Homélie du 17e Dimanche du T.O. - 30 juillet 2017

Cherchez le Royaume (sur Mt 13, 44-46 )

par

fr. Damien Duprat

Le Seigneur nous propose aujourd’hui deux paraboles sur le Royaume. La variété des paraboles montre qu’aucune ne suffit à épuiser ce mystère ; chacune d’entre elles révèle l’une ou l’autre des facettes de cette réalité. La Tradition de l’Église, qui transmet fidèlement la doctrine de la foi, nous indique la juste manière de comprendre ces récits imagés. Dans leur simplicité et leur brièveté, ils sont riches d’enseignements.

Avant d’entrer dans les détails de ces deux paraboles, relevons un premier point commun entre elles. Dans l’une comme dans l’autre, Jésus parle du Royaume comme de quelque chose que l’on acquiert, quelque chose d’extérieur à nous, qui n’a pas besoin de nous pour exister, mais qui peut devenir nôtre. Cela porte déjà une signification : le Seigneur nous révèle que l’être humain n’a pas par lui-même, ni seul ni collectivement, le pouvoir de créer ou de mettre en place le règne de Dieu. Fondamentalement, nous ne pouvons que le recevoir, de même qu’un héritage est constitué par quelqu’un dans le but que quelqu’un d’autre en bénéficie. Si nous ne tenons pas compte de cela, c’est-à-dire si nous essayons d’établir le Royaume de Dieu comme si nous étions à son origine, d’une part nous nous exposons à un échec certain, et d’autre part, ce qui est beaucoup plus grave, nous risquons de provoquer des drames également pour ceux qui nous entourent. On a vu quelquefois dans l’histoire de telles tentatives d’instaurer le paradis sur terre par des moyens politiques ou économiques. On a vu aussi les tragédies qui en ont résulté. Aujourd’hui encore, il ne manque pas de projets visant un certain bonheur humain par des moyens hasardeux ; je pense par exemple à une certaine utopie transhumaniste, qui s’imagine que des moyens techniques donneront à l’homme les solutions ultimes à des problèmes existentiels, comme le bonheur, la souffrance ou la mort. Or, nous croyons, nous, que le seul bien capable de combler le cœur de l’homme n’est autre que Dieu lui-même, connu et adoré. Nous le croyons parce que Dieu nous l’a révélé, et l’expérience que nous avons de nous-mêmes et des autres ne cesse de nous le confirmer. Cette communion avec Dieu, en laquelle consiste son Règne, serait totalement hors de notre portée si Dieu ne se donnait librement à nous, et nous devons lui en rendre grâce inlassablement.

Je viens de dire que Dieu se donnait à nous ; objection ! d’après les paraboles de ce jour, son Royaume n’est pas totalement gratuit : il faut acheter le champ, acheter la perle ! et en plus, c’est cher : il faut vendre tout ce que l’on a pour l’acquérir. Qu’est-ce que cela signifie ?
Il nous faut l’admettre : le Royaume de Dieu se mérite. S’il est certes possible de trouver ce trésor sans qu’il en coûte rien, c’est, nous dit un grand commentateur biblique (Saint Hilaire, cité par saint Thomas d’Aquin, Catena aurea), parce que la prédication de l’Évangile est sans condition : elle est offerte à tous. Mais pour pouvoir user de ce trésor, il faut l’acheter, en devenir le possesseur, car on ne peut accéder aux richesses du ciel sans être disposé à leur sacrifier les biens de la terre. Qu’est-ce à dire ? Vous le savez : pour accueillir le Royaume, il n’est pas toujours nécessaire de se défaire de tous ses biens terrestres. Il s’agit en revanche toujours de donner la primauté absolue, sans exception, à ce Royaume dans notre vie. Aimer Dieu par-dessus tout, et nous aimer nous-mêmes et les autres pour l’amour de Dieu, est une condition nécessaire pour mériter d’entrer dans son Royaume. C’est ainsi que nous pouvons comprendre, dans ces deux paraboles, le délai entre le moment de la découverte et le moment de l’acquisition. Déjà nous avons identifié notre trésor, notre perle précieuse : c’est le Christ. Mais nous n’aurons pas trop de tout le reste de notre vie pour détacher notre cœur des biens terrestres afin d’entrer en possession de l’héritage promis.

Peut-être avez-vous relevé une différence importante entre ces deux paraboles. Dans celle du trésor, l’achat du champ est une bonne affaire, puisque le prix donné, même s’il s’agit de tous les biens de l’acheteur, est en principe inférieur à la valeur du trésor qu’il acquiert ainsi légitimement. Cela illustre bien le fait que, si grande soit la valeur de ce que nous donnons à Dieu, et jusqu’à notre propre vie, ce qu’il nous promet en retour, c’est-à-dire lui-même, est d’une valeur infiniment plus élevée.
Pourtant, dans la parabole de la perle, cet élément n’apparaît pas. Pour un observateur extérieur, pour qui les perles n’ont d’intérêt que par leur valeur marchande, cette transaction n’a pas grand sens. Mais le Seigneur veut ici attirer notre attention sur autre chose, à savoir la recherche menée par le négociant en perles fines. Autant la découverte du trésor dans le champ était inattendue, autant celle de la perle est le résultat d’une quête, le couronnement d’un labeur de prospection ; pour cet homme, cette perle rare a plus de valeur que quoi que ce soit d’autre. « Recherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît », nous dit Jésus dans le Sermon sur la montagne (Mt 6, 33).

Il y a encore un élément dont je n’ai pas parlé : c’est la joie éprouvée par celui qui a découvert le trésor. Pourquoi cette joie ? Parce qu’il sait qu’il a découvert ce qui peut constituer la fin, le terme ultime de tous ses actes, ce qu’il désire de tout son être. Prions Dieu pour qu’il fortifie en nous ce désir de son Royaume ! Seigneur, que ton règne vienne !