Homélie du 3e Dimanche de l'Avent - 11 décembre 2016

Annoncer une parole plus grande que nous

par

fr. Timothée Lagabrielle

Est-ce que ça vous est déjà arrivé d’avoir un rendez-vous avec quelqu’un que vous ne connaissez pas ? Par exemple un correspondant que vous n’avez jamais vu en vrai, ou une relation professionnelle que vous devez retrouver. Si le rendez-vous est dans un lieu public, la grande question est de savoir comment se reconnaitre. Il existe des astuces, des moyens de reconnaissance. Par exemple, on peut se décrire à l’avance pour permettre à l’autre de nous repérer (comme ce frère qui dit à ses contacts Blablacar  : « Tu me reconnaitras, je suis habillé en blanc »). Ou on va écrire le nom de la personne attendue sur un panneau, comme les chauffeurs de taxi à l’aéroport. Ou encore on aura une phrase de reconnaissance, comme  : « Comment est votre blanquette ? », ou on sifflotera « Tea for two ». Sans cela, on est obligé de dévisager tout le monde. Ou bien, et c’est assez terrible, on se retrouve à attendre côte à côte parce que l’autre n’est pas tel qu’on l’imaginait. Une attente qui va durer (peut-être même qu’on va se dire « Oh, mais que fait-il ?!? ») jusqu’à ce que l’un des deux ose faire un pas vers les personnes qui pourraient être l’homme attendu et poser la question  : « N’êtes-vous pas Untel ? »
C’est un peu ce qui arrive à Jean-Baptiste. Il sait qu’il avait un rendez-vous avec « Celui qui vient », mais Jésus n’est pas exactement comme il l’avait imaginé. Et parce qu’il n’est pas sûr que son attente est bonne, parce qu’il ne veut pas rater ce rendez-vous, parce qu’il veut éclairer la situation, il l’aborde par ses disciples pour le lui demander.
Cette démarche de Jean-Baptiste demande un certain courage. Parce qu’il est prophète, donc son métier (si on peut appeler cela un métier), c’est de transmettre une parole de Dieu, d’éclairer les hommes sur ce qu’ils doivent faire et sur ce que Dieu attend d’eux. Mais là, il lui faut reconnaitre qu’il a lui-même besoin d’être éclairé. Cela demande le courage de l’humilité. En posant sa question, Jean-Baptiste reconnait qu’il n’est qu’un petit, un pauvre, qui a besoin d’être évangélisé. Il n’a pas honte de poser sa question, de montrer qu’il ne sait pas.
C’est une attitude que l’on retrouve chez d’autres prophètes (Jérémie, par exemple, ne cesse de demander à Dieu « Pourquoi ? »  : Pourquoi le pays est-il dévasté ? Pourquoi les méchants ne sont-ils pas châtiés ?…). Ce n’est pas étonnant d’ailleurs que des prophètes aient cette attitude. Même s’ils peuvent enseigner les autres, les prophètes ne savent pas tout. Et ils savent qu’ils ne savent pas tout. Ils savent que la parole qu’ils disent de la part de Dieu est plus grande qu’eux. Qu’ils n’en saisissent pas forcément toute la plénitude de sens. Qu’ils peuvent avoir besoin d’être éclairés pour bien comprendre tout ce que veut dire qu’ils disent.
Jean-Baptiste, par exemple, annonçait que Dieu peut » des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham » (Mt 3, 9). Mais quand Jésus réalise cela – et fait même encore mieux – en prenant des hommes au cœur de pierre et en en faisant des fils de Dieu, il ne reconnait pas tout de suite l’accomplissement de ce qu’il avait annoncé.
Voilà la grandeur et la petitesse du prophète  : grandeur parce qu’il dit une parole vraie qui vient de Dieu, et petitesse parce qu’il ne comprend pas forcément tout ce que veut dire cette parole. Nous vivons aussi ces deux aspects et cela ne doit pas être une tension dans notre vie.

Pour cela, imitons Jean-Baptiste de deux façons  :
– D’une part, voyons que nous pouvons annoncer la Parole de Dieu même si nous ne le comprenons pas entièrement. Nous n’avons pas besoin de tout connaitre de Dieu pour commencer à parler de lui. On peut dire d’une vérité de la foi  : « Je ne sais pas tout ce que ça veut dire, mais je sais que c’est vrai », et on peut dire pourquoi on sait que c’est vrai. Nous pouvons aussi témoigner de ce que nous vivons avec Dieu.
– D’autre part, comme Jean-Baptiste, nous pouvons nous armer de courage et d’humilité pour ne pas garder en nous les questions que l’on a comme honte de poser. Nous pouvons poser ces questions à Dieu dans notre prière. Ou aux frères, qui savent si bien prendre du temps pour cela, ou aux sœurs aussi, elles ont tant à témoigner, ce serait bête de passer à côté ! Ou encore chercher des réponses dans des livres, en se formant, en en discutant avec d’autres, etc.
C’est une façon de préparer Noël. Une façon de mieux connaitre le Sauveur qui vient pour ne pas passer à côté de lui quand il sera là, à l’heure au rendez-vous, à nous attendre. Pour qu’à ce moment-là, nous ne regardions pas du mauvais côté.