Homélie du Dimanche de la Résurrection (Pâques) - 1 avril 2018

Aimer notre corps comme Dieu l’aime

par

fr. Timothée Lagabrielle

Dans le Credo, nous professons la foi en deux résurrections. Non seulement nous proclamons que nous croyons à la résurrection du Christ – et c’est ce que nous fêtons si solennellement aujourd’hui – mais aussi, nous proclamons la foi en la résurrection des morts (ou en la résurrection de la chair selon le Credo, mais c’est la même chose). C’est-à-dire que nous ne croyons pas seulement que le Christ est ressuscité des morts, mais aussi que tous les hommes sont destinés, à la fin des temps, à retrouver un corps, à retrouver leur corps. Et nous croyons qu’il y a un lien entre ces deux résurrections, entre celle du Christ et la nôtre.

Pourquoi Jésus est-il ressuscité ? On peut dire que c’est pour notre résurrection, pour que notre corps ressuscite. La Passion du Christ apporte la justification à nos âmes. Elle nous obtient le pardon et le salut. Mais pour Dieu, cela n’est pas encore assez ; il veut aussi apporter aux hommes la vivification des corps et c’est pour cela que Jésus est ressuscité.
Dieu prend soin de tout l’homme, dont son corps. Pâques est un jour qui nous apprend combien Dieu aime notre corps. C’est un jour pour aimer notre corps comme Dieu l’aime.

Parce qu’en fait nous n’aimons pas assez notre corps. La tendance générale des hommes marqués par le péché est de dévaloriser le corps. Peut-être parce que nous sentons sa pesanteur ? Peut-être parce que nous voyons qu’il peut mal fonctionner ? Peut-être parce que nous voyons qu’il va finir par être séparé de notre âme quand nous allons mourir ?
Même ceux qui centrent leur vie sur le bien de leur corps n’ont finalement qu’une basse idée du corps puisqu’ils considèrent ce corps sans avenir, ils pensent qu’il n’est là que pour un temps… Ils ne le voient que comme un corps d’animal, comme le corps d’une mouche ou d’un coléoptère. Ils n’en n’ont pas une haute idée.

Au contraire, le Christ a une haute idée de notre corps. Le Christ nous montre l’importance de notre corps. La résurrection du Christ nous montre l’importance de notre corps.

S’il nous a créés avec un corps, ce n’est pas pour l’abandonner ensuite, mais pour nous faire vivre à jamais avec un corps glorifié. Il nous veut avec lui pour l’éternité avec notre âme et notre corps. Sans notre corps, il manque quelque chose.
Prenons bien conscience de cela : ce n’est pas suffisant de dire que j’ai un corps. Il y a plus : non seulement « j’ai un corps », mais « je suis mon corps », ou plutôt, « mon corps c’est moi ». Mon corps n’est pas seulement un frère très proche que Dieu m’a donné : mon corps c’est moi.
Si jamais j’ai un peu de mal à m’en rendre compte pour mon corps, peut-être que je le vois mieux avec le corps des autres. Je ne dis pas : « Le pied d’Aldebert a tapé ma jambe », mais : « Maman ! Aldebert m’a tapé ! » Quand je vois le corps de quelqu’un, je considère la personne. De même pour moi : mon corps c’est moi.

Et puisque mon corps c’est moi, Dieu qui veut le salut de tout mon être veut le salut de mon âme et de mon corps. Et il me montre la grandeur de mon corps de deux grandes façons :

Premièrement, il passe par mon corps pour sauver mon âme. Le salut me vient par la Parole de Dieu reçue par mes oreilles (ou mes yeux) et par les sacrements qui touchent mon corps. L’eau du baptême qui touche et sauve, l’huile de la confirmation qui imprègne, l’hostie consacrée (le Corps du Christ justement) qui est posée sur ma langue, le son de la voix du prêtre qui donne l’absolution, l’huile des malades… le Salut passe par ce corps.
Et ce corps qui a reçu tant de sacrements ne va pas être abandonné à jamais. Il est destiné à la gloire, comme le Corps du Christ qu’il n’abandonne pas mais ressuscite.

Deuxièmement, Dieu montre la grandeur de mon corps en me donnant de faire le bien avec mon corps. Voici la grande dignité de mon corps : avec lui je fais le bien.
Le Verbe s’est incarné afin que le Corps du Christ fasse le bien (des miracles, des guérisons, mais aussi ses enseignements…) et cela donne tant d’importance à ce Corps qu’il l’a ressuscité et qu’il demeure à jamais au Ciel. De même, mon corps par lequel je fais le bien est destiné à demeurer à jamais au Ciel.

Peut-être qu’il est parfois plus difficile d’aimer notre corps quand il ne réagit pas comme nous voudrions, quand il commence à se détraquer. Mais pourtant, Dieu l’aime et veut aussi qu’il soit sauvé. Il veut nous sauver par notre corps, il veut que nous fassions le bien avec notre corps et il le destine à la résurrection. Voilà de bonnes raisons pour apprendre à l’aimer comme Dieu l’aime

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