Homélie du 3e DA - 14 décembre 2008

Iohanan le Précurseur, ultime prophète, premier témoin

par

fr. Gilles-Marie Marty

«Qui es-tu? Quel est ton nom?» «N’es-tu pas fils de Zakarie? Alors, pourquoi n’as-tu pas le même nom que lui, comme c’est la coutume chez nous, les Juifs?». Lui ne répond pas. Pourtant c’est vrai, il aurait dû avoir le nom de son père. Mais quand il est né, son père, à la surprise générale, l’a appelé ‘Iohannan’. ‘Iohannan’ en hébreu, c’est-à-dire ‘Jean’ en français, qui signifie: «Dieu fait grâce».

À cette époque, Jean vivait dans un lieu désertique, pas loin de Jéricho, mais de l’autre côté du Jourdain, en Jordanie. C’est là que, 13 siècles auparavant, les Hébreux avaient traversé le Jourdain pour entrer enfin en Terre Promise. Ce Johanan devait être un homme exceptionnel pour que les autorités juives se déplacent là-bas pour l’interroger: «qui es-tu? Serait-ce toi le Messie?». Depuis 4 siècles en effet, le peuple juif attendait le Messie, cet homme promis par Dieu pour établir définitivement son Royaume. Tous les juifs l’espéraient? Donc il n’est pas étonnant que leurs chefs se déplacent pour interroger Jean. Lui leur répond catégoriquement: «je ne suis pas le Messie». Alors, qui? «Je suis la voix, qui crie à travers le désert». Voilà sa réponse: je ne suis qu’une voix. Mais une voix de prophète!

Justement, un prophète, dans la Bible, qu’est-ce que c’est? C’est un homme que Dieu choisit, à qui Il parle, et qu’Il envoie transmettre son message coûte que coûte? Dieu ne lui demande pas de guider le peuple, comme Moïse ou Josué ou David, mais seulement de parler, de proclamer sa parole, de révéler sa volonté. L’Ancienne Alliance a eu plusieurs prophètes, dont on a encore les livres, tel Isaïe? Le premier de tous fut Élie, 10 siècles avant notre ère.

À l’époque les Juifs pensaient que Élie reviendrait ici-bas juste avant le Messie, pour témoigner de lui, l’authentifier. D’où leur question à Jean-Baptiste… À propos, qu’est-ce qu’un témoin? En général, qu’est-ce qu’un témoin? C’est quelqu’un qui sait quelque chose d’important, et qui le rapporte fidèlement aux autres, qui n’ont ni vu ni entendu et qui ont besoin de lui pour savoir… Et quand on y pense, il est clair que vivre en société serait impossible sans témoins. Mais il y a un risque, un gros risque: le témoin doit être crédible, on doit lui faire confiance. Il n’y a rien de pire qu’un faux témoin! Ou plutôt il y a pire: un faux prophète? Tout le monde pense à … et tant d’autres aussi… Les faux témoins, oublions-les puisque les vrais sont indispensables. La preuve, c’est que Dieu, qui aurait pu se débrouiller autrement, n’a pas voulu se passer de témoins humains pour Se faire connaître à l’humanité!

Même le Christ a eu besoin de témoins: il l’a dit un jour aux Juifs: «si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’est pas valable? mais Jean (que vous autres avez été entendre) Jean, lui a rendu témoignage à la vérité». Et Jésus ajoutera: parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean-Baptiste… Pourquoi Jean est-il important pour l’Église? Parce qu’il est l’aîné. L’aîné de Jésus (6 mois), du Christ, donc l’aîné de tous les chrétiens, le nôtre! Tiens, dans une famille, qu’attend-on de l’aîné? On attend qu’il donne l’exemple aux autres, qu’il les tire en avant… Justement ce que Dieu attendait de Jean, et que Jean a accompli, jusqu’au bout. Il est donc non seulement le dernier et plus grand prophète de l’Ancien Testament, mais aussi le premier et plus grand témoin du Nouveau Testament, le frère aîné de tous les chrétiens.

Alors faisons comme les Juifs: arrêtons nos petites affaires/trafics, et allons trouver Jean, pas pour l’interroger (on sait…), mais pour l’écouter et l’imiter. Si quelqu’un ici veut se préparer à Noël comme il faut, qu’il écoute Jean: «aplanissez le chemin du Seigneur, nettoyez votre vie, faites le ménage, redressez la tête, car au milieu de vous, se tient celui que vous croyez connaître mais que vous ne connaissez pas vraiment!». Écoutons Johanan, écoutons-le pour de bon, jusqu’à l’imiter!

L’imiter, c’est entrer à sa suite dans la foule immense des témoins qui, parfois au prix de leur sang, adorent Jésus-Christ, le seul Seigneur et Sauveur du monde! Comment l’imiter? Ah, de nos jours, on a l’embarras du choix… Par exemple, dès que le gouvernement français aura profané le dimanche, outragé le Jour du Seigneur, tous les chrétiens auront du même coup, chaque semaine, une nouvelle et belle occasion de se conduire (ou non) en témoins du Christ… Jean, où es-tu? Il est au désert, et il crie, et sa voix traverse les siècles. Il crie et sa voix pénètre nos oreilles. Il crie et son cri, qu’en faisons- nous?