Homélie du 4e DO - 1 février 2015

Jésus à Capharnaüm

par

Daniel Vigne

Autorité. Voilà certainement, frères et sœurs, le mot-clé de ce passage de l'Évangile. Vous l'avez entendu, il se trouve au début et à la fin du texte. Au début : « On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité. » À la fin : « Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! » Et entre les deux, comme signe et preuve de cette autorité, Jésus ordonne à un esprit impur de sortir d'un homme, de cesser de le tourmenter, et le démon obéit. Vous l'aurez remarqué aussi : l'exorcisme ici raconté est assez « musclé ». Le possédé pousse des cris, ou plutôt l'esprit mauvais qui est en lui et qui ne supporte pas la présence de Jésus : « Qu'est-ce que tu nous veux ? Je sais qui tu es… » Et tout ça en pleine synagogue, imaginez que cela arrive pendant une messe ! Mais Jésus garde tout son calme, et même retourne la situation, puisque c'est lui qui interpelle avec force le démon : « Tais-toi ! Sors de cet homme », autrement dit : laisse-le tranquille ! Et le démon résiste un peu, secoue le malheureux, et puis s'en va.

Oui, Jésus commande aux esprits impurs. Non seulement il enseigne avec autorité, mais il a autorité sur les démons et sur le mal. Il ne parle pas en l'air : sa parole a du poids, elle agit sur les choses, elle transforme le monde. Car Jésus n'est pas un homme savant, porteur de belles paroles : il est la Parole même de Dieu, le Verbe fait chair. Il est la présence même de Dieu sur terre. « Il dit, et cela est ; il commande, et ceci existe », disait le Psalmiste. Et le prophète Isaïe : « Sa parole ne lui revient pas sans résultat ». Ou encore le Deutéronome, dans le passage que nous venons d'entendre : Dieu dit à propos du prophète à venir, c'est-à-dire du Messie : « Je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il dira tout ce que je lui ordonnerai. »

Oui, dans cette synagogue de Capharnaüm où il enseigne pour la première fois, Jésus se révèle comme le prophète plus grand que tous les prophètes, le Messie de Dieu. Sa parole tranche sur tout ce qu'on a entendu jusque-là. « Jamais homme n'a parlé comme cet homme », diront un jour les soldats qu'on avait envoyé pour l'arrêter. Mais on n'enchaîne pas la Parole de Dieu, dira saint Paul à Timothée, et aujourd'hui encore, dans l'Église, nous accueillons cette belle parole, puissante, libératrice, qu'on a commencé à entendre il y a deux mille ans en Galilée. Cette parole pleine d'autorité. Il est vrai que le mot n'a pas très bonne presse aujourd'hui. On l'associe tout de suite à l'autoritarisme, voire à la tyrannie. Dans nos familles comme à l'école, on évite d'en parler, et « l'argument d'autorité » a presque disparu de la philosophie.

Essayons donc de mieux comprendre la nature de cette autorité unique, extraordinaire, vivifiante et non pas écrasante, qui est celle de notre Seigneur Jésus-Christ. En grec, le mot autorité se dit exousia, ce qui évoque un rayonnement, un débordement de l'être au dehors (ex) de son essence (ousia). L'autorité de Jésus ne lui vient pas de quelconques galons ni diplômes, mais des profondeurs de son être. Elle est une transparence du dehors au dedans. Par sa parole, Jésus ne nous dit pas des choses, ne nous transmet pas des informations : il nous donne de sa personne. Ah, Seigneur, toi qui es le seul Saint, donne-nous encore de cette parole sainte, de cette Parole de Dieu qui est ton être même, et qu'elle renouvelle notre être et nos personnes ! Quant au mot français, vous le savez peut-être, autorité il vient du latin auctoritas, du verbe augere qui signifie faire croître, faire grandir, et même faire exister, et qui a donné en français le verbe augmenter ainsi que le mot auteur, au sens de créateur. L'autorité, au sens premier, c'est le pouvoir de faire grandir, de susciter, de développer ce qu'il y a de bon chez d'autres. Ne dit-on pas que les parents, qui sont les auteurs de leurs enfants, sont là pour les élever ? Éduquer, n'est-ce pas conduire vers le haut ?

Une belle mission, me direz-vous, mais pas facile… Car toutes sortes d'esprits mauvais, comme on le voit dans l'Évangile, s'attaquent aux hommes et parasitent notre responsabilité de parents ou d'éducateurs. Jésus le sait bien, lui qui est l'auteur de toutes choses, lui qui est notre Créateur, et qui nous voit parfois aux prises avec l'esprit du mal. Mais lui qui a délivré le possédé de Capharnaüm, croyez-vous qu'il est indifférent à ceux que nous portons dans nos prières ? Non : il veut les libérer, il veut nous libérer de tout ce qui nous empêche de grandir ; il veut défaire les liens qui nous enserrent. Et il le fera. Alors persévérons, mes frères, dans notre prière pour tous ceux que nous connaissons, et sur lesquels nous avons quelquefois l'impression que le diable jette son filet. Confions-les, et d'abord confions-nous nous-mêmes, à l'autorité de Jésus Sauveur. Que sa présence, dans le capharnaüm de nos pauvres vies, soit le rayon de soleil qui nous éclaire. Que sa parole puissante chasse de nous tout ce qui nous oppresse, tout ce qui nous asservit. Que son autorité nous fasse grandir et porter du fruit. Seigneur, aie pitié. Amen.

Et d'autres homélies...