Homélie du - 24 décembre 2017

Deux annonciations?

par

fr. François Le Hégaret

Il en avait passé du temps, Zacharie, le futur père de Jean-Baptiste, à lire l’Écriture sainte. Il a écouté de nombreux commentaires de la part des rabbins, des autres prêtres de Jérusalem. Il a de nombreuses fois proclamé les textes selon les fêtes liturgiques, donné son éclairage sur tel ou tel passage plus obscur de la Torah. Et quand il fut dans le Temple pour le service de l’autel, alors qu’il priait pour Israël, pour que Dieu délivre Israël de ses adversaires, qu’il donne un messie à son peuple, l’ange Gabriel lui était apparu.

Dieu répondait à sa prière. Et lui dont toute la vie était tournée vers cet instant-là, qui a tant prié et attendu ce moment-là, n’a pas cru aux paroles qui venaient de lui être dites. « À quoi connaîtrai-je cela ? car moi je suis un vieillard et ma femme avancée en âge » (Lc 1, 18). Ce qui signifie en définitive : « Seigneur, trouve quelqu’un d’autre pour manifester ton salut à Israël. » Zacharie savait pourtant comment Dieu avait donné l’enfant de la promesse à Abraham et Sarah qui étaient eux aussi âgés. Il savait comment s’est passé l’annonce par l’ange de la naissance de Samson. Il ne pouvait ignorer comment Anne avait mis au monde le prophète Samuel. Car l’épreuve de la stérilité dans l’Écriture est souvent le signe choisi par Dieu pour manifester que c’est lui l’auteur de la vie et qu’il conduit toute chose. Aussi, toute la connaissance de l’Écriture qu’avait Zacharie ne lui avait pas été utile à ce moment capital. L’ange lui dit alors : « Tu n’as pas cru à mes paroles » (Lc 1, 20), et, par là, il lui signifie qu’il ne croit pas à l’ensemble de la Parole de Dieu.
Et pourtant la Parole de Dieu s’accomplit en son temps. Marie, jeune femme habitant Nazareth, connaissait elle aussi l’Écriture sainte. Comme jeune fille qui avait grandi à l’ombre du Temple de Jérusalem, elle l’a entendu proclamée, et même elle a sûrement lu la Bible. Dans sa mémoire étaient sûrement imprimés quelques grands textes qu’on retrouvait dans la liturgie juive, quelques grandes histoires et prophéties reprises régulièrement dans l’enseignement donné au peuple d’Israël (comme 1 S 7 et le Ps 88). Si elle ne connaissait pas les différentes interprétations rabbiniques, son cœur était habité par cette confiance dans les promesses faites par Dieu à Israël. C’est à cette jeune fille que l’archange Gabriel est envoyé. Aussi, quand l’ange lui dit qu’elle allait être la mère du Sauveur, elle ne peut s’empêcher d’interroger son messager : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? » Y a-t-il un moment où, dans l’Ancien Testament, Dieu a envoyé son ange pour annoncer une naissance à une jeune femme ? Dieu va-t-il donc réaliser quelque chose de différent de ce qu’il a déjà manifesté à Israël ? Dieu va-t-il faire des choses nouvelles ? Alors l’ange continue, en proclamant que cet enfant qui doit naître n’est pas simplement un prophète, et même un grand prophète à la manière de Moïse, mais qu’il sera Fils de Dieu par excellence, et sur Marie va reposer la nuée de Dieu, de la même manière que cette nuée reposait sur l’arche de Dieu dans le Temple. La connaissance que Marie avait de la Parole de Dieu, la connaissance qu’elle avait des promesses faites par Dieu à Israël, a été pour elle le moteur de sa foi. En disant : « Qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38), elle reconnaît la conformité profonde entre ce qui lui est demandé et l’ensemble des promesses de Dieu telles qu’elles sont transmises dans l’Écriture.

Quand Marie arrivera quelques jours après chez Élisabeth, la mère de Jean-Baptiste dira à Marie : « Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » (Lc 1, 45). En cela, même la femme de Zacharie a reconnu la différence profonde qu’il y a entre son époux et sa jeune cousine. Marie pourra alors immédiatement rendre grâce au Seigneur, c’est le Magnificat, en reprenant des paroles toutes imprégnées des promesses que Dieu avait faites à son peuple. Il faudra la naissance de Jean pour que Zacharie à son tour puisse reconnaître la véracité de la Parole de Dieu.

Alors que nous allons fêter la naissance du Sauveur, laissons-nous transformer par la Parole de Dieu, laissons-nous transformer par la foi. Ne nous contentons pas d’une connaissance superficielle ou trop distante de la Parole, mais acceptons d’entrer dans le projet de Dieu. Ne limitons pas sa portée par un raisonnement strictement humain, mais trouvons-y un enseignement pour savoir comment Dieu agit dans notre vie. Par son oui, Marie est devenue le modèle de la foi, et c’est cette foi qui a rendu la Parole de Dieu active dans sa vie. « Que [cette] Parole du Christ réside en vous en abondance » (Col 3, 16), comme elle a habité dans le sein de Marie, car « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37).

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