Homélie du 5e Dimanche de Pâques - 19 mai 2019

Hé-oh, petits enfants!

par

fr. Gilles-Marie Marty

Judas vient de sortir, pour vendre son Maître. Or à peine est-il sorti que Jésus dit : « Maintenant, le Fils de l’homme est glorifié. »
Hé-oh ! mais « maintenant », n’est-ce pas plutôt la trahison et sa suite : arrestation, procès, flagellation, couronnement d’épines, humiliations, portement de croix, crucifixion, longue agonie, mort dans un grand cri ?
« Maintenant » c’est le triomphe de la haine et du mal : et Jésus serait glorifié ? Et en plus, Dieu serait glorifié en lui ? Mais comment Dieu peut-il être glorifié en son fils trahi et meurtri ? Mes frères, s’il vous plaît, expliquez-moi !

Vous me conseillez d’être très attentif aux détails ? Par exemple il est dit que Dieu le glorifiera « bientôt ». Voila un détail capital ― bientôt ― qui permet de comprendre, puisque, de fait, le Père l’a rapidement ressuscité d’entre les morts. Ainsi, quand le Père rend gloire à Jésus, nous comprenons et adhérons en bloc ; mais quand Jésus rend gloire au Père, on bute, on bloque.

Serait-ce donc que ce verbe ― glorifier ― a deux sens, deux significations ?
Du haut vers le bas, le Père glorifie en ressuscitant, c’est-à-dire en rendant divine la chair de Jésus jusque-là mortelle. Mais du bas vers le haut, Jésus glorifie son Père en se sacrifiant, c’est-à-dire en offrant sa chair mortelle, en acceptant qu’elle soit livrée, crucifiée, saignée à blanc. Effectivement, c’est tout autre chose !

Quand Dieu glorifie, c’est le Tout-Puissant qui agit : donc aucune résistance n’est possible, aucun obstacle opposable.
Mais dans l’autre sens, pour que Dieu soit glorifié, Jésus a dû affronter une résistance terrible, des obstacles sans nombre. Il a accepté de se charger des péchés de toute l’humanité, passée et à venir, il a endossé toutes les fautes.
Jésus a pris sur lui tout ce que le monde peut produire de mauvais ; il s’est laissé « plomber » par la méchanceté de l’humanité. Il l’a accepté librement. Et c’est justement en acceptant qu’il a glorifié son Père.

L’amour déployé par Jésus en faveur de toutes les créatures, non seulement pour les arracher à la mort ― les sauver ―, mais encore pour les prendre sur son dos, les porter avec lui chez son Père, voilà ce qui rend gloire à Dieu. Quand on croit cela de tout son cœur et de toute sa force, on est chrétien.

C’est nécessaire pour comprendre la suite : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres. »
Dans son dialogue avec Jésus au Prétoire, Pilate interrogeait : « Qu’est-ce que la vérité ? » ; maintenant, s’il était là, il dirait : « Qu’est-ce que l’amour ? » sur un ton encore plus désabusé, car ce mot ― amour ― est employé à tant de sauces.
Au fait, « aimer » a-t-il le même sens pour Jésus et pour nous ? Quand nous parlons d’amour, ce n’est qu’à partir de notre petite expérience personnelle, mélangée d’égoïsme et plafonnée par nos limites… N’est-il donc pas ridicule de prétendre atteindre l’amour selon Jésus ?

Bonne objection, à laquelle Jésus répond en appelant ses disciples « mes petits enfants », l’unique fois dans tout l’Évangile ! Peut-être parce que cela évoque les enfants de 3 à 5 ans ?
Jésus ne nous traite pas en bébés, mais il s’adresse à l’homme nouveau en nous, lequel est fort jeune…
Tu as 15 ans ? Soit, mais tu as aussi 5 ans… Tu as 35 ans ? Certes, mais tu as aussi 5 ans… Tu as 95 ans ? Oui, mais l’homme nouveau en toi a 5 ans !
Et nous comprenons : « Petits enfants, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, c’est-à-dire en vous offrant généreusement, en vous sacrifiant librement, en allant jusqu’au bout, comme je l’ai fait, pour vous ouvrir la voie. »

Si nous voulons recevoir la gloire de Jésus, celle que donne le Père, ne faut-il donc pas commencer par offrir la gloire de Jésus, celle qu’il donne au Père ?
Pour cela, soyons-lui d’abord unis dans une relation permanente, la foi.
Nous pourrons alors être unis entre nous, chrétiens, comme les membres d’un même corps, par sa propre charité.
La foi et la charité engendrent un saint désir : mourir à nos convoitises et nos égoïsmes, à nos regrets et nos rancœurs, voire à nos haines et nos jalousies…

C’est sur la croix que Jésus a promis le paradis et rendu son esprit. Oui, saisis sa croix, inspire son Esprit, et reçois les arrhes du paradis où le Père te comblera un jour de la gloire préparée pour ses petits enfants chéris.