Homélie du 22 mars 2009 - 4e DC

Avec les yeux de Dieu

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L’admirable récit de la guérison de l’aveugle-né – si riche, trop riche, comme d’ailleurs la première et la deuxième lectures, pour que je me risque à les commenter – se clôt sur un avertissement de Jésus aux pharisiens: «Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais du moment que vous dites: ‘nous voyons’! votre péché demeure.»

Cela invite chacune et à chacun de nous à se poser une question. Nous ne nous pensons pas aveugles et nous pouvons croire voir clair. Mais nous devons nous demander: qu’est-ce qui éclaire nos jugements et nos décisions sur les personnes, nous-mêmes et les autres, sur les situations et les événements, les choix de notre vie? Ne sommes-nous pas – trop souvent en tout cas – dirigés par nos esprits obtus, ancrés dans de fausses certitudes et de mauvaises habitudes, figés dans des modes de pensée dictés par une intelligence embuée et un cœur endurci, guidés par des considérations trop «humaines» comme en ont été tentés Samuel et Jessé.

Souvenez-vous de la première lecture: «Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur.» Et voilà que celui est choisi par Dieu pour guider son peuple comme roi-messie, c’est David, le petit dernier que l’on avait oublié au milieu de ses moutons.

Et cet aveugle de naissance qui mendiait à la porte du Temple: on le méprisait, on le jugeait «tout entier plongé dans le péché depuis sa naissance.» On le voyait tous les jours, mais sans le regarder, au point qu’on ne le reconnaît pas dans celui que Jésus a guéri en même temps qu’Il lui a donné sa dignité et sa ferme assurance devant les injures et les menaces pour l’amener enfin à la confession de sa foi: «Crois-tu au Fils de l’Homme? – Tu le vois, c’est lui qui te parle – Je crois, Seigneur.»

Nous, nous Le voyons pas, mais nous croyons que Jésus, le Christ Fils de Dieu, est la lumière du monde qui éclaire tout homme. C’est cependant parce que trop souvent notre regard est voilé par les obscurités de quelques nuits, que nos yeux sont fermés par quelques ensommeillements que Saint Paul nous après nous avoir rappelé: «Vous êtes lumière dans le Seigneur», exhorte chacun: « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.»

Les bons théologiens nous enseignent que la loi de la nouvelle Alliance, qui conduit et éclaire notre vie chrétienne est inscrite au fond de nos cœurs. Elle est essentiellement la grâce même de l’Esprit Saint qui est donnée aux fidèles du Christ pour guérir, corriger, éclairer notre intelligence aveugle, pour qu’elle parvienne un peu à voir avec les yeux de Dieu. Et les écrits évangéliques nous indiquent le chemin pour accueillir et mettre en œuvre cette grâce baptismale. C’est pourquoi nous disons: «Lumière sur ma route, ta parole, Seigneur.»

Ce livre de l’Évangile que l’on va remettre à Cédric, c’est un guide lumineux, maintenant pour se préparer à la grâce de l’illumination baptismale et jusqu’au bout pour vivre sa vie chrétienne.

Quant à chacun de nous, ouvrons-nous à l’Esprit qui vit et agit en nous, qui éclaire nos esprits et nos cœurs, et lisons et méditons la Parole de Dieu. Alors nous deviendrons peu à peu des enfants de lumière, vivant de cette «lumière du Christ» dont quelque reflet rejaillira de nous, de cette lumière qui illumine la nuit de Pâques que nous célébrons dans chaque eucharistie tant que dure notre marche vers l’éclatant soleil de Dieu.

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