Homélie du 2e Dimanche de l'Avent - 9 décembre 2018

Un choc salutaire

par

fr. Timothée Lagabrielle

Il est assez bien visible dans des lieux publics. Il apparaît quand la situation semble bloquée. Certains diraient qu’il produit un choc salutaire, mais il est plus juste de dire qu’il prépare au salut, ou que son action est une première étape du salut. En tout cas, c’est une action vigoureuse et quand la vie semble s’en aller, il vient remettre les choses en place et donner un nouvel élan. On a besoin de lui, il doit rester à portée des gens. Qui est-il ? Vous l’avez peut-être reconnu, avec sa livrée verte et sa lumière qui clignote : c’est le défibrillateur qui peuple maintenant les lieux publics. Ou bien c’est saint Jean Baptiste puisque cette description lui va bien aussi. Après tout, Jean Baptiste lui-même se décrit en employant des images (la voix, la lampe), pourquoi ne pas en trouver de nouvelles ?

Dans un monde en attente, et comme bloqué, à une époque où les prophètes se sont tus, où il n’y a plus de roi pour le peuple d’Israël sous occupation romaine, la venue de Jean Baptiste provoque un choc sur des cœurs en pleine léthargie, ou trop vieux et dépassés par la situation. Jean Baptiste provoque l’électrochoc nécessaire.

Ce n’est pas lui qui apporte le Salut, mais ce choc permet au vieux monde d’accueillir le secours du Sauveur qui vient ; un peu comme ce choc électrique donné au cœur va permettre ensuite aux secours de pouvoir sauver celui dont le cœur s’est arrêté. Jean Baptiste lui-même ne cesse pas de dire qu’il n’est que la voix venant devant la Parole, la lampe qui précède le jour, celui qui appelle à préparer, celui qui dispose par la conversion, celui qui précède pour que la vie soit assez en ordre pour recevoir le Sauveur.

Quand la vie semble s’en aller, c’est une action forte qui va donner un nouvel élan. Et justement, la parole de Jean Baptiste est forte, elle peut même paraître dure — dans le passage qui suit immédiatement l’évangile que nous avons entendu, il s’adresse aux foules en leur disant : « Engeance de vipères, qui vous a suggéré d’échapper à la Colère prochaine ? » —, mais c’est surtout son appel à la conversion qui est fort. Et cette parole est accompagnée de son exemple qui est aussi marquant : il va au désert, il a une vie austère, il se consacre à sa tâche entièrement. En le voyant, on se demande ce qui le pousse à une telle intensité d’action, et on se prend à l’écouter pour qu’il nous parle de Celui qui va venir. Et on l’écoute jusqu’à ce que cela nous pousse à demander : « Que devons-nous faire ? »

Chers amis, voilà ce que saint Jean Baptiste a produit sur cette terre de Palestine il y a 2000 ans. Et saint Luc aime bien nous donner les circonstances pour que l’on sache que c’est de l’histoire réelle, que l’Histoire sainte des relations entre Dieu et son peuple est faite d’événements historiques. Ce n’est pas seulement un conte, une parabole. Ça s’est passé jadis, en vrai. Mais ce n’est pas que du passé. C’est aussi ce qu’il veut nous faire vivre à chacun de nous, ce qu’il veut faire vivre à chaque époque. C’est l’image de l’Histoire sainte de chacun : nous aussi nous avons besoin de saints tels que Jean Baptiste qui, par leurs paroles fortes et leurs actes forts, nous sortent de notre léthargie, qui provoquent un électrochoc.

C’est ainsi ce que peut produire l’exemple des martyrs béatifiés hier à Oran : 19 religieux catholiques, dont notre frère Pierre Claverie, qui était évêque d’Oran et que plusieurs ici ont bien connu, et les moines de Tibhirine assassinés dans les années 1990 pendant la guerre civile algérienne. Ils auraient pu partir, se mettre en sécurité, mais ils ont voulu rester auprès de ceux à qui ils étaient envoyés — voici des actes forts —, et ils ont dit pourquoi ils le faisaient — voilà des paroles fortes. Ils étaient religieux, ils avaient déjà donné leur vie en faisant profession religieuse, et personne ne pouvait vraiment la leur prendre.

Nous avons besoin de ces électrochocs, au moins parfois, pour faire voler en éclat nos scléroses.

Et les hommes et les femmes qui nous entourent en ont aussi besoin. Le monde a besoin de nouveaux saint Jean Baptiste, de nouveau bienheureux Pierre Claverie qui posent des gestes forts, des actes pleins de Dieu et qui ont aussi des paroles fortes qui les accompagnent et les expliquent. Mais, comme le défibrillateur, ce n’est pas n’importe quel choc qui sera bon. Le but n’est pas de choquer pour choquer : cela pourrait ne faire que plus éparpiller les vies. Ce qui est nécessaire, c’est une action forte et des paroles fortes bien dirigées, au bon moment, qui remettent les vies en ordre. Cela nous demande de connaître les gens à qui nous nous adressons et de les aimer, de connaître Dieu dont nous annonçons la venue et de l’aimer. C’est cela être un prophète.

Le monde a besoin de prophètes, le monde a besoin que nous soyons ses prophètes.