Homélie du 1er Dimanche de l'Avent - 1 décembre 2019

Veillez et réveillez ce monde endormi

par

fr. Ludvik Grundman

Veiller ! C’est tellement difficile ! Même les meilleurs n’y réussissent pas ! C’est à Pierre, Jacques et Jean que Jésus adressera ces paroles pleines de douleur : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ! » (Mt 26, 40).

Pierre, qui s’écriait peu avant : « Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas » (Mt 26, 35). Pierre sur qui Jésus a bâti son Église, ce Pierre qui voulait donner sa vie pour le Christ n’a même pas eu la force de veiller une seule heure !
Pourtant cela devait être une des heures les plus décisives de sa vie ! Et Jésus le suppliait avec une telle insistance : « Mon âme est triste à en mourir, demeurez ici et veillez avec moi » (Mt 26, 38).
Il n’a pas réussi à veiller, même au moment le plus décisif de l’histoire de toute l’humanité, alors qu’il était tout proche du Christ qui allait mourir pour lui… Et nous, pauvres pécheurs, cela fait presque 2 000 ans que l’on nous demande de veiller, alors que notre Sauveur peut paraître si lointain…

Veiller c’est vraiment difficile.
Alors comment faire ?
Tout d’abord, on veille en valorisant le moment présent. Inutile de rêver d’un passé glorieux, ou bien de s’effrayer devant un avenir peut-être cauchemardesque ! Jésus l’a dit clairement : « Qui d’entre vous d’ailleurs peut, en s’en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ?… Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s’inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 27.34). Veiller, pour Jésus, consiste d’abord à vivre pleinement le moment présent.

Mais ce n’est pas tout : pour veiller, il faut se soutenir mutuellement. À Gethsémani, les trois disciples dormaient. Pour obéir à cet ordre capital de Jésus, l’Église a besoin de beaucoup de monde, y compris des plus humbles, des plus cachés. Oui, elle a bien besoin de ces âmes inconnues du monde, sachant que les successeurs des apôtres sont capables de dormir aussi fort qu’au Jardin des Oliviers. C’est parce qu’il y a de tels veilleurs que l’Église est encore là, 2 000 ans après.

Autrement dit, pour bien veiller, il faut aussi parfois réveiller les autres. Chers frères et sœurs, chacun de nous passe par Gethsémani, chacun a besoin d’être réveillé de temps en temps. C’est un peu rude mais c’est très bénéfique. Par exemple, je connais un frère dominicain qui est régulièrement réveillé par ses confrères, et qui doit avouer que cela pique un peu, mais que cela lui fait aussi le plus grand bien…

Or c’est justement aujourd’hui le dimanche dédié à notre mission à tous, celle de l’évangélisation.
Imaginons que demain revienne le déluge comme au temps de Noé  : chacun ici avertirait toutes ses connaissances du danger imminent. Or, il y a plus que le déluge, et il y a plus que Noé. Maintenant, ce ne sont plus les grandes eaux qui arrivent, mais celui « qui est venu par l’eau et par le sang : Jésus Christ » (1 Jn 5, 6).

Frères et sœurs, nous croyons que le Christ est la personne la plus importante… De qui d’autre devrions-nous parler aux autres sinon de lui et de sa venue prochaine !

Nous ne savons ni l’heure ni le jour. Mais beaucoup de nos contemporains ne savent même pas qui est Jésus, dont pourtant ils célébreront l’anniversaire dans moins d’un mois ! Peut-être même ceux qui mangent ou boivent avec nous ! Les gens que nous côtoyons quotidiennement.
Les gens comme vous et moi. Les gens qui dorment depuis trop longtemps. Aller les réveiller n’est peut-être ni agréable pour eux, ni simple pour nous, mais c’est un acte d’amour, de ce même amour qui s’est incarné le jour de Noël pour notre Salut. Nous ne savons pas quel sera le résultat. Probablement, il en sera comme dans la parabole : il y en aura un qui sera pris par cette Bonne Nouvelle… il y en aura d’autres qui seront laissés. Et peut-être qu’ils se rendormiront aussitôt. Nous ne savons ni l’heure ni le jour où le Seigneur les réveillera définitivement. Mais notre profit n’en sera pas moindre — le fait de se bouger pour évangéliser nous aide à rester éveillés.

Frères et sœurs, veiller c’est difficile. Pour ne pas s’endormir, trois choses nous aident : se concentrer sur le présent, être plusieurs, et se bouger pour les autres.
Frères et sœurs, veillez, veillez et réveillez ce monde endormi.