Homélie du (15 avril 2017)

Crépuscules du soir et du matin

par

Quand les saintes femmes sont-elles venues au tombeau ? Littéralement l’évangéliste dit  : « Aux heures tardives des sabbats » ; mais il ajoute  : « Au surgissement des lueurs inaugurant le premier des sabbats [nouveaux] »… Tout cela reste mystérieux ! Est-ce au crépuscule après le coucher du soleil ou à l’aube ? Peut-être, d’un côté, saint Matthieu fait allusion aux sabbats anciens, comme absorbés dans les ténèbres qui ont arrêté et enseveli Jésus… et, d’un autre côté, il indique le jour nouveau qui se lève en tête de nouveaux septénaires  : « Au surgissement des lueurs inaugurant le premier jour des sabbats ».

C’est donc à la jonction du monde ancien et de l’aube nouvelle, à la limite entre désespoir et Espérance, comme au-dessus de l’abîme, là où « mort et vie luttent un duel admirable » (Victimae paschali laudes)… c’est en cet instant suspendu et crépusculaire du soir ou du matin que Marie-Madeleine et l’autre Marie viennent au tombeau.

L’attente du renouvellement des sabbats aura paru longue à ces femmes ardentes et assidues. Pour elles comme pour nous, la nuit est longue, l’attente inquiète, et il n’en faut rien ôter… Pour nos néophytes, pousses saintes et nouvelles au jardin du Christ, il ne faut pas regarder l’heure, mais l’œuvre du Christ ressuscitant pour de nouveaux septénaires. La floraison du printemps… le feu jailli  : l’Époux qui vient et qui renouvelle l’huile de nos lampes.

« Comment un homme, étant âgé, peut-il naître d’en-haut ? » (Jn 3, 4) demandait Nicodème…

Le mystère ne doit pas être percé. Il doit être scruté, contemplé, accueilli.
En cette sainte veillée, nous avons scruté, contemplé, accueilli. Nous avons fait mémoire de la bonté de la Création (Genèse), des promesses accordées à Abraham d’une filiation, de la libération de l’esclavage des Hébreux (Exode), du descendant messie, fils de David (Isaïe), de la résurrection de l’armée du Seigneur (Ézéchiel). Jésus a-t-il accompli toutes ces annonces ? Est-il la bonté de la création ? Oui. Le fils unique d’un Père qui ne nous le refuse pas ? Oui. Le guide qui nous ouvre la Terre promise, le Ciel promis ? Oui. Le Fils de David ? Oui. La Résurrection des morts… ?
La résurrection n’a eu aucun témoin. Les saintes femmes n’y assistèrent pas. Le séisme, l’éclair et l’éclat fulgurant de l’ange ne sont pas le cataclysme libérant Jésus — Jésus franchit seul les murailles, s’évade seul du tombeau, libère seul Adam du shéol ! Ces cosmogonies du crépuscule ne sont utiles qu’à notre foi. La catalepsie des gardes et la révolution de la pierre sépulcrale libèrent les deux Marie de leurs peurs et de leur désespoir  : « Pour vous, ne craignez pas  : je sais bien que vous cherchez Jésus, qui fut mis en croix. Il n’est pas ici, car il s’est réveillé, comme il avait dit. Venez, et voyez le lieu où il avait reposé. »

Le lieu est vide. Il faut repartir. Faire mémoire. Relire. Scruter, contempler. Jésus est ailleurs  : « Il vous précède en Galilée ! » « Avec crainte et grande joie, elles courent »
« Et voici, Jésus les rencontre »  : il leur dit « Réjouissez-vous »… À peine le temps pour elles de saisir ses pieds, et déjà à nouveau elles sont envoyées annoncer aux disciples le rendez-vous de Galilée.
L’Évangile n’en dit pas plus. L’ordre nouveau est lancé. Le premier jour des septénaires, des sabbats, nouveaux est inauguré. De jour nouveau en jour nouveau, de jour du Seigneur en jour du Seigneur, de dimanche en dimanche, de visite au tombeau en visite au tombeau, la Résurrection de Jésus est annoncée. Elle réalise notre résurrection. Baptême, confirmation, eucharistie, mariage, ordre, pardon et onction nous font et feront naître d’en-haut toujours. L’ordre ancien a disparu ; un jour nouveau est apparu ; le Christ est ressuscité des morts.

« Si quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle  : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là » (2 Co 5, 17).

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