Homélie du 2e Dimanche du Carême - 17 mars 2019

La Transfiguration, porte de l’Espérance

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Nous aimons tous et plus que tout la lumière. L’Épiphanie, avec le Baptême, la Transfiguration, Pâques et l’Ascension forment les moments lumineux et glorieux de la vie de Jésus. C’est comme si la gloire pascale cherchait dès le début de la vie terrestre de Jésus à vouloir se manifester. La Transfiguration se trouve à un sommet, comme au centre de l’Évangile, Jésus est « sur la sainte Montagne » (2 P 1, 18). C’est la seule fois où apparaît pour de bon Jésus en sa gloire aux yeux des disciples.

Même aux jours de sa Résurrection et de son Ascension, le corps de Jésus ne se montre pas lumineux de la gloire d’en-haut. Pourquoi ce moment privilégié, que nous fêtons encore plus majestueusement le 6 août de chaque année? C’est maintenant le temps du carême et une consolation dans la perspective de la Passion et de la Résurrection, la montée vers la Pâque du Seigneur venu nous sauver de la mort qui est « le salaire du péché » (Rm 6, 23).
Les récentes affaires concernant l’Église ne font que rappeler le péché, ô combien douloureusement. Nous désapprouvons un certain oubli du code pénal de l’Église à des périodes cruciales. Cela n’exclut pas le réalisme.
Nous naissons infirmes, blessés dans nos puissances naturelles et spoliés de toute habitation surnaturelle. Cette infirmité se trouve incrustée en nous profondément. Le baptême que nous avons reçu nous rehausse, ou plus exactement commence seulement à nous relever. Rien n’est encore définitif ici-bas.

Analogiquement les Apôtres sont terrassés de sommeil mystique ou de frayeur, mais peuvent se relever et voir brièvement la gloire du Christ. L’objectif se dévoile.
Ce mystère de la Transfiguration demeure le sacrement de notre Parousie. L’Église nous porte vers ce mystère comme vers le terme du chemin. « Les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père » (Mt 13, 43), c’est l’annonce de la lumière définitive. Mais, avant cette gloire, il faut passer par « l’Exode », par la Croix dont parlent ensemble aujourd’hui Jésus, Moïse et Élie.
Ce mystère de la Transfiguration doit nous porter à l’espérance malgré l’épreuve présente ou attendue. Face à la lenteur à voir se réaliser la promesse divine, Abraham aurait pu désespérer, surtout quand il eut l’inspiration de devoir sacrifier son fils Isaac. « Espérant contre toute espérance, [Abraham] crut et devint ainsi père d’une multitude de peuples » (Rm 4,18). Nous pourrions, entourés, secoués, que nous sommes par cette vague médiatique de divulgation des fautes de ministres de l’Église, nous pourrions désespérer : si eux tombent, pourquoi pas nous ? Qui suis-je pour tenir debout ? Ne suis-je pas dans la présomption ? Saint Paul lui-même met en garde contre elle.
Or « il y deux sortes de présomption : ou bien l’homme présume de ses capacités (espérant pouvoir se sauver sans l’aide d’en haut), ou bien il présume de la toute-puissance ou de la miséricorde divines (espérant obtenir son pardon sans conversion et la gloire sans mérite) » (CEC, n°2092) — tout cela donc à bon compte.

Saint Paul exprime un risque semblable pour la communauté chrétienne à ses débuts, à propos de ce qui nous sépare des Juifs : « Car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, prends garde qu’il ne t’épargne pas davantage ; considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : sévérité envers ceux qui sont tombés, et envers toi bonté, pourvu que tu demeures en cette bonté ; autrement tu seras retranché toi aussi » (Rm 11, 21-22). Je m’interroge. N’avons-nous pas promu une certaine présomption ? Pourquoi cette absence de prédication sur les fins dernières ? Pourquoi une omerta ou tout au moins un vocabulaire aseptisé sur l’homosexualité active, sur le divorce provoqué, sur les péchés de la sensualité ? Reconnaissons ces déficits et faisons corps avec le Christ et l’enseignement de son Église : « Qui vous écoute, m’écoute » (Lc 10, 16) dit Jésus à ses Apôtres, ainsi qu’à nos pasteurs.

Aujourd’hui la liturgie nous stimule à faire collectivement un acte d’espérance en la puissance toujours actuelle de ces paroles. Il est bon de se réapproprier cette prière en ce temps de tumulte de l’acte d’espérance : « Mon Dieu j’espère avec une ferme confiance que tu me donneras par Jésus-Christ ta grâce en ce monde et le bonheur éternel dans l’autre parce que tu l’as promis et que tu tiens toujours tes promesses. » L’acte d’espérance est motivé par la toute-puissance aidante, secourante : le Seigneur nous fournira son aide par le don de l’Esprit Saint promis et toujours à l’œuvre. « Voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

L’Évangile de ce jour nous dit : « Jésus resta seul au milieu d’eux », c’est-à-dire avec les trois Apôtres. Jésus tient sa promesse dès après la Transfiguration. Il ne les abandonne pas : ni à la nostalgie de la gloire extatique qui vient de se manifester, ni à l’épreuve qui se profile à court terme. Il est là avec eux. Jésus est là avec nous dans l’épreuve que nous subissons. Il voit et pourvoit. Ce ne peut être au profit d’aucune illusion. À mesure que le nombre de baptême baisse en France on ne pourra que voir encore plus les effets négatifs, collectifs, de la situation nationale. Mais l’espérance, rassurons-nous, ne peut pas décevoir. Saint Paul aime à l’affirmer : « Et l’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné » (Rm 5, 5).

Ce qui pourrait nous handicaper dans la vertu d’espérance outre la présomption, ce serait de perdre le sens de la toute-puissance aidante de Dieu. Nous perdrions la motivation d’espérer. Le pape François avertit dans son exhortation Amoris Laetitia : « Toutes les notions théologiques qui, en définitive, remettent en question la toute-puissance de Dieu, et en particulier sa miséricorde, sont inadéquates » (AL, n° 311). Alors aujourd’hui relevons la tête, et soyons pleins d’espérance dans les promesses du Christ qui « transfigurera nos corps de misère en son corps de gloire » (Ph 3, 21).

« C’est en espérance que nous chantons [la louange de Dieu]… et c’est déjà si bon l’espérance ! Que sera la réalité ! » (Augustin, Sermon 255). En ces temps troublés, nous n’avons pas le droit à la désespérance : elle contamine déjà trop notre société et le monde. Ne nous laissons pas infecter. Soyons fiers de Jésus, et même de son Église que sans cesse il purifie ; oui, « nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu » (Rm 5, 2).