Homélie du (7 septembre 2014)

Frères d’Orient, si proches et si lointains

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Au retour de la dispersion de l’été, une heureuse coutume veut que l’on s’informe de ce que ses amis ont vécu. Le parvis de notre église est un lieu de cet échange où se noue notre communauté. Comment ne pas se réjouir de cette mutuelle sollicitude qui construit l’amitié ? Je me permettrai de faire entrer cette pratique dans la prédication. Je n’évoquerai ni les orages, ni les chemins de montagne, ni les haltes du pèlerin… Ce dimanche je voudrais évoquer avec gravité ce qui fut une grande tristesse au cours de semaines emplies par les échos de la guerre dans le vaste monde. Plus que tout autre, une grande source de tristesse était due à la situation des communautés chrétiennes d’Irak.

Immense tristesse devant ce qu’il faut bien appeler la fin d’un monde, en l’occurrence la fin d’une chrétienté fondée par les apôtres, puisque cette communauté parle la langue de Jésus, l’araméen. Ces chrétiens sont chassés de leur terre, condamnés à un exil dont nous savons qu’il sera sans retour. Plus d’avenir pour ces communautés qui subissent depuis plus de dix siècles une oppression constante et des persécutions violentes ! Hélas, les guerres récentes ont aggravé la situation et la cohabitation paisible avec les musulmans est devenue impossible. Les événements de l’été sont apparus comme un point de non-retour. Le fragile havre de paix où se réfugiaient les chrétiens a été pris. Il y eût plus qu’un pillage, mais une volonté d’anéantissement ; tout ce qui évoquait autre chose que l’islam radical a été systématiquement détruit et jeté dans le néant de l’oubli. Ainsi finit sous nos yeux un monde ! La mort a fait son œuvre pour toujours avant d’aller poursuivre sa route plus avant. Ce qui rend cette destruction plus amère, vient de ce que ce drame ne suscite qu’indifférence. Amertume de voir mourir une chrétienté dans l’indifférence des pays nantis, donnant priorité à leurs ressources énergétiques le pétrole aux mains des inspirateurs de ces crimes !

Ce qui ajoute à la tristesse, c’est que l’indifférence de l’Occident n’est pas sans racine dans le fait que dans l’Église catholique romaine ces communautés ont été présentées et dénoncées comme hérétiques. Il a fallu attendre l’essor du mouvement œcuménique pour que l’on reconnaisse que les énoncés dogmatiques familiers étaient le fruit de la pensée gréco-latine et que de ce fait, étaient intraduisibles et n’avaient pas de sens dans la culture de ces communautés dans leur irréductible diversité. Et pourtant quoi de plus élémentaire pour un chrétien de reconnaître que Dieu n’est pas un objet que la métaphysique pourrait cerner et enfermer dans des définitions définitives ? Comment ne pas redoubler notre tristesse en découvrant le fruit amer du mépris occidental pour des Églises fondées par les apôtres – un mépris complice des persécuteurs ? Les questions sont fort subtiles et délicates d’autant que le politique se mêle au religieux mais ce n’est pas parce que les choses sont complexes qu’il faudrait se taire devant ce crime et ne pas poser la question la plus radicale.

Les chrétiens sont persécutés au nom de Dieu. Pourquoi le nom de Dieu tout-puissant a-t-il été employé mille et mille fois par les tyrans ? Pourquoi est-il aujourd’hui employé pour justifier les oppressions, les massacres et les crimes contre l’humanité ? Pourquoi le dogme est-il source de mépris ? Les athées ont beau jeu de profiter de ces drames pour dénoncer le monothéisme abrahamique ou pour l’effacer. Nous ne pouvons pas avoir recours à cette solution de facilité. En ce début d’année demandons-nous quel est le Dieu que nous invoquons. Est-ce bien le Dieu d’amour ? Le Dieu de Jésus-Christ ? Avons-nous vraiment fondé notre vie sur le Dieu de vie qui a fait de l’amour la porte du Royaume de Dieu.

Note : Il y a urgence à aider les survivants des massacres. Vous avez des indications à l’entrée de notre église ; d’autres suivront.

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