Homélie du 23e DO - 7 septembre 2008

En souci d’autrui

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Quoi de plus humiliant que d’aller vers quelqu’un pour le saluer et de le voir vous tourner le dos? Quoi de plus triste que de voir quelqu’un se détourner de sa route pour éviter de vous adresser la parole? Cette souffrance souligne l’importance de la rencontre et elle rappelle la nécessité de se situer face à face pour être en communion. Tourner son visage vers autrui et le reconnaître c’est exercer sa responsabilité et exposer sa propre vulnérabilité. Pourtant, une telle attitude, si difficile soit-elle, est source de vie. Les couples, les enfants et leurs parents, les amis? grandissent quand leur partage rompt avec l’attitude de défense ou de mépris inscrite dans le geste de tourner le dos signifiant le refus de l’écoute et de la parole. Ceci concerne la communauté chrétienne pour laquelle Jésus édicte une loi rapportée dans la page d’Évangile lue ce dimanche (Mt 18, 15-20).

Jésus demande à ses disciples, donc aujourd’hui à chacun de nous: «Si ton frère a commis un péché… va le trouver seul à seul». Jésus demande d’aller vers celui qui est dans le mal pour lui parler et l’inviter à changer de manière de vivre et d’être. N’est-ce pas ce que nous faisons pour nos enfants, chose bien nécessaire dans toute éducation, tant les carences actuelles montrent comment l’absence de parole fait des «sauvageons»… Le terme de frère dit que la rencontre doit être faite de respect et de délicatesse de manière à ce que «amour et vérité s’unissent» – et pas à la manière des inquisiteurs de triste mémoire.

Il est clair qu’il s’agit d’une faute publique. Pour cette raison, en cas d’échec de cette rencontre seul à seul, Jésus demande que l’on fasse appel à d’autres. Nous le savons bien: devant les problèmes de nos enfants, petits ou grands, nous avons besoin du conseil de personnes compétentes en matière médicale, psychologique, sociale, spirituelle… Leur présence permet de délier des liens de l’aveuglement et de relier aux sources de vie.

Si cette démarche, toujours discrète, échoue, Jésus demande à ce que la communauté soit informée, car le mal est une source de corruption pour les autres. Si ceci ne suffit pas, alors le lien est rompu. Jésus dit que l’exclu doit être considéré «comme un païen et un publicain». Nous aurions bien tort d’entendre ceci comme une invitation au lynchage, car les termes employés par Jésus désignent l’objet de sa sollicitude.

 

Les récits des évangiles montrent que Jésus est allé au devant des publicains: il s’est invité chez Zachée, chez Lévi; il a reçu la pécheresse chez Simon le pharisien; il a loué la foi des étrangers ou païens comme le centurion ou la Cananéenne.

Plus encore que ces considérations, il nous faut nous souvenir que notre jugement se porte sur des apparences et que peut-être celui que nous jugeons coupable ne l’est pas vraiment. Dieu seul sonde les reins et les cœurs? et il est sûr que nous aurons bien des surprises en arrivant au Paradis.

L’essentiel est qu’advienne ce qui est dit par Jésus du but de la démarche: «Tu as gagné ton frère». Entendons bien le verbe «gagner». La démarche de mise en garde ou d’avertissement n’est pas enfermée dans les nécessités sociales, elle participe de la venue du Règne de Dieu dont l’horizon indépassable est exprimé dans les évangiles par le terme de fraternité. Le but est la vie éternelle. Aussi Jésus donne-t-il à tous les chrétiens le pouvoir de lier ou de délier. Délier, c’est à dire libérer et sauver en délivrant du mal. Lier, c’est à dire tisser des liens enracinés dans la charité qui est vie éternelle anticipée.

Notre quête de Dieu ne doit pas nous inviter à nous détourner de la situation de nos frères, car comme le dit Jésus «là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux» et donc se tourner vers ses frères, c’est se tourner vers lui.