Homélie du 17e DO - 25 juillet 2004

Ardents ambassadeurs de nos frèresauprès de Notre Père

par

fr. Bernard Autran

Émerveillés, les disciples contemplent Jésus en Prière! St Luc nous le rappelle souvent en son Évangile. N’est-ce pas l’essentiel de Sa Vie? Ils comprendront mieux l’immensité de Sa Stature, quand ressuscité, ils Le sauront assis à la Droite de Dieu! Dans la Vie de l’homme qu’Il est devenu, rien n’importe tant que d’y accomplir ce qui est son immense Joie: de toute éternité, Il fait remonter vers Lui l’abîme d’Amour dont Il Le comble, et Il le fait rejaillir sur ceux à qui Il veut partager Son Bonheur d’aimer comme Lui! Sa Prière de Fils est unique, Lui seul peut dire: «  Mon Père « , tandis que pour nous Il dit: « Votre Père ». Mais Son grand Désir est de nous la faire imiter, devenus ses frères, pas seulement de mot, mais dans la réalité d’Enfants de Dieu! À sa suite, même si elle n’occupe qu’une petite partie de notre temps, notre prière est-elle le sommet et la source de tout ce en quoi nous sommes appelés à répondre à Son Amour.

Dans cette perspective, nous comprenons mieux sa réponse à Marthe: «Marie a choisi la meilleure part». Cela ne contredit pas son appel à nous aimer les uns les autres comme Il nous a aimés, ni son rappel: «À l’amour que vous aurez les uns pour les autres l’on vous reconnaîtra pour mes disciples.» Mais un tel amour ne peut pas se réduire à une simple philanthropie. Il ne peut être que le fruit d’une Nouvelle Naissance. Tout autre que celui de Jean Baptiste, si le Baptême selon Jésus a l’aspect discret d’un peu d’eau qui lave, sa vraie réalité est une vigoureuse plongée par L’Esprit Saint dans le Nom, Le Monde, l’abîme sans fond, l’Océan, le Feu d’Amour qui jaillit et rejaillit entre Le Père, Le Fils et L’Esprit Saint. Saint Paul nous l’affirme dans sa lettre aux Colossiens: par le Baptême, nous avons été mis au tombeau avec Le Christ: finie notre vie sans but véritable. Nous avons été ressuscités avec Lui, immense Force qu’Il a ainsi exercée à notre égard nous faisant inaugurer la Vie nouvelle à l’image de la sienne, toute illuminée par la reconnaissance de l’Amour dont nous sommes l’objet, une vie dont l’ambition est de faire rejaillir sur nos frères ce que nous avons reçu!

Mais cela, nous ne le vivons pour le moment qu’en germe, avec ce qui est sa grande puissance, mais aussi sa fragilité. C’est là notre condition comme celle de tous ses disciples! Au Vendredi Saint, d’eux on n’aurait pas donné cher! N’allaient-ils pas être dispersés! Puis, broyés par les persécutions des premiers siècles, ils se sont pourtant multipliés. N’en a-t-il pas été de même à travers toute l’histoire de l’Église? À nous aussi, Saint Paul n’affirme-t-il pas que notre vie est cachée en Le Christ? La vigueur qui nous anime pour répandre l’Amour du Christ ne paraît-elle pas dérisoire en regard des forces de mort qui déferlent sur le monde? C’est pourtant à nous de mener avec confiance cette lutte, sans panache, avec bien des échecs, des chutes. À certains Le Seigneur donne d’accomplir de grandes œuvres avec des moyens très modestes. Mais l’humble fidélité à laquelle Il nous appelle tous portera un grand Fruit. Si notre vie peut s’ouvrir à l’Amour qui vient de Lui, si nous pouvons quelque peu répondre à celui dont Il nous comble, souvent à travers nos frères, si nous parvenons un peu le faire rejaillir sur eux, c’est toujours grâce à la Puissance de son Aide. Et nous ne nous disposons à la recevoir qu’en la demandant ardemment avec une confiance de véritables fils.

C’est le rôle de notre Prière. En elle, nous nous unissons au Christ par l’écoute et l’action de grâces, mais aussi, l’évangile d’aujourd’hui le souligne, la Prière de Demande. Nous recevons tout: remercier ou demander sont les divers aspects de la même grande réalité, nous mettre à notre vraie place face au Seigneur. Et nous ne sommes pas invités à demander n’importe quoi! « Père, que Ton Nom soit sanctifié, que Ton Règne vienne! » Que se réalise en nous et autour de nous son rêve d’Amour sur nous tous! Nous demandons ensuite ce qui nous donnera les forces nécessaires pour y travailler: le Pain, ce qui répond à nos nécessités quotidiennes, mais surtout Celui en lequel Le Christ veut se faire notre nourriture, le Pardon par lequel Il nous extrait de notre égoïsme, sa Protection contre le mal qui nous guette. Bien sûr, nous avons aussi bien d’autres choses à demander, souvent d’être soulagés, mais cela ne doit venir qu’ensuite, « s’Il le veut! ».

Nous prononçons avec respect le Paroles du « Notre Père« . Combien il est désagréable de l’entendre dire mécaniquement comme certains, hélas, disent le chapelet! Mais l’important est l’esprit en lequel on vit cette prière. Le « marchandage » d’Abraham, la parabole de l’ami importun doivent nous aider à entrer dans l’immense urgence! Que Le Seigneur nous prenne en main est une question de vie ou de mort. Pour nous, demandons de devenir de vrais ouvriers du Royaume, pour nos frères, qu’ils partagent la seule vraie Joie! Nous savons Notre Père infiniment miséricordieux. Il est le premier à vouloir sauver les cinq justes! Mais Il ne veut le faire qu’en réponse à l’amour, l’ardeur d’Abraham en sa prière. S’Il nous écoute, ce n’est pas pour cesser d’être importuné comme celui à qui l’ami demande des pains. Il veut nous sauver avec nos frères, mais Il ne veut le faire qu’en suscitant en nous ce grand désir d’amour! Mettons toute notre ardeur à crier vers Lui! Seuls ou en notre assemblée qu’Il nous donne ainsi cette dignité d’être leurs ambassadeurs auprès de Lui!