Homélie du Fête de la conversion de saint Paul - 25 janvier 2018

La conversion de Paul

par

fr. Damien Duprat

Chers frères et sœurs, en considérant l’événement de la conversion de Saul, nous pourrions nous poser la question : pourquoi le Seigneur ne fait-il pas la même chose pour tout le monde ? Une révélation extraordinaire de lui-même, directement, qui suscite la foi en un instant, avec une efficacité redoutable…
Si Dieu faisait ainsi, apparemment il n’aurait plus besoin de nous pour annoncer l’Évangile ; et alors, les Dominicains par exemple seraient au chômage technique. Ce serait assurément un gros problème, et nous avons là peut-être un premier élément de réponse à la question. Mais je n’irai pas jusqu’à dire que c’est seulement pour occuper les frères prêcheurs que Dieu réserve à quelques privilégiés les apparitions surnaturelles. Il doit y avoir d’autres raisons, et même sans doute des raisons plus sérieuses.

Je crois que si Dieu n’a pas l’habitude de se révéler à chacun comme il l’a fait pour Saul, c’est notamment parce que, si je puis dire, cela ne marcherait pas ; autrement dit, ce n’est pas parce que quelqu’un bénéficie d’une manifestation extraordinaire du Christ, ou d’un ange, ou de la Sainte Vierge, ou d’un autre saint, que cette personne devient automatiquement fidèle au Christ alors qu’elle ne l’était pas auparavant.

L’événement que nous fêtons aujourd’hui n’est pas un commencement absolu dans l’histoire de Saul, dans sa relation avec Dieu. Saul est déjà un homme de foi et de prière, un pharisien fervent, assoiffé de vérité, formé à l’école de Gamaliel, qui était un docteur respecté ; plus encore, cela fait longtemps que Saul fréquente le Christ lui-même, mais sans le savoir, dans la personne des chrétiens qu’il persécute. Il fait preuve d’un zèle sincère pour Dieu et pour la Loi révélée au peuple juif, et il est scandalisé par ses frères de race qui se mettent à proclamer un Messie crucifié ; pour lui, c’est impensable, incompatible avec la foi d’Israël, ce qui veut dire que ses frères sont en train d’apostasier leur foi ; c’est pour cela qu’il les persécute.

Donc, sur la route de Damas, l’homme à qui le Christ se manifeste n’est pas quelqu’un qui a tout à apprendre des choses du vrai Dieu, ni même tout à découvrir du Christ ; Saul a entendu ce que les fidèles de Jésus disent de leur Maître ; rappelons-nous qu’il était présent au moment où Étienne a rendu au Christ le témoignage du sang ; auparavant, Saul a même probablement eu l’occasion de voir et d’entendre Jésus durant sa vie publique, à Jérusalem ou ailleurs.

L’itinéraire de foi que Saul a suivi depuis son enfance, les enseignements qu’il a reçus, le témoignage des chrétiens qu’il a persécutés, tout cela l’a préparé à sa rencontre éblouissante avec le Christ ; il lui restait encore à comprendre ceci : ce Jésus qu’il croyait mort est bel et bien vivant, vivant dans la personne de ses fidèles qu’il persécutait, et ce Jésus est assez puissant pour lui apparaître brusquement, le jeter à terre, l’aveugler par sa lumière, et s’adresser à lui avec force. Saul comprend enfin que la foi en Jésus-Christ n’est pas la ruine de la foi d’Israël, mais au contraire son accomplissement. Sans la préparation dont il avait bénéficié par l’intermédiaire d’autres personnes, il n’aurait probablement pas pu donner aussi facilement au Seigneur Jésus l’adhésion de sa foi.

Ajoutons que la formation religieuse de Paul ne s’est pas achevée avec cette apparition ; le Seigneur a encore envoyé auprès de lui la communauté chrétienne de Damas, en particulier Ananie, pour qu’il retrouve la vue et qu’il reçoive le baptême ; et plus tard, Paul a encore eu besoin de se rendre à Jérusalem pour entendre notamment le témoignage de Pierre qui avait vu, entendu et touché le Christ.

Enfin nous pouvons remarquer que la conversion de Paul va de pair avec son envoi en mission par Dieu lui-même, mission que Paul accepte sans hésiter et qu’il accomplira avec le zèle qu’on lui connaît. S’il y a quelqu’un qui ne veut pas se décharger sur Dieu du labeur apostolique en lui réclamant des apparitions pour tous, c’est bien saint Paul !

Ces quelques mots ne prétendent pas, bien sûr, épuiser le sujet. Même si nous pouvons saisir peu à peu, à force de prière et de méditation, les raisons des chemins de Dieu, ceux-ci resteront toujours au-dessus de nos chemins. En ce jour, il convient surtout de remercier Dieu parce qu’il a fait de Paul l’apôtre des nations, et parce qu’il veut encore donner sa grâce à chacun personnellement.