Homélie du Fête de l'Assomption - 15 août 2004

De la Pâque de Marie à la nôtre, un jour avec tous nos frères

par

fr. Bernard Autran

Il y a quelques mois nous avons fêté la Pâque de Jésus. Celle de Marie que nous célébrons aujourd’hui en est la conséquence. La voilà parvenue au but: par l’intermédiaire de l’Ange, elle s’était déclarée « Servante du Seigneur« . Sur cette parole elle avait engagé toute sa vie, avait servi Son Fils, communié à toute son œuvre. Elle s’était unie à Lui lorsqu’Il S’était donné jusqu’à la Croix, puis elle avait accompagné l’Église naissante. Maintenant elle cueille le fruit de sa réponse à l’Amour du Seigneur: Il l’a faite passer toute entière dans Son Royaume, corps et âme transfigurés, illuminée de l’immense Lumière de Son Visage.

La liturgie nous a fait relire son chant d’exultation: au tout début de sa carrière, riche du Don si précieux que Le Seigneur lui avait confié en Son Fils devenu son Enfant, elle était venue en apporter la Nouvelle à sa cousine Élisabeth. Celle-ci l’avait proclamée bienheureuse d’avoir cru en ce qui lui avait été annoncé. En réponse, elle ne revendique rien pour elle, mais rend grâces pour la Miséricorde qu’Il a exercée: Il s’est penché sur elle, son humble servante, a commencé à faire en elle des merveilles. Son Amour va s’étendre sur des multitudes, Il va faire régner la Justice, relèvera Son Peuple Israël!

La lecture de l’Apocalypse nous a rappelé que si dès le début cette œuvre est joie, si elle doit s’épanouir en un bonheur sans bornes, elle va consister en une immense lutte: Ce projet de rassembler, souder dans la chaleur d’un Feu d’Amour, va se heurter à la férocité de l’égoïsme qui sépare, fait souffrir, traite les frères en ennemis! La Femme dont il est question est l’Église, et aussi Marie qui en est le premier membre. L’Enfant est Jésus, et, avec Lui, toute son œuvre. Le Dragon représente, dans toute son horreur, le péché et son cortège de haines, de larmes et de sang! Dans l’Évangile du 20° dimanche, Jésus annonçait le douloureux Baptême où Il devait être plongé: L’Amour ne triompherait qu’au prix de son combat que Marie et les siens auront à mener à sa suite, mais avec Ses Armes à Lui, non sans l’avoir prouvé en acceptant de traverser de grandes souffrances!

À la Présentation au Temple, il avait été dit que Son Fils serait objet de contradiction. Elle, une épée lui percerait le cœur! Bientôt; il faudrait fuir en Égypte. Plus tard, Il serait affronté aux autorités juives, jusqu’à l’atroce humiliation de la Croix! Mais le récit affirme que le « dragon » a été impuissant. L’Enfant, il n’a pas réussi à le dévorer. Il avait été dit dans la Genèse que la Femme lui écraserait la tête tandis qu’il la mordrait au talon: sa férocité n’a abouti qu’à faire vivre à Marie avec son Fils, puis à beaucoup, un Amour bien plus grand que la méchanceté des hommes pécheurs. Avec la Pâque de Jésus et l’Assomption de Sa Mère, le résultat de cet immense Amour a commencé à poindre, s’ouvre ce qu’annonçait cette voix puissante entendue dans le ciel: «Voici maintenant le Salut, la Puissance et la Royauté de notre Dieu, et le Pouvoir de Son Christ!»

Le texte nous a évoqué l’Arche d’Alliance du Seigneur. Au début, ce coffre contenait les tables de la Loi, règle fondamentale de l’Alliance qu’Il offrait. Il était le symbole de Sa Présence par Sa Parole au milieu de Son Peuple. Disparu à la destruction du premier Temple, à la reconstruction, on l’avait remplacé par un coffre vide. N’était-ce pas le signe que ce nouveau Temple n’était que provisoire? N’annonçait-il pas le vrai, le Corps du Christ en qui habiterait toute la plénitude de la divinité? La nouvelle Arche de l’Alliance est désormais Son Corps ressuscité dont Marie, à ses côtés, partage la Splendeur. Mais l’ambition du Seigneur est que ce Temple où Dieu habite soit Son Corps avec ses membres, c’est à dire l’humanité sauvée toute entière. C’est ce qu’affirme Paul: dans le Christ revivront à sa suite tous ceux qui seront à Lui quand Il reviendra. Alors Il remettra son Pouvoir royal à Dieu après S’être tout soumis. Mais remarquons bien: soumis ils ne l’auront pas été par contrainte! Mais saisis par Son Amour, malgré leurs faiblesses et leurs fautes ils Lui en auront fait retour par le don d’eux-mêmes dans leur vie. Maintenant, ils vont faire monter vers Lui leur action de grâces en un chant d’exultation. Et Lui joindra leur chant au Sien pour en faire hommage à l’Amour du Père qui fera leur bonheur, les illuminera de Son Visage rayonnant!

Cela, Marie en goûte les prémices. Avec elle les saints exultent autour du Christ. Tous, en prévision du Grand Jour, exaltent Le Seigneur qui a fait pour eux les merveilles dont, dans Son Amour, Il projetait de les combler! Quant à nous, leur présent est le futur qui nous est promis. Son Amour ne nous enveloppe pas moins qu’eux! Faisons Foi à Sa Parole: comprenons-le, les orgueilleux sont dans un impasse, leurs rêves s’évanouiront. Mais ceux qui reconnaissent tout recevoir et en rendent grâces sont déjà Ses Enfants. Avec l’aide de Marie, essayons d’accueillir nos frères et de faire rejaillir sur eux ce que nous recevons. Alors, levons les yeux vers elle et ceux qui ont la joie de l’entourer. Ce qu’ils chantent dans la joie du Don de Dieu accompli dans la Lumière, sachons le chanter dans le clair-obscur de la Foi: sur nous aussi, ses humbles serviteurs Le Seigneur S’est penché. Malgré les épreuves, les difficultés de nos vies, vivons dans la confiance la joie de l’Espérance! Pour nous, aussi, dans la Puissance de Son Amour, Il commence à accomplir Ses Merveilles!