Homélie du 31e Dimanche du T.O. - 3 novembre 2019

Jésus et Zachée

par

Avatar

Comment Dieu pourrait-il créer une chose qu’il déteste ? Il ne crée que ce qu’il aime. L’égarement de l’homme appelle sa miséricorde. Mais, chers frères et sœurs, pourquoi le Seigneur s’obstine-t-il à épargner l’homme du châtiment ? Le Seigneur fermerait-il les yeux sur nos péchés ? Et si c’était le cas, ne favoriserait-il pas le triomphe du mal ? N’abandonnerait-il pas l’homme à sa faiblesse ?

Si le Seigneur nous épargne le châtiment, c’est peut-être parce que non seulement l’homme comme créature est habité par son Esprit, mais surtout pour que l’homme égaré puisse revenir plus facilement et de lui-même sur la bonne voie, dès qu’il aura pris conscience de son égarement. Le but de cette pédagogie divine est de faire réfléchir les coupables et les conduire, par une conversion personnelle, à la foi. En effet, au lieu de châtier, le Seigneur temporise dans l’espoir que le pécheur change non seulement d’idée, mais aussi de comportement, bref qu’il se repente. L’homme doit se détourner du mal et croire. Le mal en effet naît de la méconnaissance du Créateur. Il régresse lorsque nous découvrons la sagesse du Créateur. Se détourner du mal, c’est vivre dans la connaissance de Dieu.

Se remettre à Dieu est un acte de véritable liberté. Oui, chers frères et sœurs, notre conversion est à la fois le fruit de notre peine et le fruit de la patience de Dieu. Et cette conversion au plus profond de l’homme nous est présentée de manière concrète en la personne de Zachée. Il était considéré comme pécheur public de Jéricho et méprisé de ses concitoyens. Malgré sa mauvaise réputation, Zachée veut voir Jésus, qui le remarque sur la branche de sycomore. Jésus ne le voit pas comme un collecteur d’impôt enrichi par ses exactions, il ne voit qu’un être humain assoiffé, en quête d’autre chose. Oui, le regard de Jésus va au-delà des défauts. Il ne se laisse pas conditionner par nos préjugés humains. Il voit en chacun une âme à sauver. Il ne peut pas s’arrêter au mal du passé, puisque la sagesse de Dieu est plus large que le cœur de l’homme. Et comme cette sagesse ne s’arrête pas aux apparences, mais entrevoit le bien dans l’avenir, Jésus s’invite alors chez Zachée.

La rencontre de Jésus et de Zachée est pour nous révélatrice : c’est Dieu qui prend l’initiative et vient dans la maison du pécheur. Oui, personne n’est insignifiant, nous sommes tous préférés de Dieu. Il nous aime pour ce que nous sommes et non pour ce que nous faisons. En s’invitant à la maison du pécheur, le Seigneur fait de notre maison le temple où est célébrée la miséricorde de Dieu. N’est-ce pas là l’Église ? L’Église comme maison des pécheurs. D’ailleurs, l’eucharistie n’est pas faite pour des parfaits. Oui, dans l’Église il n’y a pas de barrière selon le degré de pureté. Les pécheurs, les saints se trouvent fraternellement unis dans une même assemblée.

Aujourd’hui encore, Jésus s’adresse à chacun de nous : « C’est chez toi que je m’invite. » Crois-tu à cela ? Peut-être es-tu venu dans cette Église sans trop savoir si tu crois, sans être tout à fait convaincu de ce que Jésus représente dans ta vie ? Mais chers frères et sœurs, la parole que Jésus nous adresse n’a pas pour but de satisfaire notre curiosité. En effet, venir à la messe, vouloir voir Jésus, c’est beaucoup plus qu’une simple curiosité. C’est la recherche d’un croyant insatisfait de son existence et qui est en quête d’autre chose pour la remplir. Celui qui est en manque part toujours à la recherche de ce qui lui manque. Ainsi, la découverte de ce qui lui manque est une reconnaissance qui conduit à la transformation, à l’adoration. C’est ce que fait Zachée. « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Oui, la démarche de conversion impose un changement de vision, de comportement, de vie.

Comme Zachée autrefois à Jéricho, aujourd’hui Jésus comme un prédicateur itinérant va à la recherche d’une âme perdue. Aujourd’hui, il s’invite chez toi tel que tu es, avec ton péché, tes erreurs, mais aussi ton désir de mieux vivre, dans ta recherche de la Vérité, comme sens de ton existence. Dieu, en Jésus-Christ, vient se faire faible avec nous ; il vient partager notre misère. La démarche de Zachée n’a pas été facile non seulement à cause de sa mauvaise réputation, mais aussi à cause de sa taille. Il n’arrivait pas à voir Jésus parce qu’il était petit. Mais sa taille ne l’a pas empêché dans son désir de voir Jésus. Aujourd’hui, nous restons parfois à distance de Jésus parce que nous ne nous sentons pas à la hauteur. Cette basse considération de l’estime de soi peut toucher notre foi au Christ.

Quelle que soit la densité de nos péchés, rien ne pourra freiner notre désir de rencontrer Jésus ; rien ne pourra déjouer, effacer le rêve que Seigneur nourrit pour nous. Oui, n’ayons pas honte d’ouvrir la porte de notre vie à Jésus, car il saura nous surprendre avec son pardon et sa paix. Aujourd’hui, c’est l’Aujourd’hui de Dieu dans ma vie. Sa miséricorde peut se manifester dès maintenant en moi. Il suffit que je l’accueille, que je la désire pour maintenant et non pour plus tard. Ainsi soit-il.