Homélie du 34e Dimanche du T.O. (solennité du Christ, roi de l'univers) - 24 novembre 2019

Il règne par la Croix

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« De la crèche au crucifiement », l’Évangile entier pose la question de la royauté de Jésus. Objet de doutes et de débat, cette royauté suscite les attitudes les plus opposées :

  • attitude d’émerveillement chez les mages qui adorent l’enfant-Dieu à la crèche, ou encore attitude de piété salutaire chez le bon larron qui s’en remet au Crucifié innocent
  • mais aussi attitude d’hostilité mortelle, chez Hérode qui ourdit le massacre d’une génération entière par crainte de perdre sa royauté, ou moqueries au Golgotha, tant chez les chefs juifs que chez les soldats ou ce larron mauvais qui insulte le « roi des juifs » pendu au gibet de la croix.

Jésus, messie, fils de David, est venu prêcher le Royaume de Dieu : il est lui-même ce Royaume qui tantôt fascine tantôt réveille les ardeurs assassines.

Pourtant, de façon plus générale, la venue d’un roi juste ne devrait-elle pas avant tout réveiller chez le plus grand nombre une profonde espérance ? Espérance de justice rendue à tous les ayant-droits de la justice (c’est-à-dire tous), espérance de paix sociale, de guérison et de salut, espérance de réconciliation universelle et fraternelle, de rétablissement du sens de l’histoire ?
Si l’on nous annonçait aujourd’hui l’avènement d’un roi, face au « désarroi » du temps présent, quel espoir, quel enthousiasme ce serait ! Figurez-vous — rêvons ! — un roi humble, de notre race, élu, donné, manifesté, pour nous guider sur des sentiers de paix…

Rêvons… et comprenons l’enthousiasme des foules qui suivaient Jésus : ils accueillaient avec bonheur ses discours sur le Royaume ; ils étaient guéris, rétablis par-delà tant d’injustices sociales et religieuses, promis à nouveau à l’héritage d’Abraham, sanctifiés dans le sacerdoce d’Aaron, galvanisés en vue du règne de David.
Et comprenons du coup aussi quel choc fut pour eux le spectacle d’un nouveau Moïse, fils de David trônant sur une croix, réduit à l’infamie suprême réservée aux esclaves. Une telle vue leur était occasion profonde de scandale, motif de doute quant à la politique, quant à la religion, voire quant à Dieu.

Les autorités hiérosolymitaines se gaussent, le « banc des rieurs » glousse et ricane ; moquerie sur moquerie pleuvent sur notre roi ridiculisé : « S’il est roi, qu’il se sauve déjà lui-même, se guérisse lui-même de tant d’humiliations et de blessures — médecin, guéris-toi toi-même ! —, qu’il échappe à cette domination de l’injustice, qu’enfin il domine lui-même ! »
Pourtant la croix de Jésus fut réellement un trône. La Croix de Jésus est sans doute le fameux septième et ultime signe de l’Évangile de saint Jean. Qu’une source d’eau et le sang aient jailli de son côté ouvert signifie pour les croyants un règne nouveau : « Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même et c’est aussitôt qu’il le glorifiera » (Jn 13, 32).
C’est pourquoi parmi le peuple certains qui se tenaient face à la croix de Jésus se frappaient la poitrine, sidérés que le messie ait donné sa vie pour eux. C’est pourquoi le groupe des soldats railleurs offre le centurion pour confesser en Jésus crucifié l’homme juste ; c’est pourquoi du groupe même des Pharisiens se détache un Joseph d’Arimathie pour réclamer le corps à Pilate.
Et le troisième Jour le jugement et la puissance de ce roi humilié sont manifestés : « Le Christ est ressuscité des morts, il est Seigneur et Maître du monde ! »

Bien sûr on pourra encore se moquer de ce règne discret du Christ-roi de l’univers dont la publication et l’établissement sont confiés à des apôtres — et à leurs successeurs — si lents à croire, si tentés eux-mêmes par les honneurs… Jésus leur a confié non pas de régner en son nom mais de révéler à tous la dignité du sacerdoce royal dont il les a revêtus par le baptême.

Frères et sœurs, nous sommes ce peuple : non pas d’esclaves bafoués, mais de serviteurs et de servantes honorés d’appartenir au « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (Ap 19, 16). Que ce roi, comme dit un ancien cantique, « parle, commande et règne » ! Oui :

  • qu’en nous il parle : contre tous murmures, rumeurs médiatiques, tweets, buzz qui tuent l’espérance !
  • qu’en nous il commande : au-dessus des intérêts économiques et financiers qui limitent l’horizon de nos engagements !
  • qu’en nous il règne : plus que le scepticisme et la déprime de ce monde, et qu’il fasse de ses fils et de ses filles le peuple de sa louange !

Le Christ est roi de l’univers, alléluia ! Annonçons sa victoire par la Croix. Commandons aux princes du mal. Régnons en nos vies et en ce monde pour que s’y établisse la paix du Roi de l’univers, le Christ Seigneur.

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