Homélie du Jour de Noël - 25 décembre 2008

Cet homme est Dieu

par

fr. Benoît-Dominique de La Soujeole

Cette nuit nous avons été conviés, comme les bergers, au seuil d’une crèche pour être mis en présence d’un fait : un enfant est né. À la Messe de l’aurore, nous avons reçu le témoignage de Marie et de Joseph : cette vie nouvelle, innocente, est la manière dont Dieu a voulu nous aborder pour que nous soyons d’abord dans un climat de douceur et de paix. Ce matin, la liturgie, grâce à la prédication de S. Jean l’Évangéliste nous invite à contempler un grand mystère.

«Après avoir, à maintes reprises et de bien des façons, parlé autrefois à nos Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils.» (He 1, 1-2).

Autrefois, des hommes ont parlé au Nom de Dieu. Aujourd’hui, Dieu nous parle Lui-même, non par des paroles mais d’abord par un acte ; Il a franchi l’immense distance entre Lui et nous : «Le Verbe s’est fait chair» (Jn 1, 2).

Le mystère qui intervient maintenant dans notre vie est avant tout un mystère d’union, de communion. D’abord le mystère d’union et de communion qu’est le Sauveur lui-même en sa personne : Dieu et l’homme, en lui, ne font pas deux mais un seul sujet. Il en résulte pour son humanité une telle plénitude de grâce que S. Paul a pu dire aux Colossiens : «En lui réside corporellement toute la plénitude de la divinité» (Col 2, 29). Cet homme est le Saint par excellence, «plein de grâce et de vérité» (Jn 1, 14). Mais cette plénitude n’existe que pour se communiquer «de sa plénitude, nous avons tous reçus, grâce pour grâce» (Jn 1, 16). Deuxième mystère d’union et de communion: nous sommes invités à être unis à cet homme qui, parce qu’il est Dieu nous ré-unit avec Dieu.

Mais ce n’est pas tout : nous unissant à lui, le Fils, nous faisant fils en lui d’un même et unique Père, le Verbe incarné nous unit entre nous : troisième mystère d’union et de communion : une humanité nouvelle faite de frères et sœurs naît de cet homme qui est Dieu.

Oui, certes, direz-vous, ce mystère d’union et de communion qui est le mystère du salut, nous est offert dans cette crèche; mais comment parvient-il jusqu’à nous? Comment l’événement réel survenu il y a 2000 ans nous touche au concret? Ou, si l’on préfère, comment cette incarnation véritable qui est donc intervenue en un temps et en un lieu si loin de nous s’inscrit-elle dans notre vie

C’est là que ce mystère atteint sa plus grande dimension, si l’on peut dire. Nous ne faisons pas mémoire seulement d’un événement passé. Si la naissance du Sauveur est célébrée au cœur d’une Eucharistie, c’est que l’Eucharistie est justement le contact vrai, réel, avec cette humanité qui, un jour, est née de Marie. Il vient en son humanité dans chaque Eucharistie, non pas pour s’incarner à nouveau, mais pour attirer notre pauvre humanité à la sienne et, parce qu’il est Dieu, il veut nous transformer en lui. Celui qui un jour est venu dans notre chair, vient aujourd’hui unir sa chair à la nôtre ; il accroît, si l’on peut dire, son incarnation chaque jour.

À l’incarnation de Dieu doit répondre la divinisation de l’homme. À la descente du Fils éternel dans la chair doit correspondre l’élévation des hommes dans la grâce. Là est la vérité et la réalité de la vie de ce monde : l’accomplissement de ce merveilleux échange.

Nous avons dès lors le centre de notre vie là : recevoir Celui qui vient, le laisser nous transformer, suivre dans nos vies ce mouvement que sa grâce imprime à notre cœur. Et le Verbe s’est fait chair signifie aussi : la chair, l’humanité pauvre et douloureuse, est redevenue capable de Dieu. La confession du mystère de l’incarnation emporte nécessairement la confession du mystère de la vocation humaine. Noël est ainsi au cœur de chacune de nos vies le triomphe de Dieu et la vocation au triomphe de l’homme.

Alors que la vie du monde semble suivre une voie sans cesse plus obscure et douloureuse, en toute vérité à compter d’un jour de l’histoire – d’une histoire désormais sainte – il y a en ce monde bien plus que ce monde: en ce champ qui semble si vide et pleins de mauvaises herbes, le grain a été semé et poursuit jour après jour sa croissance. La gloire de Dieu habite notre terre et d’elle rayonne déjà la paix véritable. Que le Seigneur accomplisse en nous son mystère d’aujourd’hui. Amen.