Homélie du 6e Dimanche de Pâques - 26 mai 2019

Avec nous à jamais, l’Esprit-Saint, le Paraclet

par

fr. Emmanuel Perrier

Il y a des prénoms bizarres qui circulent depuis quelques temps, comme Tchoupi, Anaérobie, Youyou, Lola-Poupoune, Tuba ou Périphérique. Et l’on se demande toujours comment l’idée d’appeler ainsi leur enfant est venue aux parents. Périphérique est un prénom qui suggère une expérience répétée des bouchons, ou bien une préférence familiale pour les bretelles. L’interprétation s’avère parfois plus délicate mais la règle est toujours la même : tant que l’on n’a pas compris l’origine du nom, sa compréhension nous échappe, mais une fois l’explication apportée le mystère se dissipe.

De manière générale, c’est exactement l’inverse avec les Noms de Dieu. Ils sont simples à saisir au début, apparemment faciles à comprendre, mais plus l’on avance dans la foi, plus on est environné du mystère même de Dieu. Par exemple Tout-Puissant est un nom qui dit bien ce qu’il veut dire : Dieu peut faire tout ce qu’il est possible de faire. Mais il suffit, mettons, que l’on découvre les milliards de milliards de galaxies qui nous environnent pour que le mystère de Dieu Tout-Puissant se mette à nous habiter. Et le mystère est complet lorsque notre foi est placée face au Fils éternel de Dieu prenant chair dans le sein d’une vierge. L’ange l’affirme : — Rien n’est impossible à Dieu, et Marie s’exclame : — Le Puissant fit pour moi des merveilles, et cette puissance nous apparaît infiniment plus mystérieuse que les milliards de milliards de galaxies de l’univers.

Il y a toutefois quelques noms de Dieu qui échappent à la règle. Tel celui de Paraclet. Nous venons de l’entendre dans le discours aux disciples après la Cène ; juste avant son arrestation, Jésus leur annonce que le Père enverra en son nom l’Esprit-Saint, le Paraclet. Paraclet n’est pas un nom ordinaire, et c’est la raison pour laquelle on conserve généralement le mot grec. Pour autant, ce nom, nous ne pouvons pas l’enjamber comme s’il n’avait pas d’importance. Jésus nous l’a donné pour nous révéler qui est le Saint-Esprit, et savoir qui est le Saint-Esprit importe au plus haut point pour notre vie chrétienne. Il nous faut donc entrer dans la connaissance du nom Paraclet. En comprenant d’abord son sens, pour ensuite commencer à pénétrer dans le mystère.

Un paraclet, c’est en quelque sorte un défenseur, un avocat, quelqu’un qui vous sort d’un péril en se portant à vos côtés. C’est pourquoi sa présence apporte la consolation de n’être pas seul dans l’épreuve, ou de trouver le soutien nécessaire pour sortir de l’épreuve. Ainsi, lorsque le Seigneur se fait notre défenseur, nous sommes appuyés à la fois à un roc inébranlable (Ps 19) et à un roc dont la présence est consolante (2 Co 1) puisqu’il nous assiste et nous tire d’affaire. Dans telle et telle épreuve, le Seigneur est avec moi. En ce double sens, Jésus est un paraclet puisque tout pécheur peut se tourner vers lui pour obtenir de Dieu miséricorde (cf. 1 Jn 2). Lequel d’entre nous n’a pas trouvé dans le sang du Seigneur Jésus-Christ l’appui, le roc, pour être pardonné de son péché ? Or l’Esprit-Saint est appelé par le Christ « un autre Paraclet » (Jn 14, 16). Il est un défenseur d’une autre manière. D’une part, parce qu’il est l’Esprit, ce souffle dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va, il est comme un avocat qui souffle à l’oreille de son client sa défense. Il ne se tient pas à côté de nous pour parler à notre place, il nous inspire de l’intérieur ce que nous avons à dire. D’autre part, parce qu’il est l’Amour du Père et du Fils, sa présence est consolante en ce qu’elle nous fait aimer Dieu plus que tout, même dans l’épreuve. Il n’y a que Dieu qui compte, le monde peut bien s’écrouler autour de nous, nous tenons bon accrochés à Dieu parce que son Amour en nous ne chancelle pas.
Ainsi l’Esprit-Saint est-il un Paraclet agissant à l’intérieur, il nous défend en nous soufflant notre défense, il nous défend en nous tenant fermement dans l’amour de Dieu.
Maintenant que nous avons compris le nom, nous pouvons pénétrer dans le mystère de l’Esprit-Saint Paraclet. Rappelons-nous la question posée par l’apôtre Jude : Seigneur, comment peux-tu quitter ce monde sans t’être manifesté au monde entier ? Les apôtres vont rester seuls, eux ils connaissent Jésus, mais le monde entier autour d’eux ne connaît pas Jésus. Ils sont isolés comme une petite flamme entourée d’un grand océan glacé, sans Jésus, sans appui, sans rien. Pour couronner le tout — le Christ va le leur annoncer dans un instant — le monde les haïra parce qu’ils sont ses disciples. Voilà la situation d’épreuve, de désarroi total des apôtres. Ils se sentent abandonnés.

Alors Jésus leur répond : seuls ? Mais comment seriez-vous seuls si vous gardez ma parole, si cette parole vous en vivez et la mettez en pratique ? Comment seriez-vous seuls puisque le Père aime comme des fils ceux qui gardent la parole de son Fils ? « Celui qui garde ma parole, mon Père l’aimera et nous viendrons chez lui et nous ferons chez lui notre demeure. » Et comment pourriez-vous vous sentir abandonnés au milieu du monde puisque le Paraclet, l’Esprit-Saint, vous sera envoyé ? Oui, bien sûr, les disciples seront dans le monde, et le monde reportera sur eux son hostilité contre le Christ, mais qu’ont-ils à craindre puisque le défenseur leur soufflera les paroles du Christ, il leur rappellera les paroles du Christ ? « Que votre cœur cesse donc de se troubler et de craindre, je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » La présence du Paraclet est votre paix, il est votre consolation. Jésus ajoutera un peu plus tard : « Votre cœur est plein de tristesse », mais vous n’avez pas à être tristes, puisque le Paraclet sera là, avec vous. Avec un tel défenseur, vous n’avez rien à redouter du monde : le Paraclet va confondre la fausseté du monde comme un bon avocat dans un tribunal, il dévoilera son péché, montrera que Jésus est le chemin du Salut, débusquera les manigances du diable (Jn 16). Et vous craignez encore d’être seuls ?

Frères et sœurs, on sait ce qu’il advint à partir de la Pentecôte, que la promesse du Christ s’est accomplie, que les apôtres, au lieu d’être troublés et tristes, ont au contraire porté l’Évangile au monde entier. Or le Paraclet n’a pas été envoyé qu’aux apôtres, il nous a été aussi donné. Et Jésus a bien précisé : il est avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité, le Paraclet qui vous défend et vous console contre l’esprit du monde (Jn 13). Oui, il est avec nous en ces moments où notre foi au Christ est lourde à porter, où les embruns du monde viennent s’écraser contre notre âme dans le fracas et l’écume. Toute cette instabilité de nos sociétés, cette violence qui éclate un peu partout, ces nuages de guerre qui se profilent, cette indifférence absolue à l’égard de Dieu ou de la loi divine, les injustices qui se manifestent, la masse grouillante des péchés, les souffrances des innocents, les maladies et la mort de nos proches, nos propres épreuves où nous nous sentons seuls, submergés. L’accablement nous guette. D’où viendra le secours ? Comme sont prompts à faire irruption dans notre cœur la tristesse, le désespoir, le trouble, la crainte, l’écrasement. Pensons-nous alors à invoquer l’Esprit-Saint, le Paraclet ? Pourquoi oublions-nous d’appeler à l’aide notre défenseur divin, celui qui nous souffle les paroles du Christ à l’oreille, qui nous les fait comprendre et vouloir les mettre en pratique, celui qui nous apporte la consolation d’un attachement à Dieu par-dessus tout ?

L’Esprit-Saint est avec nous, qui serait contre nous ? Pour notre espérance et notre consolation, avec nous à jamais, l’Esprit-Saint, le Paraclet.