Homélie du 5e DO - 7 février 2016

Être oui à Dieu

par

fr. Timothée Lagabrielle

Vous connaissez sans doute le jeu des sept différences où l’on présente deux dessins. L’un est la copie presque exacte de l’autre et il s’agit de retrouver les sept différences entre les deux. Plus largement, on peut s’amuser ainsi à comparer non seulement des dessins, mais aussi n’importe quelles choses qui se ressemblent pour trouver leurs différences, par exemple un train, un métro, un tramway, un funiculaire, etc. Mais l’intérêt de l’exercice est alors de trouver ce qui est semblable, la ressemblance, l’essence commune entre ces choses. Aujourd’hui, nous pouvons jouer à cela en comparant la première lecture et l’évangile.

Vous aviez remarqué que ces deux récits de vocations se ressemblent beaucoup. Il y a bien des différences au niveau des circonstances extérieures. L’époque n’est pas la même : Isaïe est 700 ans avant le Christ et Simon-Pierre est autour de l’an 30. L’un est dans le lieu très saint du Temple de Jérusalem, l’autre est au cœur de son travail quotidien le plus ordinaire, le plus profane. Mais le cœur de ces récits est le même et c’est cela qui est intéressant : il y a chaque fois une rencontre avec Dieu et un appel. Plus que cela, dans cette rencontre, l’un comme l’autre a fait l’expérience de la transcendance de Dieu, c’est-à-dire que, non seulement Dieu est différent de nous, mais qu’il est incomparable. Il n’y a pas de mesure entre Dieu et nous. Dieu est démesuré. Pour Isaïe, Dieu seul apparait avec tant de gloire. Pour Simon-Pierre, jamais personne n’a parlé comme cet homme, Jésus (Cf. Jn 7, 46). Personne n’agit comme lui.

Isaïe et Simon-Pierre se retrouvent devant le même constat : Dieu est parfait. Il peut tout. Il connaît tout, et – et c’est peut-être cela qui les marque le plus – Dieu a une volonté parfaitement droite. C’est-à-dire qu’il n’est pas pécheur, contrairement à Isaïe et à Simon-Pierre. Et ce qui leur fait peur, c’est qu’ils savent que Dieu ne supporte pas la compromission avec le mal justement parce qu’il n’est pas pécheur.

En effet, avoir une volonté parfaitement droite, cela signifie vouloir ce qui est vraiment bon. Dieu aime ce qui est vraiment aimable. Il n’y a pas en Dieu deux volontés qui s’affrontent. Il n’y a pas en lui le « oui » et le « non ». Son « oui » est oui et son « non » est non. Ou plutôt, tout en lui « oui ». « Il n’y a que oui en lui » dit S. Paul (2 Co 1, 19). C’est pour cela qu’il ne supporte pas la compromission avec le mal. Comme l’huile ne se mélange pas à l’eau, Dieu ne peut rien avoir de commun avec le mal.
D’où l’effroi d’Isaïe et de Simon-Pierre devant Dieu. L’un comme l’autre ont étudié les Saintes Écritures et ils savent bien, puisque Dieu l’a dit à Moïse, qu’ « on ne peut voir Dieu sans mourir » (Ex 33, 20). Parce que ce qui est mauvais ne peut pas tenir devant lui.

Une image peut nous faire comprendre cela : Dieu ressemble au feu. « Dieu est un feu dévorant » (Dt 4, 24 & He 12, 29). Comme le feu, Dieu rend semblable à lui ce qui est mis en contact avec lui. C’est bien une propriété du feu : il transforme ce qu’il touche en feu. Et de la même façon, ce qui entre en contact avec Dieu devient Dieu ou disparait. Et donc ce qui, en moi, n’est pas conforme à la volonté de Dieu va disparaitre. C’est ainsi qu’un bout de moi meurt. On ne peut voir Dieu sans vivre cette mort. Comme tout ceci est très radical, Dieu va plus souvent nous faire entrer en contact non pas avec son feu mais, comme pour Isaïe, seulement avec une braise, en agissant par petite touches, peu à peu, grâce après grâce.

Mis en présence de Dieu, ce qui en nous n’est pas « oui » à Dieu est repoussé. Mis en présence de Dieu, je ne peux plus être « oui » et « non », je ne peux plus être que « oui » à Dieu.

Le résultat c’est que Dieu me fait désirer accomplir sa volonté, comme pour Isaïe ou Simon-Pierre : « Qui enverrai-je ? – Me voici, envoie-moi ! » « Jette tes filets ! – Sur ta parole, je vais jeter les filets. »

Ce n’est pas seulement sa volonté en général que je veux, mais cette volonté s’incarne dans les choses concrètes. Ce « oui » en général que je dis à Dieu devient le contenant de mes « oui » concrets de chaque jour. Mes « oui » sont contenus par le « oui » à Dieu. Un exemple pourrait nous faire comprendre cela. Les époux chrétiens le savent bien : il ne suffit pas de s’être dit « oui » l’un à l’autre. Quand on est chrétien, on ne prend pas épouse ou un époux sans recevoir l’accord de Dieu, sans enclore ce « oui » échangé dans le « oui » à Dieu – et c’est pour cela qu’on se marie à l’église. Puisque nous sommes membres du Corps du Christ, nous répondons aux invitations de notre tête. De même, nos actions sont vraiment chrétiennes quand elles jaillissent de ce « oui » à Dieu, quand elles en dépendent.

Aujourd’hui, chaque jour, à chaque instant, il y a un « oui » que Dieu veut nous faire dire. Il nous envoie sa grâce pour cela. Que cette grâce nous donne de dire le « oui » d’aujourd’hui.