Homélie du 3e DA - 11 décembre 2011

Au milieu de nous, Quelqu’un

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Un homme dans le désert, Jean ! Tout le pays est en émoi. « S’en allaient vers lui tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem » (Mc 1, 5). Aussi de la capitale, Jérusalem, les autorités envoient-elles une commission d’enquête pour examiner sa vie et ses propos. L’évangile (Jn 1, 19-28) précise que cette mission est composée « de prêtres et de lévites », c’est-à-dire ceux qui ont la charge du Temple de Jérusalem – cette compétence est requise, puisque Jean propose un baptême en vue de la rémission des péchés. Or en Israël, la rémission des péchés est obtenue par l’accomplissement de rites sacrificiels. Le pécheur doit payer, expier et le sang doit être versé. Or pour Jean le baptême efface le péché. Le geste baptismal est très simple, c’est une purification que tout le monde peut vivre, mais surtout ce geste vaut par la foi qui l’habite. Pour les prêtres et les lévites, ce que fait Jean est donc intolérable. Comme vous le savez, les autorités de Jérusalem élimineront Jean qui mourra décapité en prison. Pourtant, fidèle à la tradition prophétique, Jean ne faisait que rappeler que Dieu a dit : « C’est l’amour que je veux et non les sacrifices » (Os 6, 6). Parole que Jésus reprendra et placera au cœur de l’Évangile. Parole difficile, car au fond du cœur de l’homme, il y a l’image du dieu sanguinaire qui aime le sacrifice. Parole subversive, car dans notre cerveau reptilien sommeille l’image du dieu cruel qui se complaît à la souffrance des hommes. Ainsi, en plaçant Jean-Baptiste au cœur de l’Avent, la tradition chrétienne invite à considérer que la vraie vie est vie de foi, relation vivante à un Dieu d’amour. Elle nous invite à nous libérer de la religion de la culpabilité, mise en scène dans les théâtres à la mode.

Le récit de l’évangile se poursuit. Après les prêtres, ce sont les pharisiens, des laïcs, qui interviennent. Jean leur dit que le baptême qu’il donne n’est qu’un premier pas, car il annonce le vrai baptême « dans l’eau et dans l’Esprit ». Quel esprit ? Pour Jean ce n’est pas une entité fantomatique, mais l’intime du Dieu vivant, l’énergie qui fait que Dieu est Dieu. Cet Esprit, Dieu lui-même, nous est donné par le baptême reçu au nom de Jésus-Christ. Nous l’avons reçu, nous les enfants de Dieu. Mais alors, pourquoi parler encore de Jean ?

Certes, Jésus est connu de nous, mais il faut bien reconnaître que ce que dit Jean aujourd’hui est vrai : « Au milieu de vous quelqu’un que vous ne connaissez pas ». Oui, Jésus, le Fils de Dieu, est là dans notre monde qui l’ignore et parfois le bafoue. Notre culture fait tout pour l’effacer. Le mot « noël » est banni du vocabulaire officiel. Tant et si bien que tout le monde ignore désormais que Noël dit la naissance de Jésus et Christmas la venue du Christ. La publicité parle des « fêtes de fin d’année ». Fête de la fin et non fête du commencement ! Quel aveu ! Une fête pour oublier le désespoir que suscite le passage inexorable du temps, alors que nous les chrétiens fêtons le commencement d’une présence.

Aussi avec Jean-Baptiste nous répondons à ceux qui ne peuvent qu’imaginer un Dieu cruel, à leur image, que notre Dieu ne demande pas de sacrifices ; il se donne et il répond à l’amour et à la foi des cœurs purs et des artisans de paix. Aussi dans la nuit de Noël, nous recevrons le message venu du ciel. Dieu donne un signe : un petit enfant dans une mangeoire, (Lc 2,12) signe que Dieu n’est pas ailleurs que dans le plus pur et le plus neuf, dans le plus fragile et le plus beau, afin que passe sur notre monde un souffle d’espérance.