Homélie du Pentecôte - 4 juin 2006

Affaire de parfum

par

fr. Alain Quilici

Il y eut un jour où le monde fut créé. Il y eut un soir, il y eut un matin, dit l’Écriture. Il n’y avait pas de témoin, si ce n’est Dieu lui-même et son Verbe et son Esprit.

Il y eut un jour où le Verbe se fit chair. Il y eut une nuit de Noël, il y eut un Jour de Noël. Marie et Joseph en furent les témoins émerveillés sous l’action de l’Esprit Saint.

Et puis, dans ces temps qui sont les derniers, il y eut un jour où l’Esprit de Dieu, qui est Dieu, fut largement répandu sur le monde. Ce fut le jour que fit le Seigneur. Ce jour-là, c’est ce jour-ci! Et nous en sommes tous les témoins et les bénéficiaires.

Chacun reçoit sa part d’Esprit Saint. Une mesure bien tassée, chacun selon ses besoins, chacun selon sa mission. Et vogue la galère! Commence l’aventure de l’église.

L’Esprit comme le vent souffle sur tout le monde. L’Esprit comme le feu embrase tous les cœurs. L’Esprit comme l’eau se répand partout dans le monde. L’Esprit est comme un parfum de qualité qui remplit le monde de ses fragrances.

Cela me rappelle une histoire relatée par un romancier aujourd’hui disparu. Il s’agit d’un homme à qui est confiée une grande et difficile mission, dans un temps de guerre. Il doit aller porter je ne sais plus quoi, mais qui est très important, au-delà des mers et des montagnes. Cet homme sachant combien cette mission sera difficile, quels obstacles il aura à franchir et à quels découragements il sera soumis, eut l’idée d’emporter avec lui, plutôt qu’un équipement qui l’eut alourdi, un flacon de parfum. Mais pas n’importe quel parfum: le parfum de sa mère, le parfum que mettait sa mère quand il était petit enfant, le parfum que mettait sa mère les jours de fête. Et tout au long du chemin, cet homme puisa dans ce parfum le courage de continuer. Il y puisait une force qui ne venait pas de lui, une joie qui était plus forte que tous les découragements. Et quand il était blessé ou atteint dans son moral, ce parfum le guérissait et renouvelait sa jeunesse. Il lui rendait toute son énergie. Il lui permettait de supporter toutes les nausées que suscitaient en lui les miasmes des mondes qu’il traversait.

Ne trouvez-vous pas qu’il y a là comme une parabole de la vie du Chrétien, de la vie de l’Église? Au soir de la Pentecôte, les Chrétiens ont reçu un parfum; ils ont reçu une onction. Ils l’ont reçue de leur mère l’Église toute parfumée du parfum du Christ ressuscité. Ce parfum renouvelle sans cesse leur jeunesse. Les Chrétiens personnellement, mais aussi toute l’Église au long des siècles, puisent dans ce parfum la force de continuer la mission sans se décourager. Ils y puisent une force qui ne vient pas d’eux et que le monde ne saisit pas.

Car partout dans le monde, vous venez de l’entendre de la bouche de saint Paul, on ne trouve que débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haine, disputes, jalousie, colère, divisions, scissions, sectarisme, envie, orgies, ripailles et choses semblables.

Ça sent vraiment mauvais. Une mauvaise odeur plane sur le monde, une odeur de scandales, une odeur de mort, de compromissions et de décomposition. On se bat pour le pouvoir. On s’écrase pour plus d’argent. On se vend pour plus de plaisir. Et comment tiendrions-nous, comment l’Église aurait-elle tenu au long des siècles sans cette onction? Comment ne serions-nous pas tous emportés si nous n’avions reçu ce parfum, cette odeur de sainteté, qui donne amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité, douceur, maîtrise de soi …

Ah! Comme nous voudrions que le monde entier soit parfumé de ce parfum-là, bien supérieur à celui que Marie-Madeleine répandit sur les pieds du Seigneur et qui se répandit dans toute la maison, cette odeur de sainteté qu’exhale le corps mort de certains saints.

Mais le temps n’en est pas encore venu. Il faut attendre. Voilà pourquoi nous ne cessons de prier l’Esprit Saint et de lui dire:

Viens Esprit-Saint en nos cœurs, Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.

Amen.