Homélie du (31 mai 2017)

Fête de la Visitation de la Vierge

par

fr. David Perrin

Quand on a un cœur aussi pur que celui de Marie, un mot, un murmure, un souffle suffisent à le faire frémir et à le mouvoir. Aussi quand Marie apprend de l’ange qu’Élisabeth, sa parente, est enceinte d’un fils dans sa vieillesse, elle qu’on appelait la stérile, il n’en faut pas plus pour la décider à partir à sa rencontre.

L’ange n’avait pas besoin de le lui dire. Marie a deviné aussitôt que Dieu lui donnait rendez-vous là-bas en Judée. Elle se rend donc en hâte chez sa cousine sans bien savoir toutefois ce qu’elle fait. Marie ignore ce qu’elle va trouver à son arrivée. Elle ne sait pas que Jean tressaillira de joie en entendant sa voix. Elle ne sait pas qu’Élisabeth sous l’action de l’Esprit-Saint reconnaîtra en elle la mère du Sauveur et qu’elle-même sera à nouveau rempli d’Esprit-Saint. Presque tout dans cette visite lui est encore inconnu. Et pourtant Marie sent en elle-même qu’il lui faut partir et traverser au plus vite les cent quarante kilomètres qui la séparent de la maison de Zacharie. C’est une certitude, un appel irrésistible.

À son arrivée, Marie salue Élisabeth. La mère du messie salue la mère du précurseur. La mère de Dieu salue la mère du prophète. La mère de la Lumière du monde salue la mère de celui qui lui rendra témoignage. Ces deux femmes n’épuisent cependant pas à elles seules le mystère de la Visitation. Car ce mystère n’est pas seulement la rencontre de Marie et d’Élisabeth. C’est la rencontre en elles et par elles du rédempteur et de son précurseur. En Marie, c’est Jésus qui vient visiter la maison de Zacharie. En Élisabeth, c’est Jean qui reçoit chez lui le Fils de Dieu.

Jésus vient au-devant de Jean pour qu’il commence sa mission prophétique et que s’accomplisse cette phrase de l’Écriture : avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré ; comme prophète des nations, je t’ai établi (Jr 1, 5). Dès qu’il entend la salutation de Marie, Jean reconnait la présence du Verbe fait chair. En tressaillant et bondissant de joie dans le ventre d’Élisabeth, il fait comprendre à sa mère que le Sauveur est là, tout près, à quelques mètres d’elle. La première personne à qui Jean indique l’Agneau de Dieu est sa mère. Élisabeth est évangélisée par Jean qui, lui-même, est évangélisé par Marie qui, elle-même, est évangélisée par son propre Fils. L’Esprit Saint assure entre eux le lien unique de l’amour. L’Esprit leur donne de parler la même langue, de communier à la même joie. La Visitation est une petite Pentecôte où l’Esprit Saint est répandu par le Père en abondance.

Comme tout mystère marial, le mystère de la Visitation nous reconduit au Christ. Ce fait même est riche d’enseignement sur les manières de Dieu, ses façons de faire et d’entrer en relation avec nous. Le mystère de la Visitation nous apprend que c’est par Marie et avec elle que Jésus vient nous visiter. Avoir le bonheur d’accueillir chez soi la mère de son Seigneur, c’est avoir le bonheur d’accueillir chez soi son Seigneur.

Le mystère de la Visitation nous rappelle aussi que le Seigneur, toujours, nous précède. Jean a été choisi par Dieu pour préparer les chemins du Seigneur, pour aller au-devant de lui. Nous voyons pourtant qu’il est devancé par celui-là même qu’il devait annoncer. C’est Jésus qui, le premier, s’avance vers lui. C’est Jésus qui, le premier, vient le visiter. Il en va de même pour nous. Nous croyons bien souvent chercher Dieu alors que c’est lui qui vient nous trouver. C’est lui qui fait le premier pas, lui qui « fait le déplacement ». Dans un instant, le Christ une fois de plus viendra à notre rencontre et nous visiter. Sous l’apparence du pain et du vin, il viendra se donner substantiellement à nous. Préparons-nous à le recevoir dans notre maison intérieure et à lui dire : « Comment ai-je ce bonheur que vienne à moi mon maître et mon Seigneur ? »

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