Homélie du 22e Dimanche du T.O. - 2 septembre 2018

Des mains au cœur… puis aux pieds!

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Qui montera sur la montagne du Seigneur ? Qui se tiendra en son lieu saint ? Et le psalmiste répond : L’homme aux mains innocentes et au cœur pur ! (Ps 24, 3-4). Il est là l’enjeu de la controverse entre Jésus et les pharisiens. Il s’agit de pouvoir entrer en relation avec Dieu, de se tenir avec lui. Et si nous sommes honnêtes, nous savons bien que ce que dit Jésus est vrai, à savoir que c’est de notre cœur, que sortent tout ce mal qui nous dégrade, nous et les autres (cf. Mc 7, 20-23). Alors, est-il seulement possible de garder son cœur plus que tout autre chose ? (Pr 4, 23). Oui, si nous suivons la pédagogie de Dieu.

Après le péché originel, le mal était entré dans le cœur de l’homme. Dieu a choisi gratuitement Abraham et sa descendance. Tombé sous l’esclavage de Pharaon, le Seigneur a délivré Israël et lui a donné la Loi et les 10 commandements. Ils regardaient Dieu et le prochain comme chemin vers le Royaume, ils étaient la sagesse et l’intelligence du peuple élu au milieu des nations (cf. Dt 4, 6). Ils devaient permettre de rester dans cette élection gratuite de Dieu. Alors sont venus les rites qui permettent de fixer notre cœur tout autant que de l’exprimer. Ainsi, le psalmiste pleure son péché en suppliant Dieu, de créer en lui un cœur pur, de restaurer en lui un esprit ferme (Ps 50, 10). Dans le même temps, il se revêt de cendres et jeûne. Au cours de la messe, nous avons 9 rites de purification, parfois accompagnés de gestes… Ces rites, les accomplissons-nous en vérité ou machinalement, voire sans y mettre notre cœur ? En ce cas, puissent les violentes paroles du Christ sur l’hypocrisie nous réveiller !

Ne vous contentez pas d’écouter la Parole, ce serait vous faire illusion ! rappelait saint Jacques (cf. Jc 4, 22-24), tout comme Dieu qui disait : Voilà le jeûne qui me plait : défaire les chaines injustes, délier les liens du joug, renvoyer libre les opprimés, rompre ton pain pour l’affamé, héberger chez toi le pauvre sans abri, vêtir l’homme nu… (cf. Is 58, 6-7). Pensons-y au moment où le pape nous demande de faire pénitence, de pratiquer le jeûne en réponse aux crimes commis par des membres de l’Église. Toute l’Église est touchée, moi comme vous, dans cette mystérieuse loi de solidarité qui existe aussi bien dans la sainteté que dans le péché : l’Église renferme des pécheurs dans son propre sein, elle est donc à la fois sainte et toujours appelée à se purifier, poursuivant constamment son effort de pénitence et de renouvellement (cf. Lumen Gentium 8). Alors, que ce jeûne pénitentiel et de purification existe – Mgr Le Gall nous invite à le pratiquer le 14 septembre – et qu’il induise de nouveaux comportements. Sachons mourir au mal pour ressusciter !

Mais il faut aller plus loin. La Loi et les rites, si nécessaires, n’ont pas la force de purifier et renouveler le cœur. Est-ce à dire que nul homme ne pourra jamais voir la face de Dieu (cf. Ex 33, 20-23). Job s’interrogeait : L’homme sera-t-il pur en face de son Créateur ? (Jb 4, 17). Heureusement, il y cette promesse du Seigneur  : Je vous donnerai un cœur nouveau ; Je mettrai mon Esprit en vous et je ferai que vous suiviez mes ordonnances (Ez 36, 26-27). Le Père des lumières de qui vient tout don parfait (cf. Jc 1, 17) a alors envoyé son Fils, Jésus. Il était la lumière qui vient dans le monde (Jn 1, 9), il est venu faire la lumière, la vérité (cf. Jn 8, 12-59). Mais en lui, Dieu s’est abaissé (cf. Ph 2). Lui, le Maître, a lavé les pieds de ses disciples (cf. Jn 13), il a pris sur lui notre péché, il est mort sur la croix (cf. 2 Co 5, 21) et il est ressuscité pour nous rendre participants de sa nature divine (cf. 2 P 1, 4). C’est ainsi qu’il s’est révélé dans sa divinité. Il continue de venir, en particulier à travers les sacrements, dans notre cœur pour en illuminer les profondeurs, en démasquer les ruses et y porter la vie, sa vie. Il vient en nous comme une présence vivifiante, une source permanente afin qu’avec les saints nous puissions dire : Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2, 20).

Mais pour que cela soit, nous devons choisir non seulement la Loi et ses rites mais aussi entrer dans les dispositions du Christ (cf. Ph 2, 5). Si nous voulons monter vers Dieu, nous devons accompagner Jésus dans son abaissement. Cela veut dire servir humblement, s’abaisser par amour. Seul cet amour qui est Dieu a la puissance de purifier notre cœur et de nous rendre capable de percevoir Dieu et de le voir, contrairement aux scribes et pharisiens de l’Évangile. L’amour est le feu qui purifie, unifie notre personne et restaure l’unité, la communion entre nous et avec Dieu. Aujourd’hui, écoutons la voix du Seigneur et purifions notre cœur et nos mains en aimant dans une communion de service et d’obéissance avec Jésus. Avec Lui, par Lui et en Lui, purifions nos mains et nos cœurs pour ensuite laver et soigner les pieds de nos frères et sœurs. Alors nous entrerons dans le Sanctuaire de Dieu pour vivre de la béatitude : Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ! (Mt 5, 8) — cf. J. Ratzinger – Benoît XVI, Jésus de Nazareth, p. 117).