Homélie du Solennité du Corps et du Sang du Christ - 2 juin 2013

Donnez-leur vous-même à manger.

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C’était à Port-au-Prince. Une mère venait de recevoir une ration de riz. Trop peu d’ailleurs pour sa famille. Mais son premier geste fut de partager avec sa voisine. Mais que va-t-il vous rester? Eux aussi n’ont rien fut sa réponse. Donnez-leur vous-même à manger. «Imaginons que ceux qui vont mourir de faim aujourd’hui soient ici avec nous ce matin. Essayons de les entendre nous implorer, avec leurs mains tendues: Donnez-nous du pain, car nous mourons de faim! Et si, à la fin de notre Eucharistie, il nous fallait nous frayer un chemin à travers cette masse de corps moribonds, comment pourrions-nous prétendre que notre Eucharistie est le Pain de vie?» (Pedro Arrupe, Congrès eucharistique de Philadelphie, 1968). Donnez-leur vous mêmes à manger nous dit Jésus. Cela vaut pour tous ceux qui ont aussi faim de justice, de vérité, de dignité, de pardon ou d’amour. Souvenez-vous: Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur… Garde ta langue du mal… Pardonnez comme Dieu vous a pardonnés… Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés… Oui, frères et sœurs, nous avons du mal à laisser la Parole de Dieu prendre chair en nous. Nous ne lui donnons pas la vie. Pourtant, Dieu voulait nous nourrir de sa Parole, que celle-ci soit l’âme de notre vie, le principe de nos actions.

Et le Verbe s’est fait chair, Il nous a révélé ce qu’était une vie ayant pour principe la Parole de Dieu. Pour que nous puissions vivre en enfants de Dieu, il nous a donné l’Eucharistie: Ceci est mon corps. Ceci est mon sang. Sous l’apparence du pain et du vin, Il est réellement présent. En toute sa personne. Il continue: Mangez et buvez. Il nous donne à manger, Il se donne à manger, pour nous nourrir. Mais c’est là que s’arrête la comparaison. Mange-moi, nous dit-il, mais tu ne me changeras pas en toi, comme l’aliment de ta chair, c’est toi qui seras changé en moi (cf. S. Augustin). Reçois cette hostie consacrée, bois à cette coupe, alimentes-toi de ma propre vie, de cette vie que je reçois du Père. Alors, le Père, toi et Moi, nous ne serons qu’une seule et même vie. Si nous le recevons avec le désir qu’Il vive pleinement en nous, alors nous devenons ce que nous recevons, nous devenons le Christ Lui-même (cf. S. Augustin)!

Il vient vivre en nous et réclame – écoutez-le! – de vivre l’évangile. Jésus se donne sous le signe du pain partagé pour nous transformer en êtres de partage, pour nous transformer en pain partagé. Il veut vivre par nous, avec nous et en nous. Communier c’est vouloir que Dieu soit tout en nous et tout en tous! Oui, nourris du pain vivant venu du Ciel, porteur du Christ et de sa vie, nous ne pouvons être rassasiés aussi longtemps que des hommes sont affamés: de pain, de justice, de vérité et d’amour. L’eucharistie nous nourrit mais elle creuse en nous la faim d’être plus proche de Dieu et des autres. Ne sont-ils pas nos frères, membres du corps du Christ? Alors, quand vous communiez, vous recevez le feu, vous devriez sortir de là remplis d’allégresse et de force pour transformer le monde (Jean Chrysostome). Mais voilà, c’est si rapide de communier. Un instant et l’on passe à autre chose! Comment faire pour ne pas passer à côté?

Quand vous allez à la messe, la veille au soir, lisez la Parole de Dieu. Trouvez-y un appel. En communiant, demandez au Christ de le vivre en vous et par vous. Dans la semaine, efforcez-vous de l’accomplir et, lorsque c’est possible, adorez le Seigneur. Il est là présent. Remettez-Lui votre vie. Priez-le de vous apprendre à vivre de la Parole, à vivre en enfants de Dieu: Seigneur, je reconnais que tu es là. Prends possession de mon cœur, demeure en moi. Transforme-moi à ton image et ressemblance. Rends mon cœur semblable au tien. Fais moi vivre de Ta Parole. Par l’adoration, se creuse en nous une nouvelle faim, celle de vivre de la Parole. Celle de vivre en communion parfaite avec Jésus. Celle de devenir d’authentiques témoins, prêts à lutter contre le mal par la seule arme de l’Amour. L’adoration nous prépare à communier avec plus de conscience et elle prolonge en nous la communion. En nous se creuse le désir de devenir des personnes eucharistiques.

Mère Teresa était une personne eucharistique. Elle allait voir à Melbourne un vieillard dont personne ne semblait connaître l’existence. Il vivait dans le noir alors qu’il possédait une très belle lampe. «Pourquoi n’allumez vous pas cette lampe? Il répondit: Pour qui? Personne ne vient jamais me voir. Je n’en ai pas besoin. Je lui demandai: Allumerez-vous la lampe si une sœur vient vous voir? Il répondit: Oui, si j’entends une voix humaine, je l’allumerai. Dernièrement, il m’a envoyé un mot: Dites à mon amie que la lumière qu’elle a allumée dans ma vie brille toujours». (in La joie du don).

A vous de jouer! Soyons des personnes eucharistiques! Que l’Eucharistie nous fasse vivre la Parole de vie! Devenons ce que nous recevons, le Verbe de Dieu qui s’est fait chair. Alors nous serons l’âme du monde (cf. A Diognète)!