Homélie du 17e Dimanche du T.O. - 24 juillet 2016
fr. Damien Duprat

Quelle joie a dû éprouver Jésus en entendant la demande formulée par ce disciple! «Apprends-nous à prier»: en vérité, c’est déjà une prière, qui exprime la soif, dans le cœur de cet homme, de goûter quelque chose de la prière de son Maître. Or, ce désir d’apprendre répond à une aspiration profonde dans le cœur de Jésus: celle de nous faire entrer dans sa relation d’amour avec son Père. C’est pourquoi il a immédiatement exaucé cette demande, nous offrant ainsi le modèle de toute prière.
Mais Jésus ne s’est pas arrêté là; il ne s’est pas contenté de nous apprendre la prière que le Père aime entendre. Il nous offre encore une petite parabole pour nous convaincre de l’efficacité de la prière. S’il nous encourage ainsi à prier, c’est qu’il a des raisons de le faire. Quelles sont donc ces raisons?

Derrière la petite histoire que raconte Jésus se cache une réalité dramatique: l’homme se défie de Dieu. Si Jésus prend le temps de nous expliquer que son Père est bon à notre égard, c’est bien parce que cela n’est pas évident pour nous. C’était peut-être même encore moins évident pour les premiers auditeurs de Jésus, car celui-ci n’était pas encore allé jusqu’au bout de sa mission terrestre. Seules sa Passion et sa mort montreraient jusqu’à quel extrême va son amour pour nous; seule sa résurrection témoignerait de la force de sa bonté, capable de donner la vie au-delà de la mort. Oui, heureux sommes-nous d’être venus au monde en ces temps qui sont les derniers. Ainsi nous est-il donné de contempler la preuve que Dieu nous aime: cette preuve, c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs, comme le dit saint Paul (Rm 5, 8). Dieu nous a aimés le premier. Par sa Providence, il prend soin de nous comme un père attentionné; il est même le seul vrai Père.
Pourtant, il faut bien le reconnaître, parfois nos prières ne sont pas exaucées. Pourquoi?

À cette question, Dieu seul peut donner une réponse appropriée. En effet, qui mieux que lui nous aidera à comprendre pourquoi il agit comme il le fait, lui dont les pensées ne sont pas nos pensées, et dont les chemins ne sont pas les nôtres, comme l’a vu le prophète Isaïe (Is 55, 8-9)? Saint Paul en a fait l’expérience, lui qui par trois fois a demandé à Dieu d’être délivré de l’écharde qui meurtrissait sa chair (2 Co 12, 7s.); sa demande a été refusée, mais il s’est entendu dire de la part du Seigneur: «Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.» Béni soit Dieu de ne pas avoir exaucé à la lettre cette requête de son apôtre, mais d’avoir saisi cette occasion pour lui faire connaître la puissance de sa grâce. Plus encore, c’est maintenant l’Église tout entière qui bénéficie de cette révélation; n’est-ce pas beaucoup plus admirable?

Une prière non exaucée doit être l’occasion de nous interroger sur son bien-fondé. Saint Jacques, dans son épître, présente l’analyse suivante: «Vous demandez, mais vous ne recevez rien; en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs» (Jc 4, 3). Dieu ne saurait se rendre complice de notre égoïsme. Notre prière doit plutôt ressembler à celle d’Abraham: comme nous l’avons entendu dans la première lecture (Gn 18, 20-32), il a fait appel à Dieu en faveur de ses frères en humanité. Pensons aussi aux supplications mêlées de larmes que saint Dominique faisait monter pendant des nuits entières vers Dieu pour les pécheurs. Le pain qu’il nous faut demander quotidiennement à Dieu, ce sont les moyens spirituels et matériels dont nous avons besoin pour contribuer, selon nos capacités, à ce que son nom soit sanctifié, que son règne vienne, que sa volonté soit faite.

Il arrive encore que notre Père céleste exauce nos demandes, mais avec un délai qui peut nous sembler long. C’est que Dieu veut fortifier notre désir; comme dit le père Lagrange, «il ne paraît sourd à nos instances que pour nous obliger à persévérer dans la prière qui nous est si bonne» (L’Évangile de Jésus-Christ, Paris, 1936, p. 324). Dieu n’exauce pas une prière faite à la légère. Il tient compte aussi de la cohérence de nos demandes avec notre conduite, car la prière n’est pas seulement une affaire de paroles. Par exemple, demandons-nous sérieusement le pardon de nos fautes si nous délaissons le sacrement que Dieu nous offre spécialement pour cela?

N’allons pas non plus nous imaginer que notre prière sert à donner à Dieu l’idée de nous donner un bien auquel il n’aurait pas pensé. Probablement même, beaucoup d’entre nous se souviennent d’avoir reçu de lui au moins un cadeau inattendu, et peut-être beaucoup plus. Comme Jésus vient de nous le dire, son Père veut nous donner son Esprit; or, qui aurait eu l’idée de le demander, et même, qui aurait connu l’existence de l’Esprit Saint si le Christ ne nous l’avait révélé?
Dieu veut, par notre prière, nous rendre de plus en plus conscients de son mode d’action dans nos vies; il veut que nous soyons partie prenante de notre propre salut et de celui des autres.

Ni dans cette page d’Évangile, ni ailleurs, Jésus ne s’est engagé à nous donner toujours exactement ce que nous lui demandons, ni à nous le donner tout de suite. Il n’a aucune dette envers nous, sinon celle de réaliser les merveilleuses promesses qu’il nous a faites; à nous de scruter ces promesses et de chercher comment il les mène aujourd’hui, avec nous, vers leur plein accomplissement.