsque notre cœur avale une pensée mauvaise, c’est plus grave car, aussitôt entrée, cette pensée se change en poison et commence ses ravages. D’autant que le cœur humain s’intéresse plus à ce qui détruit qu’à ce qui édifie. Pensons par exemple à la médisance, qui permet de tuer avec des mots : comme il est facile de détruire des réputations, de mutiler des amitiés ou d’écraser des confiances ! Bref, pour le ventre et son contenu, il y a les toilettes, 5 minutes par jour. Mais pour le cœur et son poison, il y a abondance de paroles et d’actions, et cela 24 heures par jour !

Autre question : le cœur humain ne peut-il pas se défendre, est-il pas donc incapable de rejeter tout seul ce qui est mauvais ? Réponse : notre cœur peut se défendre mais couci-couça. Il est en effet affecté d’une très profonde blessure, qu’on appelle le péché originel. Son système immunitaire étant détraqué, le cœur est devenu expert pour distiller divers poisons puis les diffuser.

Autre question : ce tableau n’est-il pas très sombre, un peu désespérant ? Réponse : Jésus s’émerveille spontanément de l’attitude de gens rencontrés sur la route. Le centurion romain ; Jaïre bon père de famille ; cette mère de famille syrophénicienne, soucieuse elle aussi pour sa fille… tous plongés dans de graves épreuves sont pourtant capables de grands actes de foi, qui arrachent un cri d’admiration au Christ. Il voit donc parfaitement tout ce qui va bien ; mais il voit aussi ce qui va mal.

Si aujourd’hui, il parle ainsi, n’hésitant pas à citer divers poisons, c’est pour notre bien. Il veut que nous partagions sa vie, maintenant et dans l’éternité ! Oui, c’est parce qu’il a une telle ambition pour notre futur, qu’il a une telle exigence pour notre pureté.

Dernière remarque : que devons-nous faire ? Réponse : deux choses.

-# sur ce qui vient de l’extérieur pour entrer en nous : être très attentif ! Ne pas tolérer que le mauvais pénètre notre âme, la souille, nous laisse avec un cœur impur et débile.
-# sur ce qui existe déjà à l’intérieur : être bien avisé ! Demander à Jésus de nous purifier et de guérir régulièrement. Rien ne saurait lui donner davantage de joie.

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