Homélie du 10e Dimanche du T.O. - 10 juin 2018

Jésus-Christ, autrement dit Jésus le Messie

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Nous disons « Jésus-Christ » si souvent que nous oublions que le mot « Christ » est une confession de foi ; ce n’est pas un nom de famille. Si nous voulions dire le nom de famille de Jésus, il faudrait dire qu’il est fils de David, puisque né dans la famille prestigieuse de celui qui a fondé la royauté en Israël, avec Jérusalem comme capitale. Le terme grec « Christ » traduit l’hébreu « Messie » qui exprime l’attente par le peuple juif du Sauveur, « celui qui devait venir ». Cette attente était portée par la conviction d’appartenir à une « nation sainte », aussi il y avait une intrication du religieux, du politique et du nationalisme. Jésus rompt avec cette perspective nationaliste car il se consacre à tous. C’est si nouveau que la rumeur publique le traite de fou, et les autorités juives disent qu’il est un possédé. Cela apparaît aussi dans la mise à distance de ses frères au sens large (pour la Tradition de l’Église, il s’agit des enfants d’un premier mariage de Joseph – pas de Marie). Que signifie cette prise de distance ?

S’il n’y avait que le texte de Marc, il serait difficile de répondre à cette question. On y répond en lisant les autres récits des évangiles, en premier lieu saint Jean. Il apparaît alors que le différend porte sur l’espérance messianique. Les frères de Jésus savent ce que Jésus fait depuis le temps de Jean-Baptiste. Ils constatent que ce que fait Jésus donne à penser qu’il est le Messie. Ils voudraient qu’il avance sur cette route et qu’il rétablisse la royauté en Israël. Jésus le refuse ; il est venu pour le Royaume de Dieu, pas pour restaurer la royauté de David ! Une même attitude est présente chez les premiers disciples. Ainsi Jacques et Jean, les fils de Zébédée, demandent la place d’honneur de la royauté dont ils espèrent profiter ; Jésus leur parle de la coupe qu’il lui faudra boire. Après la résurrection, quand les disciples demandent à Jésus de rétablir la royauté en Israël, Jésus leur donne comme horizon le monde entier à évangéliser par la présence de l’Esprit-Saint. Jésus ne cesse d’écarter l’équivoque du titre de Messie et la réduction de la foi aux appartenances familiales, ethniques, nationales… Jésus fonde tout autre chose : le « Royaume de Dieu », une humanité nouvelle dans l’Esprit-Saint qui fait tous les humains enfants de Dieu. C’est difficile à recevoir par les juifs qui ont conscience d’appartenir au « peuple élu ». La difficulté s’est toujours présentée.

Aujourd’hui où, plus que jamais, les conflits et les guerres ont des motivations religieuses, pour sortir du cercle vicieux du fanatisme religieux, il est si important de vivre une foi qui nous arrache aux pesanteurs et aux aveuglements fondés sur le mépris d’autrui. En cette veille d’ordination au ministère presbytéral, rappelons-nous que l’Église a demandé à ceux qui exercent des responsabilités d’assumer des éléments de la tradition monastique qui rompt avec l’ordre dynastique des généalogies et des castes, pour être témoins d’une fécondité qui n’est pas charnelle, mais fruit de l’action de l’Esprit-Saint.

Enfin et surtout, cela vaut pour nous tous les baptisés devenus enfants de Dieu par la présence en nous de l’Esprit-Saint, cet Esprit par lequel Jésus chassait la puissance du Mal.