Homélie du (4 septembre 2016)

Djihad, laïcité et vie chrétienne

par

fr. Jean-Michel Maldamé

En ces jours de rentrée, Jésus nous invite à réfléchir comme le bon architecte ou le chef d’État avant de commencer travaux et combats. Cela me semble nécessaire aujourd’hui, car l’heure est grave. Nos gouvernants disent que nous sommes en guerre. Quelle guerre? Les politiques et les médias disent habituellement que nous sommes en guerre contre le terrorisme. Certes ! Ce sont des actes de terrorisme qui justifient l’état d’urgence.
Cette manière de dire est insuffisante.

En effet, le terme de terrorisme désigne une manière de faire la guerre, efficace quand il y a entre les adversaires une disproportion entre les armes et leurs possibilités d’action. Mais à dire le moyen, on ne dit pas de quelle guerre il s’agit. Un certain nombre d’analystes politiques rompent avec cette esquive et disent qu’il s’agit d’une guerre de civilisation. Il n’est pas question ici d’entrer dans l’analyse exhaustive de cette situation, mais on ne peut pas éviter de reconnaître que la religion y joue un rôle déterminant – cela nous concerne.

Sur ce point, je constate que la plupart de nos responsables éludent la difficulté quand ils disent que les religions sont sources de paix et que la guerre est le fait de quelques déséquilibrés ou dévoyés. Non ! Osons reconnaître que les religions sont source de guerre. Pour le voir, il suffit d’ouvrir une Bible : la Loi, les Prophètes et les psaumes sont emplis d’appel à la guerre, à la haine et au meurtre (cf. Ps 137, 9 ; 58, 11 ; 68, 24). Osons regarder la réalité en face ; une religion est une réalité humaine ; si elle est source du meilleur, elle l’est aussi du pire. Aussi, selon la parole de Jésus, prenons le temps de réfléchir en sachant que le mal à combattre est en nous. Ce n’est pas facile, ce pourquoi Jésus est si radical quand il invite à trancher nos liens fusionnels d’appartenance à notre clan, caste ou classe.

Le combat où nous sommes ne se réduit pas à la séculaire confrontation entre islam et christianisme, car une troisième religion agit, la religion séculière qui se présente sous la bannière du concept flou de laïcité. Cette religion, que certains appellent «néo-paganisme», s’appuie sur une morale de jouissance et de profit accordée au refus de Dieu, voire à la haine du Christ. Telle est notre situation  de chrétiens dans le combat présent. Tel est l’enjeu de l’année qui commence: vivre dans le Souffle de Dieu, l’Esprit-Saint, le Paraclet, le Consolateur, le Défenseur. Lui et lui seul nous permettra de rompre avec la peur.

Il nous donnera de mettre en œuvre la logique de l’amour, un amour inconditionnel dans sa relation à autrui, intransigeant contre le mal qui défigure l’humanité, en soi, chez soi et dans notre monde – ce que nous rappelle l’abrupt de la parole de Jésus entendue ce jour. Vivre dans le Souffle de la vie donnée par l’Esprit, lui qui sanctifie tout, lui qui est source des sacrements, lumière pour notre lecture des évangiles.

Dans cet Esprit, nous irons à la rencontre de nos frères et nos sœurs dans la foi pour nous fortifier par la prière et l’étude. Par lui en effet et par lui seul, l’humanité devient un peuple de frères et de sœurs qui vivent de sa lumière. Cet Esprit nous donne l’assurance et l’audace d’aller à la rencontre de ceux qui ne partagent pas notre foi et être avec eux dans la vérité. L’Esprit, le Paraclet, nous conduit au Père par le même chemin que Jésus. C’est donc dans l’humilité, dans la précarité des jours, que nous avançons en portant notre croix, en communion avec celui qui, par sa croix, est entré dans la plénitude de Dieu.

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